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Jules-Géraud, CARDINAL SALIÈGE

(1870 - 1956)

 Jules-Géraud Saliège est né à Mauriac (Cantal) le 24 février 1870.
 À 12 ans, il entre au Petit Séminaire de Pleaux, puis en 1889, au Grand Séminaire d’Issy-les-Moulineaux.
 Ordonné prêtre en 1895, il devient à son tour professeur au Petit Séminaire de Pleaux, puis, en 1907, supérieur du Grand Séminaire de Saint-Flour.
 Mobilisé le 5 août 1914, il est infirmier militaire puis aumônier volontaire sur l’un des fronts les plus meurtriers de la Grande Guerre.
 Saliège reprend ses fonctions à Saint-Flour. Nommé évêque de Gap en 1925, il y rencontre Jean Guitton, son futur biographe.
 Grand lecteur de Thérèse d’Avila et de Jean de la Croix, il garde une particulière affection pour l’oraison carmélitaine.
 En 1928, il est nommé à l’archevêché de Toulouse. Masi, dès novembre 1932, il est frappé d’une paralysie du bulbe rachidien qui gagnera progressivement tout son corps, le privant de l’usage de la parole. Est-ce cette infirmité qui rendra dès lors l’archevêque plus proche encore des exclus ? Comme c’est par le bègue Moïse que passa la parole de Dieu, c’est par la bouche de cet homme handicapé que s’exprime, en des temps d’extraordinaires calamités, le message de la dignité de la personne humaine. 
 Quelques mois après, dès le 12 avril 1933, Saliège condamne l’antisémitisme hitlérien lors d’une une réunion publique à Toulouse : « Non seulement je me sens frappé par les coups qui tombent sur les persécutés, mais encore mes tressaillements sont d’autant plus douloureux que se trouve méconnu et bafoué, non pas un idéal confus, une idée froide et abstraite, mais cet être vivant, personnel, dont le souffle a traversé et porte toute l’histoire d’Israël : Jéhovah, celui que j’appelle le bon Dieu, le Juste par excellence. […] Comment voulez-vous que je ne me sente pas lié à Israël comme la branche au tronc qui l’a porté !… »
 Le 23 août 1942, Saliège fait lire dans toutes les églises de son diocèse une lettre pastorale qui restera célèbre pour son courage et sa lucidité  : « Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On ne peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer. Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle. »
 Il y a aussi l’action, permanente, multiforme – en faveur des réfugiés espagnols, des étudiants polonais, des Juifs, de tous ceux dont la dignité est bafouée, y compris les prisonniers allemands.
 Après la guerre, il soutient l’action de Schuman pour la réconciliation européenne.
 À la Libération, le général de Gaulle le fait compagnon de la Libération par décret du 7 août 1945. En 1946, le nonce apostolique, Mgr Roncalli, futur Jean XXIII, lui remet les insignes de cardinal.
 Il meurt le 5 novembre 1956. Ses funérailles sont solennelles. « Il y eut ce matin-là, écrit Jean Guitton, un de ces moments, désormais bien rares dans la vie des nations, où l’union des esprits se refait autour d’un homme. » Il repose dans la cathédrale de Toulouse.
 En 1969, il reçoit à titre posthume le diplôme de « Juste parmi les Nations » décerné par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Menus propos

REVUE DE PRESSE

Son Éminence le cardinal Saliège
Service littéraire (01/01/2011), par Claude-Henry du Bord

L’Église ronronne parce qu’elle dort. Sommeil de plomb. Sa hiérarchie, composée de fonctionnaires poussifs, cherche, sans les trouver, des solutions pour la sortir de sa léthargie. La jeune Église est gouvernée par des vieillards pépères. Que ne trouve-t-elle son inspiration, un relent d’énergie dans l’exemple de quelques francs-tireurs, hommes de foi et d’action, comme Jules-Géraud Saliège (1870-1956), cardinal archevêque de Toulouse dont Arfuyen publie un choix édifiant de ses Menus propos ? Il faut à tout prix lire les Menus propos d’un homme exceptionnel qui réconcilie avec l’Église.

Ce cantalou de la petite bourgeoisie agricole est comme taillé dans la pierre dure, une vocation précoce, prêtre en 1895, professeur de philosophie, la Grande guerre, gazé en 1917, évêque de Gap en 25, archevêque de Toulouse en 28 et quatre ans plus tard, à Rome, une attaque : paralysie du bulbe rachidien qui le prive progressivement de son corps et de l’usage de la parole, « quand je ne pourrai plus parler, j’apprendrai à parler par des gestes. Tête d’Auvergnat, ça ne risque rien » – et en avant !

Saliège ne se gratte pas la calotte en lorgnant le pain de son voisin. En avril 1933, lors d’une réunion publique au Théâtre du Capitole, il condamne avec virulence l’antisémitisme : « Comment voulez-vous que je ne me sente pas lié à Israël comme la branche au tronc qui l’a portée !... Le catholicisme ne peut accepter que l’appartenance à une race déterminée situe les hommes dans des droits inférieurs. Il proclame légalité essentielle entre toutes les races et tous les individus. »

Suite à la guerre civile espagnole, il met en place des structures d’accueil pour les républicains exilés, parqués puis, fin septembre 39 pour les étudiants polonais. Trois mois après la proclamation du statut des juifs par le gouvernement dit de Vichy, il écrit : « Il demeure vrai que la personne humaine a une valeur infinie, que la société doit l’aider à réaliser sa destinée » ; en 42, de Gaulle lui écrit dans « l’espoir que quelque accord puisse s’établir entre nous », moins de cinq pour cent des évêques français condamne l’antisémitisme de crainte de froisser leur soutane. Saliège, lui, bout, reçoit l’avocat communiste Charles Lederman qui l’informe des suites de la rafle du Vel’ d’Hiv’, des déportations et de leur destination et, dans la foulée, écrit en août 42 une lettre pastorale devant être lue dans toutes les églises de son diocèse, « sans commentaire » (elle sera diffusée sur les ondes de la BBC) : « ... Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe plus ? Pourquoi sommes-nous des vaincus ?... Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des nommes, tout n’est pas permis contre eux [...] ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier ».

Laval fulmine, Saliège persiste, s’oppose au Service du Travail Obligatoire institué au printemps 43 ; la Gestapo débarque à son domicile en mars 44, à la vue de son piteux état de santé, les officiers tournent les talons : « il est foutu » – pensent-ils sans deviner qu’il leur survivra. À la Libération de Gaulle le fait Compagnon de la Libération ; en 1969, il sera déclaré « Juste parmi les Nations » par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem.
 Ayant les rhéteurs en horreur autant que les « installés » dont « l’âme est stationnaire », Saliège invente, selon Jean Guitton, un « style-cri, aphoristique et soudain, toujours interrompu, agissant par tension, excès, détente brusque, surprise ». À tous les coups, il fait mouche. Grâce à cette plume, il est compris de tous. Dès 1942, le prélat n’ignore pas que « la masse échappe à l’Église » et que pour espérer l’atteindre encore, il faut adresser une parole claire, audible, directe, « simple manque d’ajustement » pense-t-il – le conseil n’a pas été suivi, résultat : ronron. Pour cet adversaire des totalitarismes qui perçoit très tôt que nous vivons dans un monde globalisé, que « nous nous dirigeons vers une civilisation de masse » (1943), la solution est de construire une Europe commune, une « organisation supra-nationale » à même d’abattre les nationalismes meurtriers (il signe en 1954 une pétition de soutien à Robert Schuman en faveur de la Communauté Européenne de Défense) ; il sent approcher l’heure de la décolonisation et se réjouit que cesse « la médiocre bonhommie du démagogue qui exprime sa fraternité aux âmes arabes par de grandes claques sur les épaules », en guise d’humiliation, s’oppose à la peine de mort, au défaitisme, à la mélancolie, au fixisme, à la barbarie des outrecuidants, à la routine qui est « chez, l’homme une emprise de l’animalité »...
 Il ridiculise les négatifs : « Je suis contre, ne m’en demandez pas davantage. Je suis contre ;je ne bouge pas. Je ne veux pas bouger. Ne me touchez pas. Je suis contre le mouvement. Je ne marche pas. [...] Pour quoi donc être vous ? – Je ne sais pas... Je ne sais pas... Je suis contre. Le négatif est un hargneux qui s’ignore. Il n’attire pas, il repousse.. On le laisse sur la route et on continue le chemin. » (1937) II est préférable de savoir vraiment choisir, « de fermer son âme à toute tentative d’esclavage » (1939 !), d’agir en même temps que l’on espère, car « Espérer, c’est redoubler d’activité », de travailler pour la vérité et la justice, pour l’absolu maintient de la laïcité au nom de la liberté spirituelle, plus forte et plus importante que la liberté politique reconquise. Pas d’action possible sans une mystique de la liberté qui permet d’être dans le vrai en même temps que dans le droit, simplement parce que « les mystiques brisent la digue des raisonnements ».

Les Menus propos du Cardinal Saliège
La Croix (20/11/2010), par Isabelle de Gaulmyn

Voilà un drôle d’« objet cardinalice » : ces Menus propos sont de brefs articles qui paraissaient à partir de 1937 dans La semaine catholique de Toulouse, non signés, mais dont chacun sait qu’ils sont de la main de Mgr Saliège, archevêque du lieu.

Fragments, cris ou poèmes : difficile de qualifier ces lignes qui résonnent d’une actualité dramatique. Drame personnel d’abord : l’archevêque de Toulouse, atteint d’une maladie cérébrale à partir de 1936, éprouve du mal à s’exprimer, avant d’être paralysé totalement : « J’aimais parler, et Dieu m ’apris ma langue... Il peut tout prendre, Je lui ai tout donné. »

Dans son Cardinal Saliège Jean Guitton notait que « l’obligation où était Mgr Saliège de penser sa pensée en silence, puis de l’éjecter d’un seul coup, va lui interdire la longueur, l’adjectif, la transition ». La prose n’en est que plus intense. Dramatique aussi par l’époque, guerre et occupation.

Le cardinal jette ses mots, qui sont autant d’armes pour la résistance spirituelle à laquelle il convie les catholiques : « II y a des radios qui mentent, il y a un Dieu qui demeure ». Dès 1938 : « Hitler s’est appliqué haineusement à remplacer l’Évangile du Christ par l’évangile de la race. » Ou encore, le 6 juin 1940 : « De nos jours on est porté à étudier l’histoire de l’homme, car l’homme a une histoire, un devenir, un destin. »

À la fin de la guerre, il écrit avec ironie : « II y a la résistance mystique. Il y a la résistance politique. Il y a la résistance profit. » Le cardinal Saliège fut sans aucun doute de la première.

Menus propos
Bulletin de Littérature Ecclésiastique (10/01/2010), par Jean-François Galinier-Pallerola

 Pendant la guerre, de brefs articles qui émaillent la Semaine diocésaine de Toulouse étonnent par leur liberté de ton et intriguent par leur anonymat. On découvre bientôt que leur auteur n’est autre que l’Archevêque lui-même, Mgr Saliège. Leur style sybillin oblige le lecteur à prendre une part active au dévoilement du sens. L’auteur n’indique pas ce qu’il faut penser, il produit, rapproche, accumule des énoncés, généralement sans énonciateur, au lecteur de tirer lui-même la conclusion : procédé librement choisi pour éviter la censure ou imposé par la paralysie qui gagneprogressivement Mgr Saliège et le contraint à user de cette forme « concise et abrupte »  ?
 Pierre Escudé, Maître de conférences à l’université de Toulouse-le-Mirail, situe l’importance des Menus propos et analyse finement leur « anti-rhétorique » dans une brillante préface, déjà publiée sous forme de communication au colloque Saliège organisé en 2006 par le Diocèse de Toulouse et l’Institut Catholique de Toulouse (Actes publiés dans le B.L.E. CVIII/1, janvier-mars 2007). Le premier texte du volume n’est pourtant pas un Menu propos, mais la fameuse « Lettre sur la personne humaine » à lire dans toutes les paroisses du diocèse le 23 août 1942, après la déportation des juifs détenus dans les camps de la Haute-Garonne. Ce document à valeur patrimoniale n’est malheureusement pas publié avec une note signalant les corrections apportées au texte par l’auteur après intervention du préfet de la Haute-Garonne. Sa présence éclaire toutefois la façon dont les Menus propos doivent être lus et remis dans leur contexte historique.
 Les Menus propos, écrit P. Escudé en conclusion, sont des textes pédagogiques, témoins d’une « mystique de la liberté », les instruments d’une pastorale et des prières par la valeur performative de leur verbe (p. 30 - 32). Pierre Escudé a lui-même choisi et assemblé les textes de ce recueil à partir de l’édition publiée par l’Association diocésaine de Toulouse en 1947. Les textes, classés par ordre chronologique, de 1937 à 1947, sont précisément datés ; ils abordent les thèmes les plus variés : morale, vie spirituelle, actualité... En fin de volume, une courte biographie (p. 147-154) et des indications bibliographiques (p. 156) s’avèrent utiles pour le lecteur qui serait peu familier du cardinal Saliège (1870-1956) ou souhaiterait le mieux connaître. Ces Menus propos se révèlent d’une lecture étonnamment facile et aujourd’hui toujours stimulante. J. Guitton, biographe du cardinal Saliège, en parle comme de « fusées ».  Qu’on s’en fasse une idée en redécouvrant celui-ci du 13 décembre 1942, cri d’espoir au plus noir de la guerre, « La morale de l’histoire » (p. 109) : « L’histoire n’est pas une morale en action. Elle montre des faits scandaleux. Il y a cependant une loi de l’histoire. Quelle est-elle ? C’est qu’il y a une justice immanente à laquelle les peuples n’échappent pas. C’est que la force s’épuise de son propre ouvrage. C’est que le droit dure, et que, s’il ne prévaut toujours, il se venge tôt ou tard. Le bien est plus fort que le mal. Pourquoi voit-on alors si souvent le mal l’emporter sur le bien ? – Parce qu’on ne regarde pas assez longtemps. C’est la morale de l’histoire. (Lire Albert Sorel, Nouveaux essais d’histoire et de critique). »
 Cet extrait donnera probablement envie de poursuivre la lecture de ce livre au format maniable et à la typographie agréable.

Menus propos
La Lettre de Ligugé (01/01/2011), par Lucien-Jean Bord

 L’écriture fut, pour Mgr Saliège (1870-1956), atteint dès 1932 d’un mal qui le privait de la parole, le moyen de faire connaître sa pensée non seulement par ses lettres pastorales et divers textes de circonstances, mais aussi, ce que l’on sait moins, par de courtes notes quotidiennes, souvent publiées anonymement dans la Semaine catholique de Toulouse.
 L’archevêque de Toulouse, qui fut vraiment l’honneur de l’Église de France dans les dramatiques circonstances de la seconde guerre mondiale, apparaît tout entier dans ces Menus propos que l’éditeur a eu la bonne idée de présenter dans leur ordre chronologique. On ne peut qu’être admiratif devant la lucidité et la pénétration du prélat qui, dès 1933, avait condamné l’antisémitisme hitlérien et montré le danger pour la civilisation de la montée des totalitarismes. Résistant dans le sens le plus noble du terme, ami de Robert Schuman dont il soutint l’action, le cardinal Saliège fut ce prélat humaniste qui écrivait en 1938 : « Prier, c’est donc agir. Agir non pas sur quelques unités, mais sur l’universalité des hommes. »
 On appréciera également la belle préface de Pierre Escudé, reprise en partie de sa communication au colloque de Toulouse (2006), qui situe l’homme et ses Propos, mettant en évidence leur constante actualité.

Actualité du Cardinal Saliège
Sens - revue de l’amitié judéo-chrétienne (10/01/2011), par Bruno Charmet

 Deux livres récents rassemblant des textes du Cardinal Jules-Géraud Saliège (1870-1956) ainsi que la publication d’un Colloque viennent opportunément rappeler le courage du Prélat en pleine Deuxième Guerre mondiale et montrer l’actualité de son message en restituant l’ensemble de son parcours humain, intellectuel et spirituel.
 Sous le titre La croix du Christ contre la croix gammée, les éditeurs ont réuni, par ordre chronologique, un premier volume de textes de l’Archevêque de Toulouse allant du 19 février 1939 au 7 octobre 1945. Sous-titré Discours de guerre du Cardinal Saliège, ce livre reprend une grande partie des articles, réflexions brèves et vives, jetées sur le papier par l’Archevêque, dans son bulletin diocé­sain, la Semaine catholique de Toulouse.
 La première impression qui se dégage de toutes ces missives, c’est la précocité du combat du Cardinal contre l’antisémitisme, son extrême lucidité qui n’a pas attendu le 23 août 1942 pour s’exprimer, date de sa protestation fameuse contre le sort inique fait aux Juifs (« les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes »). Parmi beaucoup de textes témoignant en ce sens, citons une intervention bien antérieure à 1939 puisque prononcée dès le 12 avril 1933, reproduite en annexe de son autre livre ici également recensé, Menus propos ; il s’agit d’une allocution du Cardinal Saliège prononcée lors d’une réunion publique de protestation contre l’antisémitisme tenue au Théâtre du Capitole, organisée par des intel­lectuels, en présence, notamment, du vice-président du Conseil général, doyen de la Faculté de Droit, du maire de Toulouse, du rabbin, du pasteur et du recteur de l’Institut catholique : « Non seulement je me sens frappé par les coups qui tombent sur les persécutés, mais encore mes tressaillements sont d’autant plus douloureux que se trouve méconnu et bafoué, non pas un idéal confus, une idée froide et abstraite, mais cet être vivant, personnel, dont le souffle a traversé et porte toute l’histoire d’Israël : Jéhovah, celui que j’appelle le bon Dieu, le Juste par excellence. Je ne saurais oublier que l’arbre de Jessé a fleuri en Israël et y a donné son fruit. La Vierge, le Christ, les premiers disciples étaient de race juive. Comment voulez-vous que je ne me sente pas lié à Israël comme la branche au tronc qui l’a portée !... Le catholicisme ne peut accepter que l’appartenance à une race déterminée situe les hommes dans des droits inférieurs. Il proclame l’égalité essentielle entre toutes les races et tous les individus » (Menus propos, Arfuyen, p. 149 […]
 Les éditions Arfuyen ont eu la bonne idée de recueillir quelques Menus propos du Cardinal Saliège, habitude qu’il avait prise dès 1937 à travers la Semaine religieuse de Toulouse et qui consistait à émettre quelques vérités bien senties en direction de ses diocésains, et plus largement du monde environnant. On retrouve le même ton tranchant, le même style lapidaire, ne biaisant jamais lorsqu’il faut défendre et rappeler les vérités fondamentales de la foi chrétienne, de l’éthique en politique, etc. :
 « Fermer son âme à toute tentative d’esclavage. Garder jalousement la liberté des enfants de Dieu, des fils de lumière » (12 novembre 1939) (p. 71).
 « Qui n’aime pas, ne comprend pas. C’est l’amour qui donne le sens du divin et de l’humain » (12 mai 1940) (p. 80).
 « La Bible ne raconte-t-elle pas l’histoire du destin de l’homme ? Plus que jamais elle est d’actualité. Retour, d’une nécessité urgente, à la Bible » (9 juin 1940) (p. 81).
 En tous ces écrits de guerre, la référence centrale à la Bible est partout présente et des citations bibliques parsèment ces feuilles éparses. Aussi n’est-il pas étonnant qu’après le deuxième conflit mondial, pour le Cardinal Saliège, le combat continue. Il est important de rappeler à cet égard d’autres écrits du Cardinal Saliège qui ne sont pas mentionnés dans ces trois ouvrages et qui méritent vraiment d’être signalés.
 Tout d’abord, le soutien, sous forme de préface, qu’il apporta à la brochure du Père Paul Démann, La catéchèse chrétienne et le peuple de la Bible [1952], travail décisif au sortir de la guerre, et qui demeure toujours un livre-référence pour combattre l’antijudaïsme chrétien dans les manuels catéchétiques.[…] Autre témoignage important à signaler en ces années d’après guerre, d’autant plus que la publication dont nous allons parler vient d’être rééditée : la préface du Cardinal Saliège au livre de Jean Pélissier consacré aux Prêtres et religieux victimes des nazis. […]
 La communauté juive n’est, bien sûr, nullement restée insensible à autant de marques de courage et de solidarité à son égard. René-Samuel Sirat a maintes fois évoqué un souvenir qu’il vécut à Toulouse en tant que jeune rabbin au début des années 50. Il fut, en effet, dans la délégation qui remit au vieil Archevêque, gravée sur une plaquette d’or en forme de Tables de la Loi, sa magnifique Lettre pastorale de 1942 en défense des Juifs. « Je crois, ajoutait-il, que cette manifes­tation extrêmement émouvante lui a causé l’une des grandes joies des dernières années de sa vie. » […]
 Jean-Marie Lustiger, jeune homme également à l’époque, se trouvait à Toulouse, Place du Capitole, le 17 septembre 1944 (jour de ses dix-huit ans). Il témoignera beaucoup plus tard de ce qu’il avait vécu ce jour-là : « J’ai pris part au grand rassemblement des catholiques de Toulouse, C’est là que j’ai vu pour la première et dernière fois le Cardinal Saliège. J’ai encore dans l’oreille les accents grandioses du Père Bergougnoux (sic). Sa voix remplissait la place tandis qu’il expliquait l’espérance que représentaient pour les chrétiens ces événements décisifs de la Libération de la France. » Ce que le Cardinal Lustiger ne précise pas ici, c’est que Mgr Saliège, qu’une paralysie croissante rendit quasiment infirme, ne pouvait s’exprimer en public et qu’un prêtre lisait ses propres discours. On mesurera, là encore, le courage et la force de conviction que cela représentait pour lui, si diminué physiquement.
 C’est tout cet environnement humain et spirituel que restituent les Actes du Colloque que l’Institut catholique de Toulouse a consacré à la figure du Cardinal Saliège, les 3 et 4 novembre 2006, sous le titre : Le cardinal Saliège, archevêque de Toulouse. Des nombreuses interventions publiées dans ce volume, on retiendra plus parti­culièrement celles de Patrick Cabanel (Saliège, 23 août 1942 : l’évêque comme prophète), de Pierre Laborie (Sur le retentissement de la lettre pastorale de Mgr Saliège) et de Jean-Claude Meyer (Les collaborateurs de Mgr Saliège : Mgr de Courrèges, les abbés Gèze, Garail...). […]
 Cinquante-cinq ans après son décès, ces trois publications témoignent avec vigueur de l’actualité spirituelle du Cardinal Saliège.

Menus propos
Le Lien (12/01/2011), par Marie-Claire Van der Elst

 Privé de l’usage de la parole par une grave maladie, le Cardinal devient un homme d’écriture à partir de 1932 ; pendant 20 ans il va publier, dans une revue diocésaine hebdomadaire, des billets qui portent sur des sujets variés, souvent en lien avec l’actualité.
 Et l’actualité c’est la montée du nazisme et la guerre, car le florilège ici présenté couvre la période 1937-1947. L’introduction substantielle dégage, à travers une analyse stylistique, la personnalité de l’Auteur, un homme engagé, et les thèmes abordés où s’expriment le souci pastoral et la primauté du spirituel.
 Ces Propos sont ciselés, souvent dans un style sobre et percutant : ainsi, sur la prière : « Le suffisant ne prie pas. De qui a-t-il besoin ? Qu’est-ce qui lui manque ? Il se suffit. La prière suppose que l’on a conscience de son indigence. »

Menus propos
Nouvelle revue théologique (01/01/2012), par B. Joassart sj

 La lettre pastorale du 23 août 1942, suite à la rafle du Vel’ d’Hiv’, assura à coup sûr à Saliège une réputation légendaire (elle est ici reproduite aux p. 37-38, mais sans les deux corrections apportées par son auteur : « scènes d’épouvante » et « horreurs » ayant été remplacées, dans la version définitive, par « scènes émouvantes » et « erreurs »). 
 Le style rappelait celui que l’archevêque de Toulouse depuis 1928, atteint d’une paralysie progressive qui lui ôta pratiquement tout usage de la parole, adopta, à partir de 1937 dans ses Menus propos publiés dans la Semaine religieuse de Toulouse, jusqu’en 1947 (ces textes ont été tous rassemblés en 7 volumes, à caractère thématique, en 1947). P. Escudé nous en donne ici une anthologie, les propos étant repris dans l’ordre chronologique de leur parution.
 D’une facture qui n’est pas sans rappeler les Pensées de Pascal, ils abordent tous les sujets de l’existence humaine, avec un fort accent lié aux circonstances du moment — et l’on sait que la période fut particulièrement troublée —, bien entendu en rapport direct avec la foi chrétienne, et souvent aussi empreints d’un bon sens, ou plus exactement d’une fine sagesse.
 Ces textes n’ont pas nécessairement perdu ni de leur valeur, ni même de leur actualité. La place nous manque pour donner l’un ou l’autre d’entre eux, ce qui en ferait mieux saisir l’originalité et la richesse. On ne peut donc que conseiller de les (re)lire, d’autant qu’ils ne manqueront sans doute pas de faire réagir et de susciter la réflexion du lecteur contemporain.

Menus propos
Les Affiches - Moniteur (12/03/2010), par Christine Muller

 Les Éditions Arfuyen présentent les Menus propos du cardinal Saliège, évêque de Toulouse pendant les années noires du nazisme, ardent patriote pour qui la foi était un levain susceptible de changer le monde. Textes courts et percutants, ces menus propos se révèlent prophétiques pendant la période de l’Occupation où Saliège dénonce publi­quement la persécution des juifs au péril de sa vie en diffusant une lettre pastorale dans son diocèse. Mieux, il ouvre les portes des couvents pour protéger les persécutés du nazisme et prouve ainsi que la foi active est aussi un chemin de liberté loin de tout dogmatisme et une apologie de l’engagement.
 Écrits dans un style clair et sans fiori­tures, ces menus propos vont à l’essentiel à travers le traitement de sujets divers comme la prise de risque, les abus de lan­gage où « La corruption des mots amène la corruption des idées », les impondé­rables ou ce caustique « amour de l’esclavage » où le futur cardinal dénonce « la vie facile » de l’homme « dont une certaine éducation a fait un tube digestif », remarque ô combien d’actualité dans notre société d’hyper consommation ! On s’émerveille à chaque page de ce recueil d’aphorismes qui n’a pas pris une ride. Et quand Saliège s’occupe de politique, on se régale : « Pour éviter Hitler, ne pas tom­ber dans les bras de Staline. [...] Pie XI avait condamné le communisme et ce que les candides regardaient comme son antidote, le nazisme. La doctrine sert à quelque chose. Les appétits sont à la remorque des erreurs. » Remarquable aussi sa position vis-à-vis de l’individua­lisme : « Si par individualisme, on entend l’exercice du pouvoir qu’a chacun d’accomplir sa destinée [...] un tel indi­vidualisme est la condition du devoir et de la responsabilité. »

Menus propos
COREB Info (09/01/2011), par Marie-Claire Van der Elst

 Privé de l’usage de la parole par une grave maladie, le Cardinal devient un homme d’écriture à partir de 1932 ; pendant 20 ans il va publier, dans une revue diocésaine hebdomadaire, des billets qui portent sur des sujets variés, souvent en lien avec l’actualité. Et l’actualité, c’est la montée du nazisme et la guerre, car le florilège ici présenté couvre la période 1937-1947.
 L’introduction substantielle dégage, à travers une analyse stylistique, la personnalité de l’Auteur, un homme engagé, et les thèmes abordés où s’expriment le souci pastoral et la primauté du spirituel.
 Ces Propos sont ciselés, souvent dans un style sobre et percutant. Ainsi, sur la prière : « Le suffisant ne prie pas. De qui a-t-il besoin ? Qu’est-ce qui lui manque ? Il se suffit. La prière suppose que l’on a conscience de son indigence. »

Menus propos (1)
Sens - revue de l’amitié judéo-chrétienne (01/01/2012), par Bernard Grasset

 Les Editions Arfuyen ont eu l’excellente initiative de publier en 2010, dans la collection des Carnets spirituels, des extraits de la série Les Menus propos du cardinal Saliège, parue aux Editions l’Equipe à Toulouse en 1947 en sept volumes. La Lettre pastorale sur la personne humaine, lue dans toutes les églises du diocèse de Toulouse le dimanche 23 août 1942, sert avec justesse de prélude aux Menus propos et une Note biographique referme le livre.
 Qui était le cardinal Saliège dont on peut voir le buste sculpté dans le bronze à côté de la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse où il est inhumé ? Jules-Gérard Saliège naît le 24 février 1870 dans le Cantal. Ordonné prêtre en 1895, il devient professeur de philosophie et de morale en 1905 et est nommé supérieur du Grand Séminaire de Saint-Flour en 1907. Pendant la Première guerre mondiale, il se trouve présent quotidiennement dans les tranchées pour soigner et aider les blessés. Fin 1932, celui qui était devenu depuis 1928 archevêque de Toulouse et qui avait le verbe éloquent est frappé d’une paralysie qui le privera de l’usage de la parole. Le 5 novembre 1956 s’éteint le cardinal Saliège, ce grand homme de combat, Compagnon de la Libération (1945) et Juste parmi les Nations (1969). Son ami Jean Guitton écrira dans la biographie qu’il lui a consacrée en 1957 : « Il était un centre de regroupement pour les hommes de bonne volonté, d’où qu’ils vinssent, croyants et incroyants. »
 Le style des Menus propos n’est pas un style ecclésiastique ordinaire. Concis, sobre, laconique même, concret, axé sur le nom et cultivant la coordination, le texte de Saliège se rapproche bien plus de l’aphorisme pascalien que de l’amplitude des Sermons de Bossuet. Evitant le je, bref et humble, il a la force de l’éclair. « Il y a rencontre et l’espérance demeure » (P. 94). La forme aime à se rapprocher du poème. « Tant que les âmes gardent l’espérance, /(...) / tant que les cœurs aiment, / tant que la prière monte » (P. 84) .
 La source principale de la poésie, de la pensée et de la spiritualité du cardinal Saliège se situe dans la Bible, plus particulièrement dans le livre de Job2, les Psaumes, les Evangiles, ou encore saint Paul. « Retour, d’une nécessité urgente, à la Bible », écrit-il de façon prémonitoire le 9 juin 1940. (P. 8l)3 Autres sources sensibles des Menus propos : saint Augustin, Pascal, Péguy. Outre ces influences majeures, on rencontre diverses traces de la culture spirituelle et philosophique de Saliège.

 L’archevêque de Toulouse croyait avec la Révélation, la patristique et la culture classique à l’existence d’une nature humaine. Dans sa courageuse et clairvoyante Lettre pastorale sur la personne humaine, authentique acte de résistance, il souligne que la « morale chrétienne », la « morale humaine » se fonde sur des « devoirs » et des « droits » qui « tiennent à la nature de l’homme » et « viennent de Dieu » (P. 37). Une telle morale inséparable de la nature humaine s’oppose à l’exclusion. « Les Juifs sont des hommes (...). Les étrangers sont des hommes (...) » (P. 38).
 II y a une ineffaçable noblesse, dignité de l’homme. Le cardinal Saliège est un humaniste chrétien. Comme le Père Henri de Lubac, il pense que la déshumanisation vient de la perte du sens de Dieu. A l’opposé des opinions régnant alors, il perçoit le judaïsme et le christianisme comme appartenant à une même famille. « Le Nouveau Testament est solidaire de l’Ancien. / Le Christianisme est solidaire d’Israël. / L’antisémitisme, à travers Israël, attaque Dieu » (P. 130). Dans le régime nazi, il voit l’ennemi du Christ, un paganisme totalitaire . Sa pensée est fondamentalement hostile au fascisme, hitlérien comme stalinien. Sans moralité ni vérité, le fascisme n’est qu’un nihilisme. De même que Pascal dénonçait dans le moi son désir d’être tyran de tous les autres, le cardinal identifie avec lucidité une tendance naturelle de l’être humain, toujours hélas d’actualité, à se comporter en fasciste. « Que d’hommes, que de femmes, ont la vocation fasciste, la vocation de domination » (P. 95). Attentif à la condition ouvrière et paysanne, soucieux de « charité sociale », il prend ses distances par rapport au capitalisme de la conquête. Tout empreints de lucidité, les Menus propos ne sont pas dénués de prescience. « Nous assistons à la naissance d’un ordre nouveau » (P. 138). Au sein de cet ordre nouveau, la solitude devient de plus en plus difficile, le collectif étend son empire. 

Menus propos (2)
Sens - revue de l’amitié judéo-chrétienne (01/01/2012), par Bernard Grasset

 (suite) La question de fond posée par les Menus propos est la question de l’éthique. La juste éthique doit associer aux vertus surnaturelles les vertus naturelles. « Le bien est plus fort que le mal. » (P. 109) Cette conviction engage au combat contre toute sophistique, tout nihilisme. Comme Pascal, tout aussi soucieux de l’essentiel, le cardinal Saliège résume la morale à l’acte d’aimer. Il faut « montrer que la morale chrétienne se ramène à l’exercice de la vertu théologale de charité » (P. 143). Nul ne se sauve s’il ne cherche à sauver les autres. « Dieu est l’Amour. » (P. 134) Du Dieu d’amour naît le commandement d’aimer, le divin, l’humain. « Tout l’essentiel de la Révélation est là, et aussi tout l’essentiel de la religion catholique. » (P. 134) L’homme ne peut avoir le sens du prochain et de l’infini que s’il aime. C’est du sein même de cette éthique de l’amour, dans la fidélité à la Parole, que naîtra le témoignage de résistance du cardinal Saliège12. L’harmonie du témoignage du livre, de la parole et de la vie se nourrit de la volonté d’aimer.

 Ecclésiastique, attaché viscéralement à l’Eglise qui « bénit le Chartreux qui se tait et le Dominicain qui parle » (p. 144), qualifiant le baptême comme « notre grand titre de noblesse » (p. 89), sauvegardant la liberté de la religion par rapport à la politique, l’Etat (p. 128), l’auteur des Menus propos rappelle l’indispensable conversion de sa propre existence. « Tout est vain si nous ne commençons pas par la conversion de nous-mêmes. » (P. 90)
 II ne s’agit pas tant de raisonner que de vivre en homme libre, d’enseigner en mêlant avec art le silence et la parole. L’expérience est la source du savoir. « La connaissance par le dedans » (p. 50), la connaissance existentielle et spirituelle, apparaît comme la vraie connaissance. Il faut avoir le goût, humblement, de toujours apprendre, en n’oubliant pas que la chaire de la vie est plus éloquente, persuasive que la chaire de la raison. La sagesse des Menus propos prend sa source dans une approche concrète de l’existence à la lumière de la Révélation. « La sagesse de Dieu n’est pas la sagesse de Minerve » (P. 44). Une vraie sagesse trouve son élan dans « le battement des ailes » de la prière. « La prière est puissante » (P. 58). La prière n’est pas fuite mais action, élévation. Tout en nous doit devenir prière. « Moins de temps à l’activité extérieure, plus de temps à la prière. Que l’activité extérieure elle-même devienne une prière. » (P. 65) Prier et agir, agir et prier sont indissociables. L’homme d’action juste est un homme qui vit de prières. « Plus que de canons, nous avons besoin de saints » (P. 63). II faut aimer écouter le silence, cultiver la vie intérieure. Familier de Thérèse d’Avila et de Jean de la Croix, le cardinal Saliège puise dans le mysticisme une force, une ardeur capables de s’opposer au matérialisme, au totalitarisme, et de rendre le monde plus humain. « II y a la résistance mystique » (P. 128).
 Le résistant mystique a été un homme de volonté, un homme qui a découvert dans la croix le chemin vers l’aurore. « Per crucem ad lucem. [Par la croix vers la lumière} » (P. 82). Les Menus propos, livre de témoignage d’un humaniste chrétien, d’un moraliste spirituel, d’un écrivain passionné d’authenticité, n’ont d’autre but en définitive que d’enraciner la vie de l’homme dans la vérité. « La vérité pour l’homme, c’est ce qui fait de lui un homme » (P. 124).
 Y a-t-il une éthique universelle qui transcenderait les lieux et les temps ? L’existence et l’œuvre du cardinal Saliège inclinent à répondre positivement à cette question. L’éthique universelle s’affranchit des opinions dominantes, des modes, des compromissions, pour servir l’homme, qui a une même et pérenne nature au-delà des différences culturelles, sociales, politiques, religieuses..., dans la lumière de l’infini.

Menus propos
Prêtres diocésains (02/01/2011), par J. R.

 L’édition permet de redécouvrir certaine plumes. Le cardinal de Tou­louse prit l’habitude dès 1937 de s’exprimer dans la semaine religieuse par des textes courts au ton très libre et jamais à la première personne.
 Ce recueil couvre dix années dont celles de la guerre avec une concision croissante. La force spirituelle reste incisive avec les enjeux de l’époque. Certains ont pu en être blessés. Le livre s’ouvre sur la lettre pastorale publiée en 1942.
 Le courage a besoin de mémoire.

 

Menus propos
Élan (03/01/2011), par Jean-Paul Sorg

 Quel personnage admirable ! Par son destin, sa foi, son intelligence, son intelligence de la foi, ses résistances. Quasi inconnu en-dehors de quelques cercles de fervents et de la région de Toulouse, ayant été l’ar­chevêque des diocèses de Toulouse et de Narbonne, de 1928 à 1946, année où il fut nommé cardinal. Aussi, saluons avec reconnaissance cette édition d’une sélection des « menus propos » que l’archevêque avait écrits de semaine en semaine, sans les signer, pour le journal de son dio­cèse. 
 C’est un Auvergnat. Né en 1870 à Mauriac, dans le Cantal. Milieu social d’une bourgeoisie agricole, pénétrée de religion. Études brillantes du jeune Jules-Géraud. Petit et Grand séminaire. Ascension ecclésias­tique rapide. Professeur de philosophie en 1905. Supérieur d’un Grand séminaire en 1907. Mais sept ans plus tard, la guerre. Aumônier dans les tranchées. Cité à l’ordre du jour de l’armée. Intoxiqué par les gaz, un jour d’automne 1917. Retour au Grand séminaire comme professeur et supé­rieur. Nommé évêque en 1928, puis archevêque. Droit dans la carrière ? Oui, mais en 1932 il est frappé d’une paralysie du bulbe rachidien, qui s’aggrave jusqu’à rendre complètement chaotique son élocution. Il ne peut plus s’exprimer en public. Lui qui était un orateur passionné. Coup du destin. Mais ce destin, il le retournera en Providence.  « J’aimais parler. Et Dieu m’a pris ma langue. J’aimais mar­cher. Et Dieu m’a pris mes jambes. Il peut tout prendre. Il m’a tout donné. »
 L’infirme va s’exprimer régulièrement par de courts écrits (les « menus propos ») et il fera preuve, là, d’une liberté, d’une audace, d’un courage, qu’il n’aurait peut-être pas eus autrement. Il dénoncera dès 1933 l’antisémitisme nazi, il le dénoncera toujours de 1940 à 1944, c’est-à-dire il élèvera sa voix, sa plume, contre l’antisémitisme vichyssois, et plus : il organisera dans son diocèse le sauvetage de familles et d’enfants juifs. Il sera reconnu en 1969 comme un « Juste parmi les nations » par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem. 
 Le 23 août 1942, à la suite des rafles du Vél’ d’Hiv, il avait fait lire dans toutes les églises du diocèse une lettre pastorale, qui était d’une clarté absolue. « Dans notre diocèse, des scènes d’épouvanté ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étran­gères sont des femmes. Tout n ’est pas permis contre eux, contre ces hommes et ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier. »
 Pour ce qui est du fascisme, il a mis sans hésiter les points sur les i. Le 17 septembre 1941 : « On ne fait pas au fascisme sa part. Qui prend les mêmes mé­thodes aboutit au même résultat. Que d’hommes, que de femmes, ont la vocation fasciste, la vo­cation de domination. » On est tenté de citer des dizaines de propos, tous secouants, profon­dément libres, anticonformistes donc, provocants, mais sans inutile et bruyante provocation. Retenue, distinction, précision, justesse : la plus du­rable des rhétoriques. Jusqu’à l’économie du poème, comme je le disais.« Le pire sommeil,/ ce n’est pas la maladie du sommeil, / ce n’est pas le sommeil léthargique, / ce n’est pas le sommeil hypnotique. / Le pire sommeil, / C’est le sommeil dogmatique. »  
 La sagesse par aphorismes. Humanisme. Sorte d’existentialisme : « De quoi sera fait demain ? Question souvent posée. Question oiseuse. Demain ne se fera pas tout seul. Demain existe déjà dans le présent. Que faisons-nous pour demain ?/De quoi sera fait demain ? De nos actes. » C’est daté, attention, du 22 mars 1942, quand les raisons de douter et de désespérer obscurcissaient l’horizon. On reprend ces interroga­tions et leur réponse aujourd’hui ? Avec (et non malgré) toute sa science théologique et dans sa charge ecclésiale même, le cardinal Saliège est un chrétien qui a saisi, et révélé, et vécu, ce qui constitue l’essence du christianisme. Et cette essence, faut-il le rappeler, est dans l’Évangile. Tout ce qui s’ajoute n’est pas rien, n’est pas vain, mais ce n’est que construction humaine, sachons-le, anthropologie. « Incompatibilité entre le Christ et les idoles. Nul ne peut servir deux maîtres à la fois. C’est jugé. La Paternité divine, la Providence, le Corps mystique, le salut par Jésus, l’action du Saint-Esprit, l’amour fraternel, la mort, re­tour au Père, idées forces, élan eschatologique, optimisme, pardon des injures, amour des ennemis. Les théologiens enseignent cela, mais froidement. L’Evangile affirme. C’est plus fort, c’est plus dynamique. Retour à l’Evangile. » 
 Qui comprend cela, le christianisme en son essence, comprend toutes les religions et entre d’un pied léger dans le dialogue interre­ligieux. Le christianisme en son essence (supraconfessionnelle) est le religieux en son essence. « Le christianisme n ’est pas un ensemble de défenses, de prohi­bitions. Qu’est-il donc ? L’exaltation, l’épanouissement de la personne humaine, par la participation à la vie divine. »  
 Lisez Saliège. Vous aimerez un cardinal et en serez transporté.

Menus propos
La Vie (17/02/2011), par Xavier Accart

 Jules Saliege (1870-1956), archevêque de Toulouse, est entré dans l’Histoire pour avoir publiquement désavoué la déportation des juifs en 1942. Cette parole courageuse émanait d’un véritable maître spirituel, comme te révèlent ces Menus propos, qu’il donna à partir de 1937 au journal catholique local.
 Ces billets incisifs, à la forme étonnamment moderne, révèlent un esprit toujours en mouvement, allant à rebours de tout conformisme. Leur vitalité communicative conserve toute sa fraîcheur et contribue puissamment à réveiller notre conscience toujours menacée d’engourdissement devant les atteintes à la personne humaine, à tous les stades de son développement.

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