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Marie-Anne VANNIER

(1957)

 Née en 1957, Marie-Anne Vannier a suivi une double formation en philosophie et en théologie. Après un CAPES de philosophie, elle enseigne cette matière de1980 à 1990 : 4 ans en lycée, 6 ans en Ecole Normale-IUFM).
 Elle devient maître de conférence en théologie à l’Université Marc-Bloch en 1990, puis professeur en théologie à Université Paul Verlaine de Metz en 2003.
 Elle a dirigé la Revue des sciences religieuses de 1993 à 2003. Elle est rédactrice en chef de la revue Connaissance des Pères de l’Eglise depuis 1992.
 Spécialiste de patristique, elle a travaillé en particulier sur saint Augustin et Jean Cassien (édition du De Incarnatione Domini). Spécialiste d’Eckhart et des mystiques rhénans, elle est responsable de l’Equipe de recherche sur les mystiques rhénans (ERMR).
 Aux éditions du Cerf, elle a dirigé en 2005 l’Encyclopédie S. Augustin. La Méditerranée et l’Europe et en 2007 les Confessions de saint Augustin.

 

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

NOËL chez Eckhart et les mystiques rhénans

REVUE DE PRESSE

Noël chez Eckhart et les mystiques rhénans
Connaissance des Pères de l’Eglise (12/01/2006), par Colette Pasquet

 Les livres sur le mystère de Noël sont peu nombreux. Or, les mystiques rhénans sont de ceux qui ont le mieux compris le sens de Noël et qui ont su en rendre compte en des pages mémorables, pensons au Premier sermon de Jean Tauler sur les trois naissances : la naissance éternelle du Fils dans la Trinité, l’Incarnation et la naissance de Dieu dans l’âme, auxquelles correspondent les trois messes de Noël.

Le thème sera repris par Henri Suso, et un siècle plus tard par Nicolas de Cues, ces deux derniers théologiens s’attachant à expliciter ce qui concerne la troisième naissance, le don de la filiation divine à l’homme.

Partant d’une méditation de l’Évangile de S. Jean, Eckhart évoque avec force le mystère de la génération éternelle du Fils, qui nous fait fils dans le Fils. Sans doute en vient-il là à un raccourci étonnant, mais il se situe au coeur même de la Trinité, de sa communion et de sa surabondance d’amour pour nous, à qui il donne de partager sa vie.

Cette approche du mystère de Noël s’enracine dans la liturgie. Elle s’inscrit ainsi dans la grande tradition théologique et spirituelle qui, initiée par le pape saint Léon le Grand s’est développée chez les Cisterciens, en particulier Guerric d’Igny.

Un livre dense, plein de richesses. Il offre, en peu de pages, une initiation à l’un des thèmes majeurs de la mystique rhénane. Il met en lumière la pertinence de cette approche pour aujourd’hui dans cette introduction au mystère de Noël.

LIENS

Equipe de Recherche sur les Mystiques Rhénans

PETITE ANTHOLOGIE

Noël
chez Maître Eckhart et les mystiques rhénans
(extraits)

 Les origines de la fête de Noël

 

 Alors que dans les premiers siècles, l’année liturgique était entièrement centrée sur Pâques – qui est le mystère même du salut, le jaillissement de la vie nouvelle par la Résurrection du Christ, l’ouverture de la création nouvelle –, la fête de Noël, commémorant le 25 décembre la Nativité du Christ, est introduite vers 336 comme début de l’année liturgique et va prendre au Moyen Âge une place de plus en plus importante.
 Le premier témoignage que nous ayons de la fête de Noël date de 354. On le trouve dans le Chronographe, cet almanach qui indiquait chez les Romains les jours de fête. Il ressort que, dans l’Empire devenu chrétien, la fête de Noël, la célébration de la naissance du Christ (Natale Domini), « soleil de justice » (Mt 4, 2) et « lumière du monde » (Jn 8, 12), vient remplacer lors du solstice d’hiver la fête païenne du Sol invictus : la Natalis solis invicti.
 C’est toute la symbolique de la lumière qui est, alors, mise en évidence par les Pères de l’église, pour montrer que le Christ est la Lumière que les ténèbres n’ont su vaincre et qui illumine tout homme.
 C’est principalement avec saint Léon le Grand que la fête de Noël se développe en Occident. Ainsi rend-il accessible à tous le sens du dogme du Concile de Chalcédoine (451) qu’il a contribué à élaborer par sa Lettre à Flavien  : la réalité des deux natures dans l’unique personne du Christ. (...) Il poursuit en précisant le sens de Noël – c’est-à-dire la naissance éternelle – en ces termes : "Les paroles des évangiles et des prophètes viennent à notre secours ; elles nous échauffent et nous instruisent, en sorte que grâce à elles, il nous semble ne pas tant commémorer un événement passé, la Nativité du Seigneur dans laquelle le Verbe s’est fait chair, que voir celle-ci présente sous nos yeux". On ne sait pas si Eckhart a lu ce texte. En tout cas, force est de reconnaître qu’il a la même intuition de la naissance éternelle.(...)
 Eckhart et Tauler n’ont pas repris le folklore qui commençait à accompagner la fête de Noël, y compris dans les milieux dominicains où les religieuses préparaient pour l’Enfant Jésus un berceau ou une layette , au contraire, ils sont allés à l’essentiel : en méditant sur l’évangile de Jean, ils ont développé, comme les Pères, toute la symbolique de la lumière et ont expliqué comment le Christ est la lumière qui illumine tout homme, ce qui les a amenés, non pas tant à interpréter Noël comme saint Léon comme « sacrement du salut » qu’à développer l’idée johannique de la naissance de Dieu dans l’âme (Jn 15, 23).

 La naissance de Dieu dans l’âme

 Sur ce plan, le Premier Sermon de Tauler est un petit chef-d’œuvre. Il peut servir de canevas à toute explication ultérieure du mystère de Noël.
 En effet, en distinguant les trois naissances – l’engendrement du Fils au cœur même de la Trinité, l’Incarnation et la naissance de Dieu dans l’âme –, Tauler témoigne d’une remarquable pénétration théologique et spirituelle.
 Sans doute ne fait-il pas là œuvre de novateur. Il bénéficie de l’apport des Pères et de la tradition cistercienne qui en était venue avant lui à envisager ces trois naissances, mais la présentation qu’il en donne témoigne d’une virtuosité peu commune.
 Cette virtuosité, il la doit, en partie, à Eckhart qui avait centré toute sa réflexion autour de la naissance de Dieu dans l’âme, que les Pères appelaient la divinisation. Comme il le dit, à la suite de saint Augustin, il en va de notre vie même. En effet : « "Que cette naissance se produise toujours, dit saint Augustin, à quoi cela me sert-il si elle ne se produit pas en moi ?"Qu’elle se produise en moi, c’est cela qui importe. » 
 Il serait de peu de prix pour moi que le Verbe se fit chair pour l’homme dans le Christ – en supposant qu’il soit séparé de moi – s’il ne s’était pas aussi fait chair en moi personnellement, afin que moi aussi je sois fils de Dieu.