Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Biographie Bibliographie Liens Revue de Presse Petite Anthologie

Philippe-Jacques SPENER

(1635 - 1705)

Philippe-Jacques Spener est né en 1635 à Ribeauvillé (Haut-Rhin). Son père est conseiller et archiviste des comtes de Ribeaupierre. Il fait ses études aux Facultés de philosophie et de théologie de l’université de Strasbourg.

De 1654 à 1656, il est précepteur des fils du comte palatin Christian de deux-Ponts-Birkenfeld, puis séjourne à Genève, Stuttgart et Tübingen. En 1663 il de-vient prédicateur libre à la cathédrale de Strasbourg.

En 1664 il soutient sa thèse de doctorat en théologie sur la nouvelle naissance. Sollicité en 1666 pour diriger le corps pastoral de Francfort-sur-le-Main, il s’efforce de mettre en œuvre des réformes. Face aux difficultés, il ne peut empêcher toutefois certains de ses disciples de se séparer de l’église officielle.

En 1675, il est sollicité par un éditeur de Francfort pour rédiger une préface à un commentaire du théologien Johann Arndt sur les Évangiles. C’est en fait tout un livre qu’il écrit, faisant le point sur le protestantisme et proposant de nombreuses réformes.
Ce texte rencontre un impact comme jamais aucun livre n’en avait connu depuis Luther. En 1691, Spener gagne Berlin où il passera les dernières années de sa vie. Son influence s’y accroît de manière considérable.

Il meurt en 1705, salué comme un nouveau réformateur alors qu’il se considérait lui-même comme un simple disciple de Luther.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Pia desideria

La Vie évangélique

PETITE ANTHOLOGIE

Pia desideria
traduit par Annemarie Lienhard
(extraits)

 La perfection chrétienne

 Que personne ne vienne dire que nous exagérons et cherchons trop loin. Que nous ne vivons pas dans la république de Platon, et qu’il n’est pas possible d’avoir tout à la perfection et selon la règle. Qu’il faut donc supporter avec miséricorde les vicissitudes de notre temps plutôt que de s’en plaindre avec indignation. Que, si l’on recherche la perfection, il faut quitter cette vie et aller dans l’autre. Que là seulement il est possible de ren¬contrer quelque chose de parfait, qu’auparavant il n’y a rien à espérer.
 A ceux qui argumentent ainsi, je réponds ceci. D’abord, il n’est certes pas interdit du tout de rechercher la perfection : nous y sommes même encouragés. Et combien serait-il souhaitable d’y accéder ! D’un autre côté, je concède volontiers que nous n’y arriverons pas ici dans cette vie : plus un chrétien fidèle avance, plus il verra ce qui lui manque encore. Ainsi il ne sera jamais plus éloigné de l’illusion de la perfection que lorsqu’il s’y applique le plus. De même nous constatons qu’en général ceux qui sont les plus avancés dans leurs études se considèrent comme beaucoup moins savants que d’autres, qui n’ont commencé que depuis six mois à consulter les livres : au fil des ans les premiers se rendent compte de plus en plus de ce qui fait la véritable érudition, alors qu’auparavant ils ne l’avaient pas compris ainsi. Les soucis pourraient donc provenir bien plutôt de certains débutants qui auraient tendance à se considérer comme parfaits, et non pas de ceux qui se sont déjà beaucoup appliqués au perfectionnement.
 Certes, nous n’atteindrons jamais dans cette vie un degré de perfection tel qu’on ne pourrait ou ne devrait plus rien y ajouter, cependant il est sûr que nous sommes tenus d’arriver à un certain degré de perfection. La parole de Paul est valable pour chaque chrétien (2 Cor. 13,11) : Finalement, chers frères, réjouissez-vous, soyez parfaits, et (v. 9) : Nous souhaitons la même chose nous aussi, à savoir votre perfection. (Col. 1, v. 28) Nous annonçons à tous les hommes et nous les exhortons, et nous instruisons tous les hommes en toute sagesse, afin de présenter une image parfaite de chacun en Christ Jésus. (2 Tim. 3,17) (...)
 De même nous pouvons dire aussi que cela est valable pour l’Eglise entière : qu’elle se perfectionne de plus en plus, et que s’avère pour tous et pour chacun ce que Paul dit encore (Eph. 4, v. 13) : Afin que nous parvenions tous à l’unité dans la foi et à la connaissance du fils de Dieu, que nous devenions des hommes parfaits, comparables à l’âge parfait du Christ.
 Mais nous ne pousserons pas cette exigence de perfection dans l’Eglise au point de vouloir qu’il n’y ait plus un seul hypocrite en elle, sachant bien qu’on ne trouve jamais un champ de blé aussi pur, sans quelques mauvaises herbes ; nous exigeons simplement qu’elle soit indemne de scandales notoires ; que celui à qui un scandale est attaché n’y soit pas laissé sans les réprimandes qui conviennent, et qu’il soit exclu s’il le faut, et que les vrais membres de l’Eglise soient abondamment riches en fruits multiples, de telle sorte que la mauvaise herbe ne recouvre plus le blé et ne le cache plus comme cela arrive souvent maintenant, hélas ; que la mauvaise herbe soit recouverte par le blé pour qu’on ne la remarque pas avant le reste.

 *
 
 L’Eglise primitive

 Voudrait-on même considérer cela comme impossible, alors j’apporte un exemple : celui de l’Eglise chrétienne primitive. Il en ressort que ce qui était possible alors n’est pas absolument impossible. Or les histoires de l’Eglise attestent un tel état bienheureux de l’Eglise primitive : on reconnaissait généralement les chrétiens à leur mode de vie pieux, et c’est ainsi qu’on les distinguait des autres.
 Ainsi Tertullien dit : Quel est le signe que nous arborons, sinon la plus haute sagesse qui consiste à ne pas adorer les vaines ceuvres du cceur humain ; la modération qui tempère nos désirs du bien d’autrui ; la pudeur que nous ne blessons pas volontiers, même avec les yeux ; la miséricorde qui nous fait nous pencher vers les indigents ; la vérité elle-même, que les autres n’aiment pas ; la liberté, pour laquelle nous mourons de bon coeur ? Qui veut savoir ce que sont les chrétiens, devra les reconnaître à ces signes-là. Quelle situation heureuse était-ce alors ! (...)