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Ernst STADLER

(1883 - 1914)

 Ernst Maria Richard Stadler est né à Colmar le 1 1 août 1883, treizième année du rattachement de l’Alsace à l’Empire allemand. Ses parents étaient tous deux d’origine bavaroise. Son père occupait alors les fonctions d’avocat général à la Cour d’appel de Colmar. Sa mère était protestante et éleva ses enfants selon les principes de sa confession.
 En 1895, la famille déménage à Strasbourg. Ernst Stadler y fait ses études secondaires au lycée protestant . En 1902, il entre à l’Université à la fois en philologie romane, en linguistique comparée et en langue et littérature allemandes. La même année il crée avec René Schickelé et Otto Flake la revue Der Stürmer, qui se donne pour but de susciter une renaissance de la culture alsacienne. Bien qu’elle ne paraisse que de mai à novembre 1902, cette revue exerce une durable influence sur la vie culturelle alsacienne. Stadler restera toute sa vie l’un des amis les plus proches de René Schickelé, dont le rapprochent les sympathies socialistes et les positions vigoureusement antibellicistes.
 En 1904, il publie chez un éditeur de Strasbourg son premier recueil, Präludien (Préludes), parmi lesquels figurent plusieurs traductions de textes de Henri de Régnier, l’un des poètes français qu’il préfère avec Francis Jammes et Charles Péguy. Des traductions de ces deux derniers paraîtront dans les années qui suivent.
 De 1904 à 1906, il s’installe à Munich pour y poursuivre ses études. Il soutient en 1906 une thèse à la Faculté des Lettres de Strasbourg sur les rapports entre les manuscrits D et G du Perceval de Wolfram von Eschenbach.
 Bénéficiaire d’une bourse de la Fondation Rhodes, il travaille de 1906 à 1908 à l’Université d’Oxford où il commence à préparer sa thèse d’habilitation sur le Shakespeare de Wieland. Après un retour en Alsace, il séjourne à nouveau à Oxford et à Londres d’avril à septembre 1910. Invité à donner des cours à l’Université libre de Bruxelles, il s’installe cette même année dans cette ville. 
 En mars 1911 paraissent dans la revue Das Neue Elsass (La nouvelle Alsace) deux poèmes de Stadler en vers longs qui marquent le début d’une période d’intense création. Tous les plus grands poèmes de Stadler seront écrits durant les quatre années qui lui restent à vivre.
 Dans le même temps Stadler fait paraître dans les revues d’avant-garde alsaciennes un grand nombre d’articles critiques par lesquels il est l’un des premiers à faire connaître Georg Heym, Hans Werfel, Oskar Loerke, Carl Sternheim et, bien sûr, son ami Schickelé.
 Au printemps de 1914, il est invité à enseigner à l’université de Toronto. Fin mai, il quitte Bruxelles et regagne l’Alsace où il compte passer l’été avant de partir pour le Canada.
 Stadler est encore à Strasbourg lorsque éclate la guerre. Le 28 juillet 1914, jour de la déclaration de guerre de l’empire austro-hongrois à, la Serbie, Stadler fait ses adieux à tous ses amis réunis dans l’atelier du peintre Heinrich Beeke, près de la porte de Robertsau. Bien après minuit, raconte Beeke, « alors que dehors une garde renforcée faisait sa ronde, retentit soudain dans l’atelier, comme une protestation contre la guerre, la Marseillaise ».
 Stadler fut mobilisé comme lieutenant de réserve au 51e régiment d’artillerie de campagne de l’armée allemande. Il combattit en Champagne et, d’une tranchée à l’autre, selon certains récits, put saluer Charles Péguy peu de temps avant que le poète français ne tombât.
 Ernst Stadler trouva la mort quelques jours plus tard, le 30 octobre 1914, près de Zandvoorde en Belgique, tué par un obus anglais.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Der Aufbruch

Le Départ

PETITE ANTHOLOGIE

Der Aufbruch
traduit par Guillevic
(extraits)

Maison de fous
(Le Fort Jaco, Uccle)

Ici est de la vie qui ne sait plus rien d’elle –
La conscience enfoncée mille toises dans le tout.
Ici dans des salles nues résonne le choral du rien.
Ici l’assoupissement, le refuge, le retour à la maison, la chambre d’enfant.
Ici rien d’humain ne menace. Les yeux fixes
Qui, effarés et tendus, pendent dans le vide
Tremblent seulement des terreurs qu’ils ont fuies.
Pourtant quelque chose de terrestre colle encore à ces corps défectueux.
Ils ne veulent pas lâcher le jour qui disparaît.
Ils se jettent dans des convulsions, poussent des cris aigus dans les bains
Et se blottissent gémissants et abattus dans les coins.
Mais à beaucoup le ciel est ouvert.
Ils entendent les voix mortes de toutes choses les entourer
Et la flottante musique du tout.
Ils prononcent souvent des paroles étrangèresqu’on ne comprend pas.
Ils sourient, calmes et amicaux, comme font les enfants.
Dans les yeux dérobés aux regards qui ne conservent 
 rien de corporel, demeure le bonheur.