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Orhan VELI

(1914 - 1950)

 Dans une lettre à Muvaffak Sami Onat, Orhan Veli résumait lui-même ainsi sa vie : "Je suis né en 1914. A un an j’avais peur des grenouilles. J’ai commencé à lire à neuf ans et à écrire à dix ans. A treize ans j’ai fait la connaissance de Oktay Rifat et à seize ans de Melih Cevdet. Je suis entré pour la première fois dans un bar à dix-sept ans et à dix-huit ans je me suis mis à boire du raki. A dix-neuf ans a commencé mon époque d’indolence. A vingt ans j’ai appris à gagner de l’argent et à supporter la misère. A vingt-cinq ans j’ai eu un accident d’automobile. J’ai été bien des fois amoureux. Je ne me suis jamais marié et, à présent, je fais mon service militaire."
 Orhan Veli Kanik est né le 13 avril 1914 à Istanbul. Son père était musicien.
 Après des études primaires à l’école de Besiktas, il entre comme interne au lycée francophone de Galatasaray dont Hachim avait quelques années auparavant suivi les cours. Orhan Veli y est un brillant élève et montre un intérêt tout particulier pour la langue et la culture françaises.
 En 1925, il quitte le lycée de Galatasaray pour suivre sa famille à Ankara. C’est là qu’il fait la connaissance de Oktay Rifat et, quelques années plus tard, de Melih Cevdet Anday. Les trois amis se lisent mutuellement les poèmes qu’ils écrivent. Avec eux, il publie une petite revue lycéenne intitulée Sesimiz (Notre voix).
 A sa sortie du Lycée d’Ankara, en 1933, il retourne à Istanbul et s’inscrit à la Faculté des Lettres pour des études de philosophie. C’est vers cette époque qu’il se prend de passion pour les courses de chevaux. Il interrompt ses études en 1936 et s’installe à Ankara où il trouve un travail du bureau.
 La même année paraissent dans la revue littéraire Varlik (Existence) quelques-uns de ses poèmes. Orhan Veli Kanik signe ses textes de pseudonymes, mais le plus souvent, selon une pratique traditionnelle en Turquie, de ses deux prénoms, sans nom de famille.
 En 1939, il a un grave accident d’automobile avec Melih Cevdet Anday. Orhan Veli reste dans le coma pendant vingt jours.
 En 1941 est publié Garip (Etrange), recueil de poèmes écrit en collaboration avec Melih Cevdet Anday et Oktay Rifat. Ce livre suscite de vives réactions parmi lesquelles se mêlent les attaques et les éloges.
 La même année, Orhan Veli est appelé sous les drapeaux. Après sa démobilisation, ilentre au bureau de traduction du Ministère de l’Education Nationale. Il publie de nombreuses traductions de textes littéraires français dans la collection de "Traductions de la Littérature Mondiale" créée par ce Ministère : oeuvres de Molière, de Musset et Lesage.
 En 1947 Orhan Veli publie dans les journaux des articles et critiques où il prend très nettement des positions de gauche. En janvier 1949, il commence à publier à Ankara une revue littéraire, Yaprak (Feuille), dont il assume à lui seul presque toute la gestion.
 Durant la nuit du 10 novembre 1950, alors qu’il marchait dans les rues d’Ankara dans un état d’ébriété avancée, Orhan Veli tombe dans une excavation que la Municipalité avait fait creuser dans la chaussée en vue de travaux de réfection. Il n’est blessé que légèrement, à la tête. Deux jours plus tard, il se rend à Istanbul. Le 14 novembre, il a un malaise et est transporté à l’hôpital. Vers le soir il entre dans le coma et, à 23 heures 20, il rend le dernier soupir. Il repose au cimetière de Rumelihisar, sur les bords du Bosphore.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

J’écoute Istanbul

PETITE ANTHOLOGIE

J’écoute Istanbul
traduit par Gérard Pfister
(extraits)

Haïku

L’odeur de l’écume
une assiette de crevettes
à la pointe de Sandik

*

Poème de la solitude

Ils ne savent pas
ceux qui ne vivent pas seuls
comme le silence fait peur
comme l’homme solitaire se parle
comme il court vers les miroirs
en quête d’un être vivant
Ils ne savent pas

*

Pour vous

Pour vous, hommes, mes frères
toutes choses sont pour vous
La nuit est pour vous
et le jour est pour vous
la lumière du jour et la clarté de la lune
les feuillages dans la clarté de la lune
l’inquiétude des feuilles
la sagesse des feuilles
les verts innombrables dans la lumière du jour