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Philipp Jacob SPENER

(1635 - 1705)

 Spener est né à Ribeauvillé le 13 janvier 1635. Son père, juriste, était au service des comtes de Ribeaupierre comme conseiller et archiviste.
 De 1651 à 1658 il suit des études aux facultés de philosophie et de théologie de l’Université de Strasbourg. En 1653 il acquiert le grade de maître en philosophie avec une thèse dirigée contre Thomas Hobbes.
 A la Faculté de théologie de Strasbourg, il rencontre le professeur Jean Schmidt, marqué par certains courants de la spiritualité médiévale. Sensible à l’apport du puritanisme, ce dernier prône un certain nombre de réformes au sein de l’Eglise luthérienne. Spener est également influencé par deux autres enseignants strasbourgeois, Jean Conrad Dannhauer, une des grandes figures de l’orthodoxie luthérienne, et Sébastien Schmid, spécialiste de l’exégèse.
 De 1654 à 1656, Spener est précepteur des fils du comte palatin. De 1659 à 1662 un voyage d’études le mène à Genève, Stuttgart et Tübingen.
 En 1663 il devient prédicateur libre (Freiprediger) à la cathédrale de Strasbourg. En 1664 il soutient sa thèse de doctorat en théologie sur la nouvelle naissance. Le même jour il se marie.
 Ses projets de carrière universitaire sont toutefois interrompus lorsqu’il est invité à diriger le corps pastoral de Francfort-sur-le-Main. A 31 ans, il occupe ainsi un poste ecclésiastique très influent.
 Il s’y efforce de mettre en oeuvre les projets de réforme de l’Eglise proposés par l’orthodoxie luthérienne. Constatant que ses efforts ne portent pas les fruits escomptés, il regroupe au sein de conventicules ceux qui veulent être des chrétiens sincères. Dans un sermon de 1669, il conseille des réunions d’édification informelles entre amis le dimanche après-midi. Des amis lui proposent bientôt de fonder une véritable association en vue d’entretiens pieux et pour s’entraider.
 Spener accueille le groupe deux fois par semaine dans son presbytère, mais les réunions de ce qu’on appela le Collegium pietatis demeurent ouvertes à tous. L’idée est de ranimer les assemblées évoquées par 1 Cor. 14, en complément au culte proprement dit. Il est à noter que le luthéranisme ne connaissait pas cette pratique qui était en revanche recommandée dans l’écrit de Jean Labadie, L’exercice prophétique (1669), un ancien jésuite devenu réformé et qui finira dans la dissidence.
 Spener lui-même récuse tout séparatisme. Mais il ne peut empêcher certains de ses disciples, tel Jean-Jacques Schütz, de se séparer de l’Eglise officielle. C’est un rude coup porté à Spener et au mouvement piétiste.
 En 1675, Spener est sollicité par un éditeur de Francfort pour rédiger une préface à un volume de textes de Johann Arndt. Mais au lieu d’une brève et banale préface, il rédige tout un opuscule qui fait le point sur la chrétienté protestante et propose un certain nombre de réformes. Cet écrit de Spener, les Pia desideria, suscite un accueil enthousiaste et une opposition virulente. Rarement depuis la Réformation du XVI° siècle, un texte de ce genre eut pareil impact. Car Spener ne se contente pas de critiquer la société et l’Eglise de son temps, marquées par une soif de vivre au sortir de la Guerre de Trente ans, mais il propose aussi des voies concrètes à suivre et exhorte les théologiens à recentrer leur activité sur la Bible, la foi vécue et l’édification. La chrétienté composée de Juifs et de païens pourrait ainsi enfin s’unir et se rassembler.
 A Francfort même, la position de Spener est devenue difficile. Il accepte alors de devenir prédicateur à la cour du prince électeur de Saxe, à Dresde, mais rapidement ne cache pas ses critiques sur le style de vie de ce prince. Il s’investit alors avant tout dans la catéchèse, accueillant dans sa maison adultes et enfants. Au lieu de faire apprendre le catéchisme par coeur, il propose des questions et réponses pour introduire à la lecture de la Bible.
 Des disciples de Spener, tel Francke, réunissent à leur tour des conventicules parmi les étudiants de Leipzig. A Hambourg, des pasteurs piétistes s’opposent à leurs collègues. Spener lui-même estt entraîné à partir de 1690 dans d’ardentes discussions 
 En 1691, Spener se rend à Berlin où il passera les dernières années de sa vie. Il y accroît son influence de manière considérable, en particulier dans les milieux de la cour du Brandebourg et dans ceux de l’Université de Halle qui s’orientera vers le piétisme.
 Il meurt le 5 février 1705.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Pia desideria

PETITE ANTHOLOGIE

Pia desideria
traduit par Annemarie Lienhard
(extraits)

 La perfection chrétienne

 Que personne ne vienne dire que nous exagérons et cherchons trop loin. Que nous ne vivons pas dans la république de Platon, et qu’il n’est pas possible d’avoir tout à la perfection et selon la règle. Qu’il faut donc supporter avec miséricorde les vicissitudes de notre temps plutôt que de s’en plaindre avec indignation. Que, si l’on recherche la perfection, il faut quitter cette vie et aller dans l’autre. Que là seulement il est possible de ren¬contrer quelque chose de parfait, qu’auparavant il n’y a rien à espérer.
 A ceux qui argumentent ainsi, je réponds ceci. D’abord, il n’est certes pas interdit du tout de rechercher la perfection : nous y sommes même encouragés. Et combien serait-il souhaitable d’y accéder ! D’un autre côté, je concède volontiers que nous n’y arriverons pas ici dans cette vie : plus un chrétien fidèle avance, plus il verra ce qui lui manque encore. Ainsi il ne sera jamais plus éloigné de l’illusion de la perfection que lorsqu’il s’y applique le plus. De même nous constatons qu’en général ceux qui sont les plus avancés dans leurs études se considèrent comme beaucoup moins savants que d’autres, qui n’ont commencé que depuis six mois à consulter les livres : au fil des ans les premiers se rendent compte de plus en plus de ce qui fait la véritable érudition, alors qu’auparavant ils ne l’avaient pas compris ainsi. Les soucis pourraient donc provenir bien plutôt de certains débutants qui auraient tendance à se considérer comme parfaits, et non pas de ceux qui se sont déjà beaucoup appliqués au perfectionnement.
 Certes, nous n’atteindrons jamais dans cette vie un degré de perfection tel qu’on ne pourrait ou ne devrait plus rien y ajouter, cependant il est sûr que nous sommes tenus d’arriver à un certain degré de perfection. La parole de Paul est valable pour chaque chrétien (2 Cor. 13,11) : Finalement, chers frères, réjouissez-vous, soyez parfaits, et (v. 9) : Nous souhaitons la même chose nous aussi, à savoir votre perfection. (Col. 1, v. 28) Nous annonçons à tous les hommes et nous les exhortons, et nous instruisons tous les hommes en toute sagesse, afin de présenter une image parfaite de chacun en Christ Jésus. (2 Tim. 3,17) (...)
 De même nous pouvons dire aussi que cela est valable pour l’Eglise entière : qu’elle se perfectionne de plus en plus, et que s’avère pour tous et pour chacun ce que Paul dit encore (Eph. 4, v. 13) : Afin que nous parvenions tous à l’unité dans la foi et à la connaissance du fils de Dieu, que nous devenions des hommes parfaits, comparables à l’âge parfait du Christ.
 Mais nous ne pousserons pas cette exigence de perfection dans l’Eglise au point de vouloir qu’il n’y ait plus un seul hypocrite en elle, sachant bien qu’on ne trouve jamais un champ de blé aussi pur, sans quelques mauvaises herbes ; nous exigeons simplement qu’elle soit indemne de scandales notoires ; que celui à qui un scandale est attaché n’y soit pas laissé sans les réprimandes qui conviennent, et qu’il soit exclu s’il le faut, et que les vrais membres de l’Eglise soient abondamment riches en fruits multiples, de telle sorte que la mauvaise herbe ne recouvre plus le blé et ne le cache plus comme cela arrive souvent maintenant, hélas ; que la mauvaise herbe soit recouverte par le blé pour qu’on ne la remarque pas avant le reste.

 *
 
 L’Eglise primitive

 Voudrait-on même considérer cela comme impossible, alors j’apporte un exemple : celui de l’Eglise chrétienne primitive. Il en ressort que ce qui était possible alors n’est pas absolument impossible. Or les histoires de l’Eglise attestent un tel état bienheureux de l’Eglise primitive : on reconnaissait généralement les chrétiens à leur mode de vie pieux, et c’est ainsi qu’on les distinguait des autres.
 Ainsi Tertullien dit : Quel est le signe que nous arborons, sinon la plus haute sagesse qui consiste à ne pas adorer les vaines ceuvres du cceur humain ; la modération qui tempère nos désirs du bien d’autrui ; la pudeur que nous ne blessons pas volontiers, même avec les yeux ; la miséricorde qui nous fait nous pencher vers les indigents ; la vérité elle-même, que les autres n’aiment pas ; la liberté, pour laquelle nous mourons de bon coeur ? Qui veut savoir ce que sont les chrétiens, devra les reconnaître à ces signes-là. Quelle situation heureuse était-ce alors ! (...)