Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Biographie Bibliographie Liens Revue de Presse Petite Anthologie

Jean de RUYSBROECK

(1293 - 1381)

 Jean de Ruysbroeck (Jan van Ruusbroec) est né en 1293 dans un village du Brabant (« Ruusbroec ») aujourd’hui englobé dans l’agglomération bruxelloise.
 À onze ans, il décide de quitter la maison de ses parents pour étudier sous la direction de son oncle, chanoine de Sainte-Gudule, à Bruxelles.
 Les humanités ne l’intéressent guère : « C’était un homme ignorant, rapporte Denys le chartreux, qui ne savait seulement pas le latin. » Et un autre chartreux souligne que « c’est à peine s’il apprit la grammaire ».
 Ordonné prêtre à 24 ans , il devient chapelain de Sainte-Gudule : « Peu soucieux de lui-même et du monde, note son biographe, il faisait l’effet d’un malheureux et d’un homme de rien à ceux qui ne le connaissaient pas. Il vivait dans une paix profonde, silencieux et négligé. Adonné à la contemplation, il évitait volontiers les foules. »
 
De cette époque sont datés ses premiers ouvrages, écrits en moyen-néerlandais, ce qui étonne beaucoup ses contemporains.
 Mais voici qu’à l’âge de soixante ans, Ruysbroeck décide de changer d’existence. Avec son oncle et quelques amis, il se retire au milieu de la forêt, en un lieu nommé Groenendael (« la Vallée verte »). Tous prennent bientôt l’habit des chanoines réguliers de saint Augustin dont ils adoptent la règle.
 Les livres et la réputation de Ruysbroeck se répandent largement. Laïcs et religieux, théologiens et simples fidèles affluent de plus en plus nombreux pour l’entendre. 
 Parmi eux aurait été le Strasbourgeois Jean Tauler.
 Ruysbroeck meurt le 2 décembre 1381 à 88 ans.
 Il a été béatifié cinq siècles plus tard, en 1885.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

L’habitation intérieure

1° éd.


L’Habitation intérieure

2° éd.


REVUE DE PRESSE

Trois Rhénans
Lien vivant (10/01/2002), par Marie-Claire Van der Elst

 Bien dans l’esprit de la collection des Carnets spirituels qui propose, dans une présentation soignée, des textes mystiques inédits ou introuvables, voici trois volumes parus dernièrement.
 Les Légendes, au nombre de neuf, ont été tirées de différentes éditions allemandes de l’oeuvre du Maître. "Par un savoureux retournement de situation, explique G.P., c’est bien souvent Maître Eckhart qui joue, dans les Légendes, le rôle de ces clercs ... qu’ il a lui-même si souvent raillés." Elles nous montrent en effet Eckhart dialoguant avec une jeune fille, un enfant nu, un homme pauvre ou autres personnages inattendus dont les propos sont "le plus souvent de la plus pure inspiration eckhartienne". Les notes citent d’ailleurs des passages des Sermons où les mêmes idées se retrouvent, sur le "sans pourquoi" de toute chose, l’engendrement du Fils en nous-mêmes, la pauvreté intérieure, la véritable liberté... Le dernier mot, toutefois appartient à M. E, à qui ses amis qu’il s’apprête à quitter demandent un cadeau d’adieu : "Il arrive bien souvent que ce qui nous semble le plus minimeest plus grand devant Dieu que ce qui nous semble digne de la plus haute estime. C’est pourquoi nous devrions recevoir comme égales toutes les choses auxquelles Dieu nous soumet."
 Pour Jean Tauler, les textes du volume sont extraits du t. 7 des Oeuvres complètes publiées en 1912, et ils sont "attribués" à Tauler, ce qui n’a rien de surprenant quand on sait comment les textes nous sont souvent parvenus dans des transcriptions par les disciples du Maître. Cela ne leur ôte rien de leur valeur ni même de leur "authenticité". On retrouve les grands thèmes de la nudité intérieure, de l’immersion en Dieu, de la vraie pauvreté "qui reçoit tout des mains de Dieu, sans la moindre rancoeur, dans le repos et le silence, sans que rien puisse la trouble".
Conseils et exhortations et seize Lettres complètent ce volume apaisant, à méditer dans le calme.
 Le volume consacré à Ruysbroeck présente des morceaux choisis extraits de trois sources différentes. La Vie de contemplation dans la traduction de Maeterlinck est une version moins rigoureuse, certes, que celle de Dom Louf parue récemment chez Bellefontaine, c’est plutôt une curiosité littéraire. Les deux autres textes (les deux Cantiques spirituels d’après une adaptation en latin car l’original est perdu, et La Prière de Jésus) proviennent l’un d’oeuvres choisies, l’autre d’une anthologie et sont peu accessibles. Bonne occasion de les découvrir, ils contiennent des perles ! "Celui qui foule les sentiers de l’amour se porte bien au fond de lui-même. Il entend la voix mystérieuse qui dit toutes choses en une parole."

PETITE ANTHOLOGIE

L’Habitation intérieure
traduit par Maurice Maeterlinck
(extraits)

 Voyez

 Car le Père céleste veut que nous soyons voyants.
 Car il est le père de la lumière et c’est pourquoi il dit éternellement sans intermédiaire et sans interruption, au plus secret de notre esprit, un mot unique et abyssal et nul autre.
 Et en ce mot, il se profère lui-même et toutes choses.
 Et ce mot n’est autre que : 
 Voyez
 Et c’est la sortie et la naissance du fils de l’éternelle lumière, en qui l’on voit et reconnaît toute béatitude.

*

 Car en cette ténèbre, naît et resplendit une incompréhensible lumière, qui est le Fils de Dieu, en qui l’on voit la vie éternelle.
 Et en cette lumière, on devient voyant ; et cette lumière divine est donnée en la vision ingénue de l’esprit, où l’esprit reçoit la clarté, qui est Dieu même, au-dessus de tous les dons et au-dessus de toutes les œuvres des créatures, en la vacuité oisive de l’esprit, où il s’est égaré par l’amour jouissant et où il reçoit la clarté de Dieu, sans intermédiaire et devient sans interruption cette clarté même qu’il reçoit.
  Voyez  : cette occulte clarté, en laquelle on contemple tout ce qu’on désire, d’après l’oisiveté de l’esprit, cette clarté est si grande que l’amant contemplateur, en son fond où il repose, ne voit et n’éprouve qu’une incompréhensible lumière, et selon la nudité simple qui enveloppe toutes choses, il se voit et se sent la même lumière par laquelle il voit, et rien d’autre.
 Et voilà la première condition pour devenir voyant dans la lumière divine. Bienheureux les yeux qui voient ainsi, car ils possèdent la vie éternelle !