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SHANFARA

 Shanfara serait né vers la fin du VIe siècle, quelques décennies avant la venue du Prophète.
Il aurait appartenu à la tribu des Azd, établie dans le sud du Hedjaz et au Yémen.
 Rejeté par les siens puis par la tribu à laquelle il avait voulu lier son destin, il aurait mené une vie de brigandage et de pillage.
 La tradition raconte que Shanfara, pour se venger de ses anciens compagnons, aurait juré d’en tuer cent.
 Alors qu’il en avait déjà tué quatre-vingt dix-neuf, Shanfara, qui était descendu boire dans un ravin, fut surpris par ses ennemis et mis à mort.
 Quelque temps après, l’un d’eux, passant près du crâne desséché de Shanfara, le frappa d’un coup de pied. Une esquille lui entra dans la chair et lui fit une blessure dont il mourut. Ainsi fut accompli par delà la mort le serment du poète-brigand.
 Shanfara est connu pour être l’auteur du Lamiyyat Al-Arab (Chant des Arabes dans la rime lam), l’un des plus beaux poèmes de la littérature préislamique. Il s’inscrit dans la grande tradition des auteurs saalik qui, en rupture avec la société tribale de leur temps, écrivaient une poésie à l’image de leur vie, violente, généreuse et dépouillée.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Chant des Arabes

PETITE ANTHOLOGIE

Le Chant des Arabes
traduit par Mohammed Oudaimah en collaboration avec Stefano Mangano 
(extraits)

 (...) Le loup hurle et ses compagnons hurlent avec lui sur la plaine immense comme du haut d’une colline lamentent les femmes séparées de leurs fils,

 il baisse les yeux et eux aussi baissent les yeux, il s’abandonne et eux aussi s’abandonnent, il les console et eux aussi le consolent,

 il se plaint et eux aussi se plaignent, il s’arrêtent et eux aussi s’arrêtent - et la patience est la meilleure des choses quand il est vain de se plaindre –

 il s’éloigne et eux aussi rapidement s’éloignent, et tous cachent la faim qui les tourmente, et tous se comportent dignement.

 Les qata couleur de cendre qui ont volé toute la nuit, les viscères desséchées, craquantes, ne boivent que le reste de mon eau

 je m’élance, les qata se précipitent, se posent lourdement, mais l’homme qui a marché sans hâte arrive à l’eau le premier.

 Je m’éloigne, ils se posent au bord de l’eau, y traînent leur gorge et leur gosier,

 le bruit qu’il font autour de l’eau est pareil à celui d’un rassemblement de voyageurs de tribus différentes,

 ils accourrent de toutes parts et l’eau les rassemble comme une source rassemble les troupeaux de chameaux,

 ils boivent une gorgée puis s’envolent comme, au matin, la chevauchée rapide des cavaliers d’Ohaza.

 Et la terre m’est accueillante, et je la prends pour couche avec mon dos robuste dont saillent les vertèbres,

 et je prends pour coussin un bras décharné dont les articulations sont comme des osselets qu’un joueur a lancés. (...)