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Jacques PAUTARD

(1945)


Jacques Pautard est né en 1945, neuf mois après le stationnement en Haute- Saône de la 1re Armée Française du général de Lattre. Sa mère est paysanne, son père un soldat noir (américain ou africain ?). L’Assistance le place dans une famille d’Alsaciens réfugiés en Haute-Saône. Il suit l’école dans un village d’autrefois, à Breuray-les-Faverney.

À 14 ans, centre d’apprentissage. Il commence à travailler à 18 ans comme monteur-électricien, mais est bientôt envoyé par la DDASS dans une maison de correction. Il part pour Paris, puis prend la route. Pratique tous les métiers : brancardier, croque-mort, éclusier, gardien de zoo… Après 1968, il prend une part active aux luttes politiques en Franche-Comté et subit une peine de prison en 1971. 

Il épouse une jeune femme avec qui il a eu un enfant. Rejeté de partout, le couple vit très difficilement. Après plusieurs tentatives de suicide, sa femme trouve la mort. Il confie l’enfant aux grands-parents maternels et reprend la route.  Il découvre les spiritualités orientales et se passionne pour l’astrologie.

 Après une deuxième naissance, il décide d’élever lui-même ses deux enfants. Ayant approfondi ses connaissances dans le domaine de l’astrologie, il choisit d’en faire son métier, qu’il pratiquera durant de longues années. Il vit aujourd’hui à Besançon.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Grand chœur vide des miroirs

REVUE DE PRESSE

Grand chœur vide des miroirs, de Jacques Pautard
La Pierre et le Sel  (02/09/2014), par Alain Roussel

Lisant le livre de Jacques Pautard, Grand chœur vide des miroirs, publié aux éditions Arfuyen, je suis aussitôt happé par ce grand tourbillon d’écriture et je remonte le temps à travers ma propre mémoire.

C’était juste après les événements de Mai 68. Le romantisme de l’époque incitait à tout lâcher. Comme le fit Jacques Pautard, nous étions quelques-uns à partir sur les routes, sac à dos, dormant à la belle étoile et sillonnant la France par la marge, souvent parcourant l’Europe ou rejoignant l’Inde en stop, attirés – du moins pour ma part – par la spiritualité hindoue, y compris dans ses pratiques.

Mais il n’est pas nécessaire d’avoir connu la « route par tous les temps » pour se laisser emporter par l’écriture de Jacques Pautard qui vous livre à l’errance des mots, comme autrefois il s’abandonnait à celle de la route. Il écrit : « Oui, même poème indécis, même rêve de chair et d’os / sur la route ou sur le cahier, à longue page, à cœur serré, / vous donnant la sèche leçon d’un monde ne s’appartenant / qu’à ne jamais se devenir… »

Qui écrit encore de longs poèmes aujourd’hui ? C’est pourtant la singularité de Jacques Pautard d’avoir choisi cette forme pour nous délivrer sa touchante autobiographie. Il aurait pu l’écrire en prose, mais le poème, par sa disposition spatiale, est plus adapté à sa démarche. Au fil de sa dérive dans les lieux, ce qu’il a ressenti, ce qu’il a vu et vécu, il le jette sur la page en rafales et en crépitements d’étincelles dont il nous illumine. Et d’un seul coup, on se sent le cœur étreint comme avec un vieux blues.

Les territoires qu’il traverse, campagne, villages ou villes, il nous donne l’impression de les éveiller à leur propre rêve en même temps qu’au sien : « Le silex des routes arrachant l’étincelle première à nos paupières », écrit-il. Son écriture prend parfois la tournure d’une méditation philosophique, comme celle sur le monde dans le chapitre « Parvis de Sainte-Madeleine » : « …le monde dans sa transparence à lui, la pure gratuité / du don sans limite qu’il s’est, le monde qui sait s’aveugler / si subtilement sur lui-même, se jouer si superbement / du piège de ses quantités, / et montre en défaut, en absence, en insuffisance ce qui / est sa nue générosité… »

Autobiographie, ai-je dit. Jacques Pautard porte en lui cet homme blessé dès sa plus tendre enfance, le rejeté, le banni, de surcroît métis, livré dans son adolescence aux affres d’une maison de correction. Je ne connais rien de plus touchant que les chapitres « Les cœurs verts » et « Petite ville » qui relatent cette période et dont le lecteur ne peut sortir qu’écorché. Ce qui vient crier là c’est la détresse « d’une jeunesse punie », d’une innocence salie. C’est en même temps un appel, une demande absolue d’amour à la ville, Vesoul, qui l’a renié, et avec cela l’espoir, l’espoir insensé en la vie.

De ce livre, on ne sort pas indemne. On voyage avec lui, dans la mémoire du réel, de son réel à lui, et dans l’écriture qui déploie pour nous ses routes, son dédale et ses recoins obscurs. « Et puis ces rives applaudies de mouettes, où venait s’ancrer / droite la tige de l’azur… Le lendemain toute la mer, toutes les grèves / vous regardent à ce miroir de cris d’oiseaux, ce ciel ouvert soutenu d’ailes / où votre vie à l’infini des grands rivages sans horaires / vous revient au cœur sans une ombre / ainsi qu’au matin du poème une liberté retrouvée. / (Vraiment croyant pouvoir prendre le monde à ce moment, peler l’océan / certains soirs, à vie brasser voile de songe…). »