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YUNUS EMRE

(1238 - 1320)

 Yunus Emre est l’un des plus grands poètes du soufisme. A la différence de celle de son compatriote et contemporain Rumi (1207-1273), qui écrit dans la langue savante de l’époque, le persan, Yunus Emre, écrit l’ensemble de son œuvre dans la langue du peuple, le turc.
 Yunus, le plus aimé des écrivains de langue turque, est l’auteur de deux livres : le Diwan (recueil de ses quelque 300 poèmes spirituels) et le Petit Livre des Conseils.
 Né en 1238, mort en 1320, Yunus Emre serait, comme Rûmî, originaire du Khorassan, en Perse, d’où sont également originaires Ferdousi, Avicenne ou Al-Ghazâli.
 La vie de Yunus se situe dans un cadre historique particulièrement troublé : la fin de l’empire seldjoukide. Famines, guerres, soulèvements marquent cette époque. C’est le plus souvent aux côtés du peuple qu’on retrouve les derviches dans les insurrections.
 Véritable saint du soufisme, poète fondateur de la langue turque, marqué par l’influence des confréries Bektachi, Mevlevi et Yasevi, Yunus est très aimé en Turquie, où pas moins de quatre lieux revendiquent de conserver le tombeau.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Les Chants du pauvre Yunus

Le Petit Livre des Conseils

REVUE DE PRESSE

Yunus Emre
Revue des Sciences Philolosophiques et Théologiques (06/01/2005), par J.-P. Jossua

On ne sait presque rien de sûr en ce qui concerne Yunus Emre, aussi grand poète que maître spirituel dans la ligne de Jalâl al-Din Rûmi.

Le premier, il fit de la langue turque le médium d’une expérience mystique dans la tradition persane, authentiquement unitivel, qui était alors celle de plusieurs confréries soufies pratiquant le dhikr. Le Diwan est un recueil de poésie belle et simple, nourrie de la nature et de la vie quotidienne, qui a eu une grande diffusion populaire. Le fait que l’authenticité d’une bonne partie des poèmes de l’édition Gölpinarli (1943) ne soit pas certaine ne doit pas impressionner, car ils sont tous de la même venue.

Gérard Pfister, dans son introduction, trace un parallèle suggestif, sans confusion, entre le destin des oeuvres de Yunus Emre et de Maître Eckhart, destin dû surtout à l’usage de la langue du peuple, source d’une autre forme de rigueur et de liberté de pensée allant jusqu’au paradoxe, source aussi d’un accent mis sur l’amour et sur l’unité entre Dieu et l’homme. La mort, le thème eschatologique sont au centre du Diwan, mais il s’agit de voir le Bien-aimé ou de plonger dans l’Océan divin – anticipé ici bas : « Demain est aujourd’hui pour moi » –, et c’est la privation de ce bonheur que l’on peut nommer enfer.

On n’accède pas à ce paradis sans le renoncement, la pénitence, la pauvreté, le choix de la douceur, le fait de devenir « étrange ». Mais l’ascèse, la loi, la religion même sont dépassées par l’amour (« Du début à la fin, il n’y a qu’aimer ») qui aboutit à l union (« Je ne vis pas en moi. / Il y a en mon cœur un autre moi » ; lequel ? « Prends-moi, ôte-moi de moi-même ; remplis-moi de toi »). La traduction de cet admirable recueil est poétiquement excellente en français.

PETITE ANTHOLOGIE

Les Chants du pauvre Yunus
traduit par Gérard Pfister
(extraits)

(...) Ton amour sans cesse
me défait de moi-même
Tendre mal
plus profond qu’un remède

Les dogmes, les écoles
sont un chemin
Mais la vision, le Vrai
plus profond qu’un chemin

Le sage Salomon, dit-on,
comprenait le langage des oiseaux
Il est un Salomon
plus profond que le sage

J’ai oublié la religion
rien n’est resté que la ferveur
Quel est ce connaître
plus profond que la religion

Abandonner sa religion
est œuvre d’athéisme
Quel est cet athéisme
plus profond que la foi

Le regard de Yunus
a rencontré l’Ami
Il demeure à sa porte
plus profond qu’aucun roi 

*


Je désirais Dieu
je l’ai trouvé – quoi de plus
Jour et nuit je pleurais
j’ai souri – quoi de plus

Sur le terrain des sages
une balle qui roule
Dans la crosse du maître
j’ai bondi – quoi de plus

Aux entretiens des saints
un bouquet de roses rouges
J’ai fleuri, on m’a cueilli
j’ai fané – quoi de plus

Les savants, les religieux
trouvent tout à l’école
Moi, c’est à la taverne
j’ai trouvé – quoi de plus

« Écoutez Yunus, écoutez-le
« qui retombe en folie !
– Dans la sagesse des saints
j’ai plongé – quoi de plus

Le Petit Livre des Conseils
traduit par le P. André Duchemin
(extraits)

Viens ici, que je te fasse déterrer le trésor,
Et que je te fasse connaître ce qui t’empêche de le découvrir.

Si tu veux découvrir l’éternel et le Vivant,
Découvre tout d’abord le portier, il ira au trésor.

Des trésors tu prendras la perle et la joaillerie,
Dans leur ensemble se trouveront le métal et la mine.

Personne ne trouvera le trésor avec facilité.
Si tu n’y parviens pas ainsi, abandonne le désir.

Avec le désir qui a mangé du sucre ou du miel ?
Sans avoir payé la main ne prend rien.

Qui a ficelé son paquet de sucre à bon marché ?
De ceux-ci nous n’avons pas été informés.

Le sucre n’est pas la leçon de cette histoire.
Celui qui connaît le sens des mots sait ce que je mange.

Le sens de ce mot est loin du sucre.
Si tu veux le trouver, laisse le sucre.

Celui qui pousse en Égypte, est-ce du sucre ?
à ce à quoi il est bon l’homme suffit.

Tu recherches ce que tu aimes.
Le monde du sucre ne s’est pas fait voir à toi.

Pour nous la, montagne est tout en sucre.
Neuf mille personnes à tout moment en font l’éloge.

Il ne ressemble pas au sucre de ce monde.
Ici, le sucre abondant pour tous, c’est la voie.

Si tu veux le voir, quitte ce monde.
Celui qui a une âme suivra mon conseil.