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Jean TAULER

(1300 - 1361)

 Jean Tauler est né à Strasbourg vers 1300. Dès 14/15 ans, il entre au couvent des dominicains et y suit leur cycle de formation.
 Est-il envoyé à Cologne suivre l’enseignement de Maître Eckhart ? Il est probable que Tauler y soit parti alors quelque temps.
 Son activité de prédication et de direction spirituelle se déploiera surtout à Strasbourg où se trouvent sept couvents de dominicaines et de nombreuses maisons de béguines. Il y est également en relation avec de nombreux laïques, souvent liés au vaste mouvement rhénan des « Amis de Dieu ».
 En 1339, Tauler séjourne plusieurs mois à Cologne.
 Puis, la même année, la ville de Strasbourg étant frappée d’interdit par le pape Jean XXII, il se réfugie à Bâle où il demeurera quatre ans.
 Tauler se serait également rendu, dit-on, près de Bruxelles pour y rencontrer Ruysbroeck.
 Il meurt à Strasbourg le 16 juin 1361, date inscrite sur la pierre tombale conservée aujourd’hui encore en l’église du Temple Neuf.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Les Cantiques spirituels

Dieu caché

Le Livre des Amis de Dieu

Le Livre de la pauvreté spirituelle

REVUE DE PRESSE

Trois Rhénans
Lien vivant (10/01/2002), par Marie-Claire Van der Elst

 Bien dans l’esprit de la collection des Carnets spirituels qui propose, dans une présentation soignée, des textes mystiques inédits ou introuvables, voici trois volumes parus dernièrement.
 Les Légendes, au nombre de neuf, ont été tirées de différentes éditions allemandes de l’oeuvre du Maître. "Par un savoureux retournement de situation, explique G.P., c’est bien souvent Maître Eckhart qui joue, dans les Légendes, le rôle de ces clercs ... qu’ il a lui-même si souvent raillés." Elles nous montrent en effet Eckhart dialoguant avec une jeune fille, un enfant nu, un homme pauvre ou autres personnages inattendus dont les propos sont "le plus souvent de la plus pure inspiration eckhartienne". Les notes citent d’ailleurs des passages des Sermons où les mêmes idées se retrouvent, sur le "sans pourquoi" de toute chose, l’engendrement du Fils en nous-mêmes, la pauvreté intérieure, la véritable liberté... Le dernier mot, toutefois appartient à M. E, à qui ses amis qu’il s’apprête à quitter demandent un cadeau d’adieu : "Il arrive bien souvent que ce qui nous semble le plus minimeest plus grand devant Dieu que ce qui nous semble digne de la plus haute estime. C’est pourquoi nous devrions recevoir comme égales toutes les choses auxquelles Dieu nous soumet."
 Pour Jean Tauler, les textes du volume sont extraits du t. 7 des Oeuvres complètes publiées en 1912, et ils sont "attribués" à Tauler, ce qui n’a rien de surprenant quand on sait comment les textes nous sont souvent parvenus dans des transcriptions par les disciples du Maître. Cela ne leur ôte rien de leur valeur ni même de leur "authenticité". On retrouve les grands thèmes de la nudité intérieure, de l’immersion en Dieu, de la vraie pauvreté "qui reçoit tout des mains de Dieu, sans la moindre rancoeur, dans le repos et le silence, sans que rien puisse la trouble".
Conseils et exhortations et seize Lettres complètent ce volume apaisant, à méditer dans le calme.
 Le volume consacré à Ruysbroeck présente des morceaux choisis extraits de trois sources différentes. La Vie de contemplation dans la traduction de Maeterlinck est une version moins rigoureuse, certes, que celle de Dom Louf parue récemment chez Bellefontaine, c’est plutôt une curiosité littéraire. Les deux autres textes (les deux Cantiques spirituels d’après une adaptation en latin car l’original est perdu, et La Prière de Jésus) proviennent l’un d’oeuvres choisies, l’autre d’une anthologie et sont peu accessibles. Bonne occasion de les découvrir, ils contiennent des perles ! "Celui qui foule les sentiers de l’amour se porte bien au fond de lui-même. Il entend la voix mystérieuse qui dit toutes choses en une parole."

Les enseignements de Jean Tauler
Les Affiches - Moniteur (02/04/2011), par Christine Muller

 Les écrits du mystique rhénan Jean Tauler ( 1300-1361 ) ne sont assurément pas le genre de livre que l’on dévore pour changer des programmes télé médiocres. Le Livre des Amis de Dieu, bien que paru sous la signature de Tauler, est en fait un regroupement de textes de laïques, regroupés autour des figures magistrales de la spiritualité du 14° siècle que sont Tauler et Maître Eckhart.
 Longtemps interdites de publication, puis éditées par fragments au 19° siècle ces Institutions divines s’adressent à tous les hommes de bonne volonté ; ils sont, selon la préface du frère dominicain strasbourgeois Rémy Vallejo « de toutes les conditions et vivent leur vocation propre et singulière dans l’unité d’un fond essentiel qui, abstrait de tout mode, confine au mystère de la déité ». Ces textes auront profondément influencé les piliers de piété que furent sainte Thérèse d’Avila ou saint Jean de la Croix, pour ne citer que ceux-là.
 Publié pour honorer le 650° anniversaire de la mort de Jean Tauler, ce Livre des Amis de Dieu étonne de par la clarté de son message, où il est recommandé de discerner entre ce qui relève de la nature (les instincts) et ce qui ressort de la grâce. Parfaitement adapté à notre postmodernité, ce traité de savoir-vivre spirituel recommande de faire le tri entre tout ce que le monde environnant nous propose afin de ne retenir que ce qui nous est essentiel. Le discours de Tauler peut parfois sembler catastrophiste, mais il faut se replacer dans le contexte de son époque, où la peste ravage l’Europe, où l’antisémitisme fait rage ainsi qu’un certain fanatisme religieux. La mystique de Tauler préfigure le mouvement de la Réforme qui libère le laïc du carcan de l’Église catholique et le remet au centre des préceptes de l’Évangile.
 Ces textes d’avant-garde prônent aussi une foi accessible à tous, et non plus le privilège d’une caste, encourageant l’essor des béguinages laïcs, communautés féminines autonomes et libres de diffuser la parole de Dieu.

Le Livre des Amis de Dieu ou les Institutions divines
La Lettre de Ligugé (01/01/2011), par Lucien-Jean Bord

 L’ouvrage le plus célèbre de Jean Tauler (1300-1361), celui qui a connu un extraordinaire rayonnement et qui est considéré à juste titre comme la somme de la mystique rhénane, n’est pas en fait dû au seul disciple de Maître Eckhart mais à ceux qui, autour de lui, ont constitué le groupe des Amis de Dieu. 
 Si Tauler fut, en quelque sorte le maître d’œuvre de cet ensemble de textes, il n’en fut pas plus « l’éditeur » puisqu’ils ne furent recueillis et organisés que plus tard à la chartreuse de Cologne par d’autres Amis de Dieu : Nicolas Eschius, Pierre Canisius et Laurent Surius. C’est grâce à cette compilation (au sens le plus élevé du terme), que l’œuvre de Maître Eckhart – censurée par une bulle de Jean XXII, redécouverte partiellement au début du XIX° siècle et plus complètement au XX° - a pu exercer, malgré son interdiction, une influence aussi large au cours des siècles.
 La publication dans une traduction française de l’édition donnée en latin au XVI° siècle par Surius (Laurent Sauer, 1522-1578) est importante pour la compréhension non seulement de la mystique rhénane, mais aussi pour celle de l’influence qu’elle a eu sur la spiritualité des XVI° et XVII° siècles : ce recueil a influencé non seulement Thérèse d’Avila et Jean de la Croix mais aussi Angelus Silesius et Pierre de Bérulle et, au travers des écrits de ces derniers, la mystique germanique et l’École française de spiritualité, sans oublier Jean de Bernières et les solitaires de Port-Royal, constituant l’un des fondements sur lesquels s’est établie l’image de l’honnête homme du grand siècle des âmes, véritable écho à l’homme noble eckhartien.

Le Livre des Amis de Dieu ou les Institutions divines
Carrefour d’Alsace (03/01/2011), par Rédaction

 Présentées comme Le Livre des Amis de Dieu par les éditions Arfuyen, les Institutions divines  sont un ouvrage apocryphe de Jean Tauler (1300-1361) aussi important que les célèbres Sermons. Édité au XVI° siècle par les chartreux de Cologne, ce florilège de textes de Jean Tauler et de maître Eckhart (1260-1338) fut le livre de chevet de sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) et saint Jean de la Croix (1542-1591), mais aussi de Pierre de Bérulle (1575-1529).
 Enraciné dans la tradition biblique, cet ouvrage déploie sa sève pleine de vie jusque dans les cimes du Carmel espagnol et de l’École française de spiritualité. Édité à l’occasion des 650 ans de la mort de Jean Tauler, le 16 juin 1361, il mérite une lecture attentive pour y découvrir l’idéal de l’« ami de Dieu » qui, libre et détaché de tout, reçoit Dieu lui-même en son cœur.

Découvrir Jean Tauler
Le Messager (13/02/2011), par Dominique Gounelle

 Jean Tauler est probablement l’auteur spirituel médiéval le plus strasbourgeois, puisqu’il y est né, y a passé toute sa vie et y est mort. On trouvera sa pierre tombale au Temple-Neuf, sa statue à St-Pierre-le-Jeune protestant et une rue à son nom dans le quartier des humanistes.
 Pour saluer le 650° anniversaire de sa mort, les éditions Arfuyen sortent la traduction d’un ouvrage qui l’a rendu célèbre, les Institutions divines, qui sont les « doctrines vraiment très salutaires et divines de Jean Tauler, théologien sublime et illuminé ».
 En fait, cet écrit date de la contre-Réforme et rassemble sous l’autorité du nom de Tauler des fragments et pensées de plusieurs maîtres rhénans, dont notamment Eckhart,dont la lecture était interdite à Cologne. C’est en effet à Cologne que Laurent Surius a fait ce travail de collection, d’arrangement et d’édition en latin des manuscrits de haut-moyen allemand. Cette œuvre aura permis aux idées des mystiques de circuler dans toute l’Europe et d’influencer notamment Thérèse d’Avila et Jean de la Croix.
 Au XIV° siècle humaniste,Tauler avait été la figure de proue des « Amis de Dieu »,des clercs et des laïcs qui s’efforçaient de vivre totalement selon la volonté de Dieu, quelle que soit leur situation. Ils ont radicalisé l’idée de la grâce due à Dieu seul : « Âme fidèle, garde-toi de raisonner intérieurement pour savoir quelle est l’illumination de la grâce ou celle de la nature ; cherche uniquement ton repos en Dieu seul, Dieu infiniment simple, Dieu inconnu. »
 La présente édition est la première traduction en français de cet ouvrage. Elle sera probablement précieuse aux historiens et théologiens mais reste d’accès ardu au lecteur peu habitué aux mystiques rhénans ou aux ouvrages théologiques de cette période.

Le Livre des Amis de Dieu ou Les Institutions divines
Cahiers Saint-Dominique (10/01/2011), par Édouard Wéber, o.p.

 Le présent volume propose la version française des Institutions divines éditées par le chartreux colonais Surius en 1548 sur la base de l’édition par Pierre de Nimègue (probablement Pierre Canisius) à Cologne en 1543. La traduction du latin original en est due au Père E.-P. Noël, dominicain, parue en huit tomes à Paris en 1911-1913.
 L’ouvrage est ici attribué à Tauler malgré l’avertissement de Surius qu’il n’est pas dû au prêcheur strasbourgeois (cf. A. Devaux, DS, XIV, 1326). Toutefois les réputés Sermons taulériens en ont été une notable inspiratrice, principalement avec leur thème théologique du Fils de Dieu Verbe divin Créateur et Rédempteur venant par grâce habiter en l’âme du chrétien. Il s’agit d’un vaste recueil des multiples écrits de divers auteurs des XIV°-XVI° siècles. Comme l’expose la préface, ce sont des extraits d’ouvrages de spiritualité chrétienne (Maître Eckhart, Suso, Ruuysbroeck, Thomas A. Kempis (l’Imitation de Jésus-Christ), Nicolas Eschius, ici ou là de Sirius lui-même, et d’opuscules anonymes remarqués – ainsi La Perle évangélique – qui tous ressortent de la spiritualité rhéno-flamande). Une Note bibliographique assure page 279, que le présent ouvrage reprend « la traduction intégrale des Institutions de Jean Tauler » mais sans préciser les sélections opérées dans l’édition Noël.
 La préface avertit utilement que le terme de Surius Institutions signifie enseignements, leçons doctrinales, et rappelle que ces Institutions divines ont connu plusieurs éditions latines traduites en français, en italien, en espagnol qui ont été source pour la spiritualité traditionnelle du Carmel espagnol (Thérèse d’Avila, Jean de la Croix), pour l’École française de spiritualité (Bérulle), et en Allemagne pour le courant illuministe (Silésius). Sur quelques points théoriques importants, quelques notes utiles du traducteur sont reprises, ainsi à propos du thème eckhartien de gelassenheit, traduit tantôt par renoncement, abandon, tantôt par résignation, ce qui, restant de sens négatif, voile le sens positif echartien de libération des limites de la subjectivité individuelle en vue d’accueillir la suprême vérité révélée par le Christ Verbe divin fait homme. Ces Institutions manifestent les grandes exigences doctrinales fondant la foi chrétienne chez ces fidèles fervents des XIV°-XVI° siècles traversés de multiples troubles avant la Réforme et ses débuts.
 Remarquons, à propos du chapitre 34 intitulé Que nous devons toujours chercher Dieu présent en notre âme évoquant un sermon de Tauler sur l’essence divine du Verbe divin se constituant par grâce hôte de l’âme intelligents du chrétien ami de Dieu pour le promouvoir à la connaissance directe du Dieu vivant, contrairement ce que dit la préface, ce n’est là pas simple reprise de la thèse néoplatonicienne de l’Un transcendant, mais de la haute doctrine de la grâce enseignée par Thomas d’Aquin et Maître Eckart et fondée sur l’Évangile de Jean (14, 23).
 La notice bibliographique rappelle opportunément, pages 279ss., que le Sermon authentiques de Tauler ont été réédités en traduction française Hugueny-Théry-Corin en 1991 (Cerf) et que sur la mystique rhéno-flamande les ouvrages compétents sont ceux de Jean Orcibal, Saint Jean de la Croix et les mystiques rhéno-flamands ( Paris, 1994) et de Louis Cognet, Introduction aux mystiques rhéno-flamands (Paris 1994).

Le Livre des Amis de Dieu ou Les Institutions divines
Nouvelle revue théologique (01/01/2012), par N. Hausman

 Dédié à Sœur Suzanne Eck, bien connue des amis d’Eckhart et de Tauler, cet ouvrage du XIVe siècle recueille des textes composés ou recopiés par des laïcs « Amis de Dieu », écrits organisés bien plus tard, dans les milieux de la chartreuse Sainte-Barbe de Cologne par Nico­las Eschius, Pierre Canisius et Lau­rent Surius. C’est Maître Eckhart qui est le plus paraphrasé, avec Jean Ruysbroeck (ou Henri Suso), puis Jean Tauler lui-même, mais aussi bien des maîtres anonymes, de la fin du XIVe au début du XVIe siècle.
 « Enraciné dans la tradition biblique, puis intériorisé dans la mystique rhéno-flamande, le Livre des Amis de Dieu déploie donc sa sève pleine de vie jusque dans les cimes du Carmel espagnol et de l’École française de spiritualité », voire du classicisme français ou chez les solitaires de Port-Royal (p. 17-18). Tauler, main­tient le présentateur (qui le défend sans cesse et vigoureusement en note, e.a. 192) est bien l’auteur de l’ouvrage, « en ce sens que toute la doctrine, toutes les pensées sont de lui » (p. 45).
 On ne s’étonnera donc pas d’y trouver la résignation (gelassenheit) dans l’épreuve et dans la joie, l’accomplissement en nous de l’éternelle génération du Père, la suréminence du livre de la conscience sur tous les écrits. Des notes biogra­phiques et bibliographiques per­mettent de situer cette réédition d’une œuvre qui permit à la pensée d’Eckhart (et de son entourage béguinal) de continuer à rayonner.

Le Livre des Amis de Dieu ou Les Institutions divines
COREB Info (11/01/2011), par Marie-Claire Van der Elst

 Ces trois ouvrages permettent au public francophone de découvrir le mouvement peu connu des Amis de Dieu, dont Rulman Merswin (1307-1382) est l’un des fondateurs, tandis que l’énigmatique « Ami » en est l’inspirateur. 
 Bien que Jean Tauler ait signé les Institutions, il n’en est pas l’unique auteur, d’où le sur-titre ; le terme « Amis de Dieu » désigne, des laïques désireux de vivre selon l’Evangile qui appartiennent à un courant proche de Maître Eckhart, de Ruysbroeck et d’autres maîtres anonymes.
 Cet ouvrage, « un élément essentiel de l’essor et de l’influence de la mystique rhénane », a inspiré aussi bien Angélus Silesius que Thérèse d’Avila et Jean de la Croix ou encore Pierre de Bérulle. Les chapitres 13 à 21 sont constitués d’extraits du Discours du discernement de Maître Eckhart qui remarque : « Les Amis de Dieu ne manquent jamais de consolation, puisque leur suprême bonheur est d’accepter tout ce que Dieu fait en eux ou avec eux, que ce soit joyeux ou triste. »
 En fait nous avons ici un ensemble de textes mystiques d’origines diverses, recueillis et organisés plus tard à la chartreuse de Cologne. Vivant à une époque de grands troubles, Rulman Merswin, riche banquier de Strasbourg, se convertit à l’âge de 40 ans et fonda en 1366 une communauté pour des laïques où il mena jusqu’à sa mort une vie humble et cachée.
 Le Livre des neuf rochers
contient des récits de vision, dont celle d’une montagne « avec neuf très hauts rochers posés les uns sur les autres jusqu’au sommet » sur lesquels cheminent des chrétiens.
 Dans Le Livre des cinq hommes (1377), l’Ami, dont l’identité reste si mystérieuse qu’on a été jusqu’à mettre en doute son existence, brosse les portraits hauts en couleur des ermites qui l’on rejoint dans sa communauté de l’Oberland, ainsi que de leur cuisinier et de leur messager.

PETITE ANTHOLOGIE

Les Cantiques spirituels
(extraits)

 De la nudité intérieure et de l’abandon que nous devons faire
 de nous-mêmes et de toutes choses

 Il me plaît de chanter à nouveau la nudité intérieure.
 La vraie pureté est exempte de pensées.
 Il n’y a plus de pensée, là où il n’y a plus rien de mien.
 
 Je suis réduit à rien. 
 Quand on est arrivé à la nudité d’esprit, il n’y a plus de souci à avoir.
  Nul mal ne saurait désormais me troubler.
 Je me délecte tellement dans la pauvreté que je ne puis plus m’occuper des choses et des images qui m’entourent.
 Que dis-je ? Le moi ne m’appartient plus, j’en suis dégagé, je suis libre.
  
 Je suis réduit à rien.

 Quand on est arrivé à la nudité d’esprit, il n’y a plus de souci à avoir.
 Comment me suis-je délivré des images, me demandez-vous ?
 Cela s’est fait quand j’ai trouvé en moi la véritable unité.
 Mais qu’est-ce que la véritable unité ?
 C’est quand rien ne m’a ému, ni l’adversité, ni le bonheur. (...)
  
 Je suis réduit à rien.

 Or, cet éblouissement m’a donné des forces sans mesure, car j’avais pénétré Tout.
 En sa présence je ne puis pas vieillir.
 Ma jeunesse, comme celle de l’aigle, se renouvelle sans cesse ;
 tellement toutes mes puissances ont été éteintes et englouties.