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Dominique SCHNAPPER

(1934)

Née en 1934, Dominique Schnapper est la fille du philosophe et sociologue Raymond Aron (1905-1983) et l’épouse de l’historien d’art Antoine Schnapper (1933-2004).

Chef de travaux, puis maître-assistante à l’École des hautes études en sciences so-ciales en même temps qu’elle était maître de conférences à l’Institut d’Études Politiques de Paris de (1972-1980), elle est directrice d’études à l’EHESS depuis 1981.

Sa direction d’études, qui a porté de 1981 à 1995 sur « l’ethnosociologie des sociétés modernes » se concentre depuis 1995 sur « la sociologie de la citoyenneté ».

Longtemps membre du Comité national du CNRS, elle a été présidente de la Société française de sociologie. Elle est docteur honoris causa de l’université McGill de Montréal.

Parmi les nombreuses missions qui lui ont été confiées, elle a été membre de plusieurs commissions nationales : sur la nationalité sous la présidence de Marceau Long (1987), sur la drogue, sous la présidence du Professeur Henrion (1994), sur le service national sous la présidence de Jean Picq (1995) et sur l’Éducation sous la présidence de Roger Fauroux (1995).

Elle a été membre du Conseil constitutionnel de 2001 à 2010.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

La République aux 100 cultures

REVUE DE PRESSE

« La République aux 100 cultures », de Dominique Schnapper, lu par Brice Couturier (France Culture)
« Les idées claires », France Culture , par Brice Couturier

Les critères d’après lesquels nous jugeons de la « diversité » changent au gré des modes intellectuelles. Autant ne tenir compte que des talents et des compétences.
L’équipe nationale de football doit-elle refléter la composition ethno-culturelle de la société française ? C’est ce que sous-entendent les propos de Karim Benzema. Ils font pendant à d’autres prises de position, qui pointaient le fait que cette équipe est sans doute « plus black que blanche »...

Mais les institutions emblématiques de notre nation ont-elles vocation à refléter au pourcent près la composition de notre société ? Et d’abord pourquoi ce critère-là, alors que, par ailleurs, nous proclamons que les races n’existent pas. […]

Il y a vingtaine d’années, on s’est avisé que le nombre députées femmes demeurait anormalement inférieur à celui de leurs collègues masculins. Le critère retenu était le sexe. Et demain ? Qui sait sur quel fondement on estimera qu’une institution est bien représentative de la société. L’appartenance générationnelle ? Le style de vie ? Qu’irons-nous encore inventer ?

La sociologue Dominique Schnapper vient de publier un volume intitulé La République aux 100 cultures. Elle y reprend un certain nombre d’articles, déjà publiés en revue. Ces textes peuvent nous aider à y voir plus clair. L’auteur remarque d’entrée qu’il existe une « tension » entre la citoyenneté et les « fidélités particulières ». La citoyenneté était forte aux temps où la République ne doutait pas d’elle-même. À partir de l’idéal révolutionnaire originaire, elle exigeait – et obtenait – des formes d’arrachement aux particularismes provinciaux, au profit d’une adhésion individuelle à la nation civique. C’est parce que cette citoyenneté s’est affaiblie, que le récit national a été « déconstruit », que les « identités » ont pu s’affirmer, comme le relevait déjà Pierre Nora il y a quelques années.

Sous l’influence des politiques multiculturelles imaginés en Amérique du Nord, certains Etats-providences européens se sont eux-mêmes ethnicisés. Au nom d’identités collectives culturelles, qui sont au moins aussi « imaginaires » et « construites » que l’identité nationale, des entrepreneurs communautaires ont exigé et obtenu, dans certains pays, des formes de reconnaissance particulière pour leurs ouailles. On sait maintenant dans quel piège ils se sont précipités : la concurrence entre les communautés s’est exacerbée ; le lien civique s’est affaibli tandis que se fragmentait le corps social ; les libertés individuelles, notamment celle de changer d’affiliation, ont beaucoup reculé ; des formes d’apartheid et de ghettoïsation sont apparues.

Particulièrement opératoire apparaît la distinction opérée par Dominique Schnapper entre assimilation structurelle (ou sociale) et assimilation culturelle (l’adoption par un groupe minoritaire de la culture de la société d’accueil). Lorsque la culture d’origine est puissante et transmise par le milieu familial, on observe que l’assimilation structurelle ne s’accompagne pas d’une assimilation culturelle. La mobilité sociale est forte, mais le groupe pratique l’entre-soi et se mélange peu à la société majoritaire environnante. Dans d’autres cas, l’assimilation culturelle se fait rapidement – une génération suffit – mais l’assimilation structurelle ne suit pas. Les membres du groupe rejoignent les classes défavorisées, alors même qu’ils partagent les aspirations de la société environnante.

Il existe une forte « tension », dit encore Dominique Schnapper entre « la citoyenneté, abstraite, rationnelle, dont la vocation est universelle et la réalité des sociétés nationales dont les membres sont intégrés parce qu’ils sont unis par des liens communautaires, ou ethniques, ou parce qu’ils partagent une même histoire, les mêmes valeurs. »

Nul doute que la sélection d’une équipe nationale qui s’inspire du second principe doive viser à respecter d’abord les équilibres communautaires. Mais attention ! C’est une tâche sans fin, car toute communauté de ce type est elle-même divisée en d’innombrables sous-groupes. Les représenter tous équitablement est impossible. […]

[L’article de Brice Couturier dont nous reproduisons ici des extraits a été publié sur le site de France Culture dans le cadre de son émission « Les idées claires », le 3 juin 2016.]