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Henri SUSO

(1295 - 1366)

 Henri Suso est né vers 1295 dans la région du lac de Constance. Selon la tradition, sa maison natale, conservée aujourd’hui encore, se situerait à Überlingen.
 Son père semble avoir appartenu à la famille de Berg, originaire de Thurgovie. Sa mère, d’une nature aussi douce et pieuse que son père était impulsif et violent, était issue de la famille de Suse. C’est ce nom qui sera adopté par le jeune homme.
 Son enfance est marquée par la mésentente de ses parents et la fragilité de sa santé. Sous l’influence de sa mère, il renonce à embrasser la carrière des armes et se tourne vers la vie religieuse. A l’âge de 13 ans, il entre au couvent des Dominicains de Constance. Suso évoque lui-même dans le Livre de la Vie le manque de ferveur de ses cinq premières années dans cette maison.
 Un changement profond survient en lui à l’âge de 18 ans. A la suite d’une vision, il décide de rompre avec la dissipation de ses jeunes années et de mener une vie de renoncement. Dans le souci de dompter une nature qu’il sent rétive et dont il désespère, il se soumet dès lors à de terribles mortifications qui éprouvent durement sa faible constitution.
 Son noviciat terminé, Suso commence des études philosophiques et théologiques. Après une première formation à Constance (mais aussi probablement à Strasbourg où les Dominicains avaient un studium provinciale réputé), Suso est reçu au studium generale de Cologne. Suso y suit les cours de Maître Eckhart dans les dernières années de son enseignement. Il s’ouvre à lui de ses doutes et de ses tourments intimes et reçoit ses encouragements. Les brèves notations contenues à cet égard dans le Livre de la Vie laissent à penser que Suso fut assez proche de Maître Eckhart. Une tradition largement diffusée assure que Suso suivit l’enseignement de Maître Eckhart en même temps que Jean Tauler, son cadet de quelques années, mais aucun document ne permet de l’établir.
 A la fin de ses études, Suso refuse la charge de Magister regens qui lui était proposée et retourne au couvent de Constance. Dans cette grande maison construite au bord du lac sur une presqu’île que seule une mince langue de terre relie au rivage, Suso mène une vie de recueillement et de pénitence. C’est à cette époque qu’il écrit ses deux grandes oeuvres, le Livre de la Sagesse et le Livre de Vérité.
 Ce dernier traité, qui lui a été largement inspiré par les démêlés de Maître Eckhart avec son ordre, par sa mort en 1328 et par la condamnation de ses thèses en 1328, l’amène à devoir répondre lui aussi devant sa hiérarchie de différents points de sa pensée. Les fonctions de lecteur, c’est-à-dire de directeur d’études, qu’il occupait au couvent lui sont retirées et il reçoit pour charge d’assurer la direction spirituelle des religieuses dans les communautés voisines.
 Les difficultés que rencontre Suso avec son ordre coïncident avec un profond changement intérieur : après de longues années de réclusion, il se sent appelé désormais à témoigner auprès des hommes de son époque, en un monde ravagé par la guerre et les épidémies.
 Du couvent de Constance où il continue de résider, il fait rayonner son activité jusqu’à la Suisse et à l’Alsace et acquiert rapidement une grande réputation de directeur de conscience et de prédicateur auprès des religieuses mais aussi de la noblesse et de la bourgeoisie.
 Une nouvelle épreuve frappe Suso dans cette période de sa vie lorsque le pape lance l’interdit sur Constance. La ville ordonne au clergé, sous peine de privation des privilèges et de confiscation des biens, de continuer de célébrer les offices. Suso fait partie de ceux qui refusent de céder. Avec sept frères dominicains, il est contraint de quitter la ville en 1339 et se réfugie au couvent de Diessenhoven. Cette situation dure sept ans.
 En 1346, l’évêque obtient le retour des Dominicains bannis par le Conseil de la ville. Mais Suso ne reste que peu de temps à Constance. Il est assigné par ses supérieurs au couvent d’Ulm. Là, il reprend avec la même ardeur infatigable son activité de directeur spirituel et de prédicateur.
 C’est dans les dernières années de sa vie qu’il aurait, si l’on en croit la tradition, révisé lui-même ses écrits et les aurait regroupés en un unique recueil, L’Exemplaire.
 Suso meurt à Ulm le 25 janvier 1366. Il est enterré dans le cloître du couvent des Dominicains. Vénéré depuis sa mort comme « bienheureux », Suso a été officiellement béatifié par l’Eglise le 16 avril 1831.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Le plus haut abandon

PETITE ANTHOLOGIE

Le plus haut abandon
traduit par Gérard Pfister
(extraits)

 Aie ta demeure solidement en toi-même jusqu’à ce que tu sois porté hors de toi-même sans toi-même.

*

 A personne ne t’offre trop. Souvent, plus on s’offre et moins on plaît. Ce qui te convient est une conduite humble et tournée vers le dedans. Quand quelqu’un agit contre son être, cela ne lui convient jamais bien.

*

 Heureux l’homme qui ne mène pas beaucoup d’actions ni de paroles. Plus nombreuses les actions et les paroles, plus nombreux les hasards.

*

 Ne t’arrête à rien qui ne soit Dieu.

*

 Chez un homme abandonné, la réjouissance dans la nature doit être une nécessité limitée à des oeuvres non fautives et qui apportent un libre détachement.