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Thérèse Martin, dite
THÉRÈSE DE LISIEUX

(1873 - 1897)


Thérèse Martin est née le 2 janvier 1873 à Alençon, cadette d’une fratrie de neuf enfants. Deux garçons sont morts dans leur première année : Joseph (1867), et un second Joseph (1868). Deux filles sont également décédées en bas âge en 1870 : Hélène, et une première Thérèse.
Les cinq survivantes entreront toutes dans la vie religieuse. Marie, l’aînée, deviendra sœur Marie du Sacré-Cœur. Après la mort de Madame Martin en 1877, la famille part s’installer à Lisieux, dans la maison des Buissonnets.
Le 9 avril 1888, Thérèse entre au Carmel. Le 8 septembre 1890, elle prononce ses vœux définitifs. Au début de 1893, sa sœur Pauline est élue prieure. Elle confie à Thérèse le soin d’aider l’ancienne prieure dans le fonctionnement du noviciat.
C’est à la fin de 1894 qu’elle découvre, en méditant deux textes de l’Ancien Testament, ce qui fait l’essentiel de sa « petite voie ».
En avril 1896, au soir du jeudi saint, Thérèse est prise de crachements de sang.
Le 30 juillet 1897, elle semble à la dernière extrémité et reçoit l’extrême onction. Mais ce n’est que le 30 septembre que prend fin la longue agonie avec ces ultimes paroles : « Oh ! je L’aime… Mon Dieu… je Vous aime ».

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Une petite voie toute nouvelle

REVUE DE PRESSE

Une petite voie toute nouvelle
Bulletin de Littérature Eccclésiastique (10/01/2004), par Daniel Vigne

Le titre de Docteur de l’Église, donné à la Thérèse de Lisieux en 1997 par le pape Jean-Paul II, aurait sans doute paru bien pompeux à la jeune Carmélite. N’avait-elle pas fait sa devise de la parole de Jésus sur les sages et les habiles auxquels les choses du Royaume restent cachées, quand elles sont révélées aux tout-petits ? Souhaitons donc que ce titre, au lieu de devenir un monumental tombeau, garde sa fraîcheur paradoxale et son ironie.

Le livre du P. Sterckx, ancien Provincial dans l’ordre des Carmes, nous ramène à l’essentiel en publiant ce joyau du message de Thérèse qu’est sa correspondance avec Marie du Sacré-Cœur, sa sœur aînée et marraine. Celle-ci lui ayant demandé de lui transmettre les « secrets de Jésus » sur la « grappe dorée » des trésors divins, Thérèse répond par un texte embrasé, adressé à Jésus lui-même, où s’épanche un amour jubilant pour son Bien-aimé.

Tous les thèmes spirituels de la jeune mystique se trouvent condensés dans ces pages : la « science d’amour » qu’on n’acquiert pas dans les livres (et qu’importe, par exemple, si la note 19, p. 70, manque ?) ; la faiblesse bénie qui, loin de nous éloigner de Dieu, nous rapproche de Lui ; l’aspiration à « être tout » – y compris prêtre et Docteur ! – et la décision finale d’être « amour au cœur de l’Église ». Les images fusent : celle du « petit oiseau sans forces et sans ailes », fasciné par l’Aigle adoré ; celle de l’enfant qui chante, presque insolemment, devant le Trône, et n’a d’autre moyen de prouver son amour que de « jeter des fleurs »...

Un commentaire d’une soixantaine de pages fait suite aux lettres, datées de septembre 1896. Il les éclaire d’un point de vue biographique, mais n’ajoute rien à la force spirituelle du texte, qui parle de lui-même. Comme la petite Thérèse peut se passer de titres, la petite voie se passe de longs discours.

PETITE ANTHOLOGIE

Une petite voie toute nouvelle
(extraits)

 Lettre de Thérèse de Lisieux à sa soeur
 8 septembre 1896

 Moi je me considère comme un faible petit oiseau couvert seulement d’un léger duvet, je ne suis pas un aigle, j’en ai simplement les yeux et le cœur car malgré ma petitesse extrême j’ose fixer le Soleil Divin, le Soleil de l’Amour et mon cœur sent en lui toutes les aspirations de l’Aigle...
 Le petit oiseau voudrait voler vers ce brillant Soleil qui charme ses yeux, il voudrait imiter les Aigles ses frères qu’il voit s’élever jusqu’au foyer Divin de la Trinité Sainte... hélas ! tout ce qu’il peut faire, c’est de soulever ses petites ailes, mais s’envoler, cela n’est pas en son petit pouvoir ! que va-t-il devenir ? mourir de chagrin se voyant aussi impuissant ?... Oh non ! le petit oiseau ne va pas même s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son Divin Soleil ; rien ne saurait l’effrayer, ni le vent ni la pluie et si de sombres nuages viennent à cacher l’Astre d’Amour, le petit oiseau ne change pas de place, il sait que par-delà les nuages son Soleil brille toujours, que son éclat ne saurait s’éclipser un seul instant.
 Parfois il est vrai, le cœur du petit oiseau se trouve assailli par la tempête, il lui semble ne pas croire qu’il existe autre chose que les nuages qui l’enveloppent ; c’est alors le moment de la joie parfaite pour le pauvre petit être faible. Quel bonheur pour lui de rester là quand même, de fixer l’invisible lumière qui se dérobe à sa foi ! ! !...
 Jésus, jusqu’à présent, je comprends ton amour pour le petit oiseau, puisqu’il ne s’éloigne pas de toi... mais je le sais et tu le sais aussi, souvent, l’imparfaite petite créature tout en restant à sa place (c’est-à-dire sous les rayons du Soleil), se laisse un peu distraire de son unique occupation, elle prend une petite graine à droite et à gauche, court après un petit ver... puis rencontrant une petite flaque d’eau elle mouille ses plumes à peine formées, elle voit une fleur qui lui plaît, alors son petit esprit s’occupe de cette fleur... enfin ne pouvant planer comme les aigles, le pauvre petit oiseau s’occupe encore des bagatelles de la terre. (...)
 Si l’Astre Adoré demeure sourd aux gazouillements plaintifs de sa petite créature, s’il reste voilé... eh bien ! la petite créature reste mouillée, elle accepte d’être transie de froid et se réjouit encore de cette souffrance qu’elle a cependant méritée...
 Ô Jésus ! que ton petit oiseau est heureux d’être faible et petit, que deviendrait-il s’il était grand ?... Jamais il n’aurait l’audace de paraître en ta présence, de sommeiller devant toi... oui, c’est là encore une faiblesse de petit oiseau lorsqu’il veut fixer le Divin Soleil et que les nuages l’empêchent de voir un seul rayon, malgré lui ses petits yeux se ferment, sa petite tête se cache sous la petite aile et le pauvre petit être s’endort, croyant toujours fixer son Astre Chéri.

Commentaire du P. Dominique Sterckx, ocd

 Thérèse l’a compris. « Il n’y a que l’amour qui puisse nous rendre agréables au Bon Dieu » qui est lui-même « fournaise divine d’Amour ». Cet amour est alors le seul bien qu’elle désire.
 Mais l’étonnant est que le seul chemin pour y parvenir soit celui de « l’abandon du petit enfant ».
 « Petit », l’adjectif revient 38 fois dans ce manuscrit : on se méprendrait lourdement en n’y voyant qu’un langage enfantin.
 Thérèse est bien « la petite dernière » de la famille Martin. Ses sœurs la regardent et la traitent comme telle, et elle-même se situe par rapport à son aînée en se nommant « votre petite fille ». Mais ses sœurs n’ont pas compris que, dans la bouche ou sous la plume de Thérèse, le qualificatif petit appliqué à elle-même a pris peu à peu une tout autre signification, biblique.
 Sa « petite doctrine » a en effet pour fondement quatre textes de l’Écriture, tirés des livres de la première Alliance, appelés communément Ancien Testament : Proverbes, Sagesse, Isaïe 40 et 66.
 Les trois premiers manifestent l’attitude de Dieu vis à vis des « petits », le quatrième vis à vis des « enfants », ces petits que l’on prend sur ses genoux. Dans la méditation de la Parole, Thérèse a compris un des « secrets » de Jésus : son désir nous précède en se portant vers ce qui est petit, faible, imparfait.
 Plus encore, elle a senti, que l’Amour du Créateur est non seulement un Amour qui donne, comme l’amour de la mère pour son enfant, mais un Amour qui mendie le nôtre : Jésus a « soif d’amour ». Il désire des cœurs qui, « comprenant toute la tendresse de son Amour infini », répondent à l’Amour par l’amour, en se livrant « à lui sans réserve », en s’abandonnant à lui sans crainte, comme le petit enfant dans les bras de son père dont il se sait aimé.
 Thérèse se reconnaît faire partie de ces « petits » et signe joyeusement « la petite Thérèse ».