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Marcel WEINUM

(1924 - 1942)

Marcel Weinum est né à Brumath (Bas-Rhin) le 5 février 1924. Il est le fils de Robert Weinum, boucher, et de Mathilde Marie Schneider, qui s’établiront à Strasbourg-Neudorf en 1936.

Marcel suit les cours de l’école de la maîtrise de la Cathédrale, dirigée par l’abbé Hoch. Après avoir obtenu son certificat d’études, il devient apprenti dessinateur. Lors de l’évacuation de Strasbourg, la famille est dirigée vers la Dordogne. Elle revient en Alsace en août 1940.

Dès le mois de septembre, Marcel Weinum parvient à constituer autour de lui un réseau de résistance. Ils seront bientôt 25 qui, à l’exception du séminariste Charles Lebold, son frère de lait, sont âgés de 14 à 16 ans. Le réseau prend le nom de la Main Noire afin de combattre la mainmise allemande sur l’Alsace par des graffitis, des tracts, des écrits et des actes de sabotage. Des grenades, dérobées au Fort Hoche, sont lancées contre les vitrines de magasins arborant des emblèmes nazis.

Le 8 mai 1941, Marcel Weinum et Albert Uhlrich se préparent à utiliser leurs grenades contre des vitrines lorsqu’ils aperçoivent en stationnement la voiture du Gauleiter Robert Wagner, attablé au restaurant de la Marne. à travers le pare-brise, ils lancent deux grenades à main dans la voiture et prennent la fuite.

Le 20 mai 1941, Marcel Weinum et son camarade Ceslav Sieradzki partent à bicyclette pour contacter en Suisse le consulat britannique. Interpellé par des douaniers, Marcel Weinum blesse par balle l’un d’eux et, avec Sieradzki, peut s’échapper. Alertées, les autorités parviennent à arrêter les deux fuyards près de la frontière. Il sont transférés à la prison de Mulhouse et soumis à des interrogatoires. Du fait de la trahison d’un codétenu à qui Sieradzki a fait des confidences, vingt-six jeunes gens sont appréhendés au mois de juillet 1941.

Dix comparaissent du 27 au 31 mars 1942 devant le Tribunal spécial de Strasbourg. Weinum est défendu par Me Eber et Albert Uhlrich par Me Léon Rapp. Au procès, Weinum prend sur lui toute la responsabilité des actes de la Main Noire. Malgré une pathétique plaidoirie des deux avocats, il est condamné à mort. Invité à déclarer ce qu’il pense de la sentence, il affirme : « Je suis fier de donner ma vie pour la France. »  

Le 13 avril 1942, en prison à Stuttgart, il lui est signifié que son recours en grâce a été rejeté. Il est décapité le lendemain à l’aube et sa dépouille inhumée au cimetière de Cannstatt. Elle sera transférée en 1949 au cimetière du Polygone, à Strasbourg-Neuhof.

Marcel Weinum a été nommé, à titre posthume, sous-lieutenant des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), chevalier de la Légion d’honneur, médaille de la Résistance avec rosette et croix de guerre.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Marcel Weinum et la Main Noire

REVUE DE PRESSE

Marcel Weinum, 18 ans, décapité en avril 1942
Dernières Nouvelles d’Alsace (23/10/2007), par Christian Bach

 C’étaient des « ados », au mieux de jeunes adultes. De septembre 1940 à mai 1941, ils ont constitué à Strasbourg un réseau de résistants à l’occupant nazi. Marcel Weinum, qui en fut le fondateur, a été décapité en avril 1942. Il avait 18 ans.
 Nul ne sait vraiment pourquoi ce réseau s’appelait « La Main Noire ». Ni pourquoi, précisément, le jeune homme qui l’a fondé, Marcel Weinum, né à Brumath en 1924, dont le père tenait un commerce au Neudorf, a basculé dans la résistance. Quelle est la part du général à la retraite rencontré par Weinum pendant l’évacuation en Dordogne ? S’agit-il d’une réaction à la politique d’assimilation de l’Alsace annexée, puisque Weinum a été licencié pour avoir refusé d’intégrer l’Opferring (« cercle du sacrifice », antichambre du parti nazi) ?
 De nombreuses interrogations entourent encore cette histoire, même si les témoignages, les extraits de justice compilés par les éditions Arfuyen dans un livre hommage qui vient de paraître, permettent d’y voir plus clair.
 Des apprentis, des lycéens menés par un jeune homme porté par sa foi
  « La Main Noire » était un réseau de jeunes apprentis, de fils de cheminots ou d’ouvriers, d’anciens enfants de chœur. Pas d’intellectuels dans leurs rangs. Ils étaient une trentaine, recrutés par Marcel Weinum à partir de septembre 1940 parmi des amis d’enfance de Brumath ou rencontrés à la maîtrise de la cathédrale, à Strasbourg. L’instigateur de ce mouvement était porté par sa profonde foi chrétienne. Il la revendiquera jusqu’au dernier jour, jusqu’à l’heure de son exécution, donnant ainsi un sens tout particulier à son sacrifice.
 Ceslav Sieradzki, premier martyr de la résistance alsacienne
  « La Main Noire » s’en prenait à tout ce qui symbolisait l’annexion nazie : le réseau faisait exploser les vitrines strasbourgeoises où trônaient des portraits du Führer, distribuait des tracts. On apprendra plus tard – les faits n’étaient pas officiellement reprochés à Weinum – qu’il avait avec un adolescent de 14 ans, Albert Uhlrich, jeté des grenades dans la voiture du Gauleiter Robert Wagner qui dînait dans un restaurant près de la place Karl-Roos (place Kléber). Cela s’était passé un 8 mai, en 1941...
 Weinum -avec la complicité d’un jeune orphelin d’origine polonaise, Ceslav Sieradzki, exécuté à 16 ans en décembre 1941 au camp de Schirmeck- tentait aussi de nouer des relations avec les services anglais. C’est d’ailleurs un déplacement à Bâle qui vaudra aux deux jeunes d’être arrêtés en mai 1941 et au réseau de « La Main Noire » d’être démantelé.
 Marcel Weinum sera condamné à mort le 31 mars 1942 à Strasbourg et exécuté le 14 avril à Stuttgart. Ses amis connaîtront l’humiliation de l’incorporation de force.
 En 2002, Ceslav Sieradzki s’est vu attribuer la mention « Mort pour la France ». Il n’a pas de tombe. Au Neudorf, une rue porte le nom de Marcel-Weinum et son corps repose au cimetière du Polygone. Dans une de ses premières lettres à ses parents, après son arrestation, le tout jeune Marcel écrivait : « Cela me fait mal que vous pensiez que ce sont des gamineries. NON, chers parents, vous devez me comprendre. »

Marcel Weinum et la Main noire
Zazieweb (19/10/2007), par Sahkti

 Marcel Weinum est né le 5 février 1924, à Brumath. En septembre 1940, alors qu’il n’a que seize ans, il fonde avec d’autres camarades du même âge un réseau de résistance. En 1941, Marcel Weinum décide de se rendre au consulat britannique de Bâle en compagnie de son ami Ceslav Sieradzki. Ils sont arrêtés, emprisonnés à Mulhouse. Le réseau est défait. Marcel Weinum est condamné à mort par le Tribunal Spécial de Strasbourg en 1942 ; il est exécuté le 14 avril 1942 à Stuttgart. Il avait dix-huit ans. Son corps repose désormais au cimetière du Polygone à Strasbourg.
 Ce livre, c’est son histoire. Celle de son réseau, La Main noire. Celle de toute une résistance alsacienne, trop souvent oubliée, qui fut déchirée par une région prise entre deux feux, annexée dès 1940 à un pays dans lequel tous ne se reconnaissaient pas. Alsace partagée par les conflits européens, Alsace aujourd’hui berceau de l’Europe. Symbole de paix, de liberté, qui ne doit pas faire oublier le sang que ses enfants ont versé pour elle.
 Avant de recevoir ce livre, je ne connaissais pas Marcel Weinum et très peu du courant résistant alsacien. Je ne savais rien de ce groupe d’adolescents âgés de 14 à 16 ans qui prirent comme nom de résistance La Main noire.
 J’en sais désormais un peu plus et j’ai refermé l’ouvrage dans un soupir d’émotion, face à la force de ces gamins devenus hommes si tôt, face à ce courage que je n’aurais sans doute pas eu si j’avais été à leur place.
 Tout cela me laisse admirative mais aussi amère et triste, profondément. Amère face à la barbarie de ce conflit, son absurdité, face à tant de vies et d’enthousiasmes gâchés.
En lisant les lettres que Marcel Weinum réussit à envoyer à ses parents depuis sa sordide prison, je suis frappée par sa lucidité, sa maturité et cet apaisement qui est le sien, alors qu’il sait qu’il va mourir. Le Père Domogalla, aumônier de la prison de Stuttgart au moment de l’exécution de Marcel Weinum, écrira aux parents qu’il a été frappé par le calme de leur enfant jusqu’à sa dernière minute, par son acceptation du destin qui l’attendait.
 Sans oublier ce formidable don de soi et d’amour dans sa dernière missive à ses parents, quelques heures avant d’être décapité. Il pense avant tout à eux, dit qu’il part heureux du sentiment d’un devoir nécessaire pour le bien de sa patrie et des siens.
 Des témoignages des compagnons de Marcel Weinum, l’histoire du réseau, son démantèlement, le procès, le rôle de la résistance alsacienne, ses nombreuses difficultés... autant d’éléments racontés dans ce livre avec beaucoup d’humanité et de simplicité. La langue est fluide, élégante, ce n’est pas un livre d’histoire rébarbatif mais le récit humain de quelques années de courage et de lutte.
 Magnifique collection que ces Carnets spirituels dirigés par Gérard Pfister chez Arfuyen.

Marcel Weinum et la Main Noire
La Revue d’Alsace (10/01/2008), par François Igersheim

C’est un devoir de piété qu’accomplissent Gérard Pfister et Marie Brassart-Goerg qui réunissent en un beau volume les témoignages relatifs à la Main Noire, ce petit réseau de jeunes héroïques, qui perpétra le seul attentat contre le Gauleiter Wagner qui eut lieu pendant la guerre. Ils réunissent les témoignages déjà publiés, particulièrement dans le t. IV de Béné, parti en 1978, consacrés à ce réseau, mais aussi dans d’autres publications plus difficiles d’accès. Ce volume prend place dans la collection Les Carnets spirituels éditée par Arfuyen. On ne peut que s’incliner devant ce travail où l’on témoigne de la détermination de jeunes Alsaciens à entreprendre malgé l’ampleur leur de l’appareil totalitaire d e répression qui déjà enserre l’Alsace, la résistance contre l’occupant.
 Pour quelles raisons l’historien reste quelque peu sur sa faim ? Non pas parce que tous les textes publiés le sont dans une traduction française. L’historien de l’Alsace reproduit suffisamment de sources en traduction française, pour le reprocher à d’autres. Sauf si... il s’agit d’une publication de sources, où le texte doit être publié en original doublé de sa traduction. Disons donc qu’on aurait aimé voir la version originale de certains textes, publiés ici. La publication ne souffre-t-elle pas trop d’absence de contextualisation ? « Croisade des enfants » que l’action de Weinum et de ses compagnons ? On n’est pas convaincu de la référence, pas plus que celle que produit le préfacier Alfred Grosser, évoquant les jeunes Scholl.
Certes, les membres du groupe de la « Main Noire » sont pour la plupart des catholiques fervents, élèves ou anciens élèves de collèges catholiques. Mais ils sont aussi, c’est le cas de Weinum et de René Kleinmann, des aspirants officiers français. Nous sommes donc bien devant des représentants de cette génération de jeunes catholiques alsaciens, marqués par leur engagement dans les cadres de la jeunesse française, comme les routiers scouts de Saverne, ou les jeunes étudiants du Front de la Jeunesse d’Adam, ou les jeunes jocistes que le curé Neppel réunit autour de lui. Ils ont été pour une partie d’entre eux évacués et sont rentrés avec leurs parents. Pourtant, et cela est remarquable, Weinum édcrit en allemand à ses parents (lettres transmises en cachette, et traduites par J-J. Bastian), ce qui pourrait démontrer que les parents lisent mal le français (et que Weinum écrit bien l’allemand ?). Il est dommage que l’on n’ait pas respecté la langue utilisée par Weinum lui-même. Sa dernière lettre transmise en cachette a-t-elle été rédigée en français ? Bien entendu, la lettre du 13 avril qui devait passer par la censure a été rédigée en allemand et ne fait pas allusion au patriotisme ardent qui anime Weinum, mais à sa foi. La dernière lettre de Guy Môquet a suscité de nombreux commentaires. On pouvait ne pas s’y référer ; pourtant les commentaires qui l’avaient accompagnée et qui portaient sur les dernières lettres de jeunes condamnés à mort, avaient été importants pour en éclairer le sens. Mais ne devait on pas citer aussi une dernière lettre fiorr émouvante elle aussi, du jeune condamné à mort communiste, René Birr, exécuté un an plus rard à Stuttgart, qui a été publiée dans l’ouvrage, pratiquement introuvable aujourd’hui, de iVlattern, Heimat unterm Hakenkreuz, de 1953. Reste un mystère qui ne sera probablement jamais élucidé. Alors que tout le monde est arrêté en juillet 1941, que les « chefs » sont incarcérés en août 1941, on attend 6 mois avant d’exécuter Sieradski, sans procès. l:ezécurion pour résistance « wegen Widerstandes » – terme ambigu, qui peur désigner aussi bien la résistance à ses gardiens que la résistance en général – est annoncée par un communiqué publié en première page des Strasburger Neueste Nachrichten du 16 décembre 1941. Le communiqué émane du Reichsführer SS en personne, soit Heinrich Himmler. Visiblement, la SS a isolé le cas de Sieradski, « ehemalige polnische Staatsangehörige » [il n’existe alors plus de Pologne], et en a fait le chef « Rädelsführer » d’une petite bande, qui devait être exécuté sans jugement, car les autres attendent d’être poursuivis devant les tribunau. Pour Sieradski. une sorte d ’affiche rouge !
 Le procès des autres membres du réseau eut lieu à huis clos trois mois plus tard, à partir du 27 mars 1942. Les avocats, qui auraient renseigné Bopp (Journal), relatent que le Gauleiter aurait voulu éviter une condamnation à mort mais se prit de bec avec le Président du Sondergericht qui s’y refusa. Il est vrai que le 21 mars 1942 Hitler s’était plaint du laxisme des magistrats. Le 31 mars 1942, Weinum est le seul condamné à mort, les autres écopant de peines de prison allant de trois ans pour l’un d’entre eux à trois mois et pour la plupart d’entre eux, ces peines sont purgées par la préventive. Ils n’en furent pas moins incarcérés au camp de Schirmeck jusqu’à leur incorporation de force : voilà ce que nous avait appris Bené. Utile par contre, le rappel des efforts faits par les survivants de la « Main Noire » pour que le souvenir du sacrifice de ces jeunes résistants, sur le sol alsacien, ne soit pas oublié. L’ouvrage que publie Gérard Pfister constitue à cet égard un témoignage important.

Marcel Weinum et la Main Noire
La Nef (07/01/2009), par Jacques de Guillebon

 Qui racontera l’épopée de la Main Noire, qui chantera la gloire du sacrifice de Marcel Weinum et ses compagnons, qui enfin rendra les honneurs auxquels ont droit plus que quiconque ces fils de France ? Des Alsaciens au cours de la dernière guerre, on retient plus souvent la tragédie des malgré-nous, incorporés sur le Front de l’Est ou, pire, versés dans la division Das Reich. Et on oublie les actes de résistance qui, communs à toute la France, se firent pourtant plus héroïques dans cette provinceassujettie directement à un Gauleiter.
 Et encore, parmi ces actes, on avait particulièrement passé sous silence ceux de l’organisation clandestine La Main Noire. Extraordinaire équipée chevaleresque de jeunes gens de 16 ans qui, sous l’impulsion de leur chef Marcel Weinum, fils de boucher, ancien grand clerc de la Maîtrise de Strasbourg, inquiéta deux ans durant l’appareil nazi de Strasbourg. Sans l’aide d’aucun adulte aguerri, Weinum en qui les Allemands reconnurent à son procès une intelligence supérieure « qui eût été bien utile au Reich » organisa sa trentaine de partisans en cellules indépendantes, se fournissant en explosifs dans les forts de la ligne Maginot abandonnée : bris de vitrines, diffusion de tracts, attaques à la grenade à main de voitures de dignitaires du régime, ces adolescents venus d’un Signe de piste furent raflés en 41, déportés en camps de travail et jugés. Leurs chefs, dont Weinum qui venait d’avoir 18 ans, décapités. Les autres transférés sur le Front de l’Est.
 On se souviendra de Ceslav Sieradzki, fils d’immigrés polonais, lynché puis abattu au bord d’un chemin qui riait en criant « Vive la France ! ». De la dernière lettre de Weinum à ses parents : « Nous avons tous beaucoup prié pour la rédemption sur la terre, Dieu m’a donné la rédemption éternelle. Que sa volonté soit faite, et non la nôtre. À la gloire de Dieu et pour le salut de notre âme. Vous m’avez élevé pour lui apporter ce sacrifice. Supportez-le sans deuil. Au revoir au Ciel. Vive Dieu le Roi. »

Marcel Weinum et la Main Noire
Sens (02/01/2010), par Y. C.

 Si l’histoire de la Rosé blanche est connue et fait honneur à la Résistance allemande,
beaucoup moins connue est l’histoire de la Main noire, mouvement pourtant très parallèle, et qui fait honneur à la Résistance alsacienne.
 Qui a déjà entendu parler de cet adolescent de 16 ans, Marcel Weinum, né à Brumath, au nord de Strasbourg, et qui, dès septembre 1940, convainc une trentaine de jeunes garçons de ses connaissances de se regrouper dans une organisation clandestine de résistance pour combattre à la fois pour la France et contre l’Allemagne nazie ? Il le fit au nom de sa foi. Il fut décapité à Stuttgart, le 14 avril 1942. Le réseau qu’il avait créé, la Main noire, s’était donné pour tâche de dénoncer, par des graffitis, des tracts, des écrits et des actes de sabotage, la mainmise allemande sur l’Alsace. Ils utili-sèrent des grenades à mains dérobées au Fort Hoche. Marcel Weinum est arrêté le 21 mai 1941, avec l’un de ses camarades lors-qu’ils tentent de gagner Baie pour alerter le consulat britannique de Suisse ; et en juillet, ce sont vingt-six jeunes qui sont arrêtés. Marcel Weinum et neuf de ses compagnons comparaissent entre le 27 et le 31 mars 1942 devant le Tribunal spécial de Strasbourg : Marcel prend sur lui toute la responsabilité de la Main noire ; il est condamné à mort et exécuté.
 Gérard Pfister, qui a fondé et dirige les éditions Arfuyen, a eu le souci de sortir cet exemple de l’ombre et de lui consacrer un ouvrage, le premier à retracer en détail l’aventure étonnante de Marcel Weinum. Il y rassemble un certain nombre de ses lettres (pp. 41-56) et des documents, nombreux, sur la Main noire (pp. 57-198). Il a demandé à Pierre Sudreau, Président de la Fondation de la Résistance, un mot d’hommage et à Alfred Grosser, une Préface. Il présente lui-même (pp. 21-24) cette « Croisade des enfants » contre le nazisme, en la mettant en parallèle avec l’histoire de la Rose blanche, et propose (pp. 25-40) une introduction sobre mais précise de Marie Brassart-Goerg qui retrace l’histoire de la Main noire et le sort réservé aux différents participants — exécution ou incorporation de force d’abord dans le RAD, le service paramilitaire de travail du Reich, ensuite dans l’armée allemande. On les remerciera de combler ainsi une lacune et de rendre hommage à ces garçons courageux, totalement conscients de leurs actes.

Marcel Weinum et la Main Noire
Lien Vivant (03/01/2010), par Sœur Marie-Claire Van der Elst

 Grâce à Gérard Pfister nous pouvons découvrir un mouvement de résistance peu connu du public qui se développa en Alsace à partir de septembre 1940 pour se terminer en avril 1942 avec la condamnation à mort et l’exécution de son chef Marcel Weinum, alors âgé de 18 ans.
 Ce volume rassemble une série de documents qui donnent une bonne idée des membres et des activités du réseau que Marcel Weinum avait mis sur pied avec une remarquable intelligence, l’organisant en petites cellules autonomes composées de trois ou quatre de ses amis, adolescents résolus et très croyants comme lui.
 L’introduction retrace l’historique du mouvement de la Main Noire en le rapprochant de la Rose Blanche, puis nous le découvrons par une documentation établie à partir d’une bonne vingtaine de textes variés, lettres de Marcel Weinum, l’acte d’accusation très détaillé, témoignages, souvenirs. Les petites introductions de chacun de ces textes font le lien entre eux et permettent de suivre le déroulement des événements qui ont marqué la Main Noire.

Une âme forte et apaisée
Le Messager (28/10/2010), par Marie-Claire Rakotondratsimba

 La sortie d’un livre qui retrace l’itinéraire de la Main Noire, premier réseau de résistance alsacienne, rend honneur à ces très jeunes adultes engagés contre le nazisme. Le Messager a pu rencontrer Jean-Jacques Bastian, survivant de cette époque.
 Un homme à la force tranquille, l’œil vif et le regard serein, la voix calme vibrant sous le coup des souvenirs. Une âme forte et apaisée, malgré son physique de grand brûlé. Telle est l’image qui s’impose quand on rencontre Jean-Jacques Bastian, survivant du premier groupe organisé de la Résistance alsacienne, la Main Noire, fondé par Marcel Weinum, lors de la Grande Guerre.
 Alsacien d’origine, né à Nancy en 1924, Jean-Jacques Bastian est fils d’un combattant de la Première Guerre, petit-fils de combattant français de la guerre franco-allemande de 1870. Il a reçu une éducation protestante. Eclaireur unioniste, c’est toujours avec fierté qu’il évoque la promesse des Eclaireurs de servir Dieu, la patrie et le prochain. Lorsque la Seconde Guerre éclate, il a 14 ans. Orphelin de père, il vit avec sa mère et sa jeune sœur. Ils sont évacués à Saumur dès 1939. C’est avec désespoir qu’il apprend l’annexion en territoire allemand des départements du Rhin et de la Moselle, en 1940.
 À 15 ans, Jean-Jacques revient à Strasbourg et s’enrôle dans la Résistance avec Marcel Weinum au sein de la Main Noire, un groupe de 25 adolescents dont 10 seront arrêtés. Leur plus haut fait d’armes est l’attentat à la grenade contre la voiture du Gauleiter Robert Wagner à Strasbourg, un soir de juin 41, devant l’ancien restaurant « Adelshoffen », place Kléber.
 Jean-Jacques a 17 ans quand il est arrêté, le soir du 18 juillet I941. Affamé, interrogé et roué de coups dans un local de la Gestapo, il est emprisonné à Mulhouse, puis à la prison Sainte-Marguerite à Strasbourg pendant trois mois. Désemparé, sans repères, seul dans sa cellule, il appelle Dieu qui se révèle à lui comme une lumière. Les versets bibliques et cantiques appris par cœur sans grande conviction à 12 ans pour sa confirmation reviennent à sa mémoire. Ils prennent sens et force et lui redonnent espoir : « L’Éternel est pour moi, je ne crains rien : que peuvent me faire des hommes ? »
 Libéré sous condition, il est envoyé au camp Eggenstein de Karlsruhe. Le 25 août 1942, le décret d’incorporation des Alsaciens et des Lorrains dans la Wehrmacht est promulgué. La mort dans l’âme, il rejoint Ansbach, ville de garnison à l’ouest de Nuremberg. Au bout d’une semaine de caserne, les jeunes recrues doivent prêter serment à Hitler. Dilemme cruel pour Jean-Jacques Bastian : comment prêter serment à l’occupant de son pays, « comment prêter serment au diable ? » Alors qu’il demande à Dieu de l’éclairer, une illumination se fait en lui : il se porte malade et parvient à esquiver la prestation de serment ! Trois fois, il met sa vie en péril pour ne pas servir le nazisme, deux fois en mangeant du foie gras avarié, une autre en buvant de l’eau croupie. Dans ces moments difficiles, il s’en remet à Dieu.
 À la fin de la guerre, Jean-Jacques, envoyé en Pologne, amorce son repli vers l’Ouest avec deux camarades. Un sous-officier allemand sabote à 6 h du matin une réserve de munitions allemande dans laquelle il s’est réfugié pour la nuit. Pris par les flammes, il est brûlé au troisième degré sur tout le corps. La douleur est physique mais sa conscience est en paix. Après l’opération, il se réveille amputé de l’œil gauche. Après le débarquement anglais, Jean-Jacques est rapatrié à Paris et opéré quarante fois. C’est à l’hôpital qu’il rencontre celle qui deviendra sa femme.
 Aujourd’hui, âgé de 83 ans, père et grand-père, Jean-Jacques vit à Montpellier. Il est prédicateur laïc, actif dans sa paroisse. Il croit au pouvoir de la prière et ne cesse de témoigner que « tout a été bénéfique et supportable et que les bontés de l’Éternel ne sont pas épuisées, elles se renouvellent chaque matin. »

« La Main Noire » sur France 3
Dernières Nouvelles d’Alsace (25/01/2011), par Marie Brassart-Goerg

 À l’invitation de France Télévisions et de France 3, le film La Main Noire, diffusé prochainement en Alsace, a été présenté récemment à Strasbourg, dans l’auditorium de la place de Bordeaux.
 Peu de photos existent sur ce réseau de jeunes résistants français qui a opéré à Strasbourg dès 1940. Malgré cela, le film de 52 mn a tenu en haleine le public, parmi lequel des enseignantes et des élèves du collège Foch. Grâce au récit du parcours de ces jeunes de Strasbourg et de Brumath, des trouvailles (des images sur le camp de Schirmeck par exemple) et des interviews. Parmi lesquelles celle de l’historien Francis Rapp (son père était l’avocat de Marcel Weinum, condamné à mort à Strasbourg et exécuté à 18 ans en Allemagne) et des 4 survivants du réseau. Trois d’entre eux (Jean Voirol, Lucien Entzmann et Jean-Jacques Bastian) ont participé à cette soirée, amenant un surcroît d’émotion dans la salle.
 Le réalisateur Jean-Baptiste Frappat a été le premier à enregistrer et filmer leurs témoignages : « J’ai eu plus de liberté, étant un non-Alsacien qui a découvert l’annexion de fait de l’Alsace. Je continue de m’interroger pourquoi ces résistants sont tombés dans l’oubli. Parce qu’ils étaient jeunes ? Parce qu’ils n’étaient pas encartés politiquement ? Parce qu’ils étaient ouvriers et fils d’ouvriers ? Pourtant Marcel Weinum est une figure qui pourrait, pour ses valeurs, encore servir de réfèrent aujourd’hui. »
 Gérard Pfister, qui a édité le livre ayant permis de redécouvrir la Main Noire, s’interroge aussi : « Ceslav Sieradzki, mort à 16 ans, n’est-il pas le plus jeune résistant français à avoir été exécuté ? Ceci mérite une vraie reconnaissance ! »
 Rémy Pflimlin a reconnu que le sujet du film « l’avait touché, car il traduisait la réalité historique de l’Alsace. » Ce documentaire, « très important pour la mémoire de l’Alsace, douloureuse et complexe », est « un élément-clé du travail que doit faire la télévision publique », estime le président de France Télévisions. Le producteur Jacques Kirsner (il a produit notamment L’Orchestre rouge) a lui aussi rendu hommage « à ce groupe de jeunes ouvriers catholiques de moins de 20 ans ». Avouant avoir été « sceptique » au départ, suite à son ignorance, comme beaucoup de Parisiens, de l’annexion de fait de l’Alsace. Pour Jean-Pierre Stucki, délégué régional aux antennes d’Alsace, aucun doute : « Ce film qui explore l’histoire est extraordinaire. Ces garçons avaient décidé de s’opposer à quelque chose qui allait contre leurs valeurs : la nazification de l’Alsace. C’est notre rôle de mettre en valeur leur combat, dans la région et à l’extérieur. » Le documentaire devrait bénéficier d’un diffusion nationale sur France 3, dans l’émission « La case de l’oncle doc ».

PETITE ANTHOLOGIE

Marcel Weinum et la Main Noire
présentés par Gérard Pfister
(extraits)

 Préface

 (...) L’Allemagne célèbre aujourd’hui avec ferveur la mémoire de Hans et Sophie Scholl et de leurs compagnons de la Rose Blanche.
 En 1942 et 1943, ce petit groupe d’amis diffusa, par la poste, dans différentes villes d’Allemagne et, sous forme de tracts, à l’université de Munich des textes appelant à la résistance contre Hitler et exigeant la liberté pour leur peuple. Près de 200 lycées et collèges portent aujourd’hui le nom de Hans et Sophie Scholl, tandis que livres et expositions maintiennent vivant leur souvenir.
 En Alsace qui, du fait de l’annexion, fut elle aussi soumise à une nazification intensive, la Résistance se trouva dans une situation presque aussi désespérée qu’au-delà du Rhin.
 Et si Hans et Sophie Scholl bénéficiaient d’une grande maturité, d’un haut niveau culturel et d’un environnement familial et intellectuel très favorable – leur père était lui-même un farouche opposant au régime nazi et leur professeur de philosophie, Huber, fut dès l’origine pleinement associé à leur démarche –, rien de tout cela pour les jeunes adolescents alsaciens, sans culture, sans soutien, sans référence.
 Mais où sont aujourd’hui en Alsace les lycées, les collèges qui commémorent leur sacrifice ? Où sont les livres, les expositions qui font vivre leur mémoire ?
 Tout comme on vient, soixante ans après, de redécouvrir la magnifique figure du pasteur Charles-Eugène Weiss, incorporé de force et mort sur le front russe à 21 ans, il est temps, il est grand temps de reconnaître aujourd’hui ceux qui surent dès les premiers jours, de ce côté-ci du Rhin, maintenir l’honneur de leur terre et contribuer à la victoire finale contre la barbarie.

 La dernière lettre de Marcel Weinum
 Stuttgart, le 13 avril 1942


 Chers Parents et Mariette,
 A l’instant, j’ai eu la triste communication que je serai exécuté demain matin à 6 h. Chers parents, pour moi, cela n’est pas un malheur, car alors commencera pour moi une nouvelle vie, la vraie vie. Mais, malheureusement pour vous, c’est une bien douloureuse nouvelle. En particulier pour toi, chère Maman, qui m’as toujours tellement aimé, mais tu devras te faire à ce pénible sort. Pense à la douloureuse mère de Dieu qui a tellement aimé son très cher fils et l’a perdu aussi, devant même assister à tout son calvaire.(...)
 Donc, chère Maman, continue à vivre en paix et reste en bonne santé, nous nous reverrons un jour là-haut, au Paradis, auprès de Dieu et de ses Saints. Car, pour moi, il ne peut y avoir de doute que je n’aille au Ciel. Pour toi non plus. Je sais que tu souffres davantage que moi. Pour toi, le Christ aura préparé une couronne de laurier. Je t’offre la mienne car c’est à toi que revient tout l’honneur. Donc, chère Maman, ne désespère pas, reste en vie pour Papa et Mariette. Tu pourras attendre aussi longtemps jusqu’à ce que Dieu t’appelle auprès de moi.(...)
 La terre, ici-bas, n’a été créée par Dieu que pour éprouver les hommes. La vie réelle est au Ciel où règne le bon Dieu, le Roi juste. Alors, nous ne serons plus jamais séparés. Cher Papa, remercie tous les parents pour leurs prières, elles seront utiles à mon âme.
 Chers Parents, soyez donc consolés par ma dernière lettre que vous recevrez lorsque je serai déjà auprès de Dieu. De mon côté, je prierai pour vous afin qu’il vous aide à surmonter votre peine. Saluez aussi de ma part, ma chère grand-mère, les membres de notre famille, nos amis, ainsi que la Sœur, ma tante. (...)
 Dans un moment, je vais recevoir le Christ par la sainte Communion. Ainsi, tôt demain, je pourrai comparaître avec un cœur pur devant Dieu.
 Maintenant, très chers Parents, je voudrais encore vous demander pardon pour toutes les peines que je vous ai causées, mais pensez que c’est Dieu qui l’a voulu. Nous avons tous beaucoup prié pour la rédemption sur la terre, Dieu m’a donné la rédemption éternelle. Que sa volonté soit faite, et non la nôtre. à la gloire de Dieu et pour le salut de notre âme. Vous m’avez élevé pour lui apporter ce sacrifice. Supportez-le sans deuil.
 Au revoir au Ciel. Vive Dieu le Roi.
 Marcel Weinum