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Le roi de Texcoco,
dit « Coyote affamé »,
NEZAHUALCOYOTL

(1402 - 1472)


Nezahualcoyotl (1402-1472) naît au royaume de Texcoco, non loin de Mexico. Son nom signifie « Coyote affamé ». Élevé au collège des prêtres, il y pénètre la pensée de ses ancêtres toltèques et s’adonne à la poésie. Son adolescence est marquée par le meurtre de son père, sous ses yeux, par un usurpateur. Pendant dix ans, il se cache dans les montagnes. En 1427, il reconquiert Texcoco et scelle la Triple Alliance avec Mexico et Tlacopan.
Devenu roi de Texcoco en 1431, il réorganise entièrement son royaume. Législateur et administrateur de génie, il en fait un modèle de gouvernement en même temps qu’une capitale culturelle qui attire et entretient artistes, philosophes et poètes. Grand bâtisseur, il construit les palais et les jardins les plus vastes et les plus somptueux du monde précolombiens. Les bains royaux taillés dans le porphyre qui jouxtent son palais sont l’un des endroits où il aime à se retirer pour méditer. Chef de guerre, il tue de sa main, dit la légende, douze rois, contribuant à l’extension de la puissance de la Triple Alliance.
Cependant de terribles calamités s’abattent sur son royaume à partir de 1446 : invasion de sauterelles, neiges exceptionnelles, épidémies, déchaînement des pumas et des jaguars. Pour sortir sa cité de cette suite d’épreuves, Nezahualcoyotl se tourne vers le dieu inconnu, « Celui par qui vivent toutes choses », dont il est si souvent question dans ses poèmes. Les dernières années du roi de Texcoco sont marquées par l’inauguration de deux grands temples : au dieu inconnu et au dieu de la guerre. C’est en cette dernière occasion que le roi Nezahualcoyotl prophétise la destruction de ce temple et la ruine du monde aztèque.
Il meurt en 1472, vingt ans avant la « découverte » du nouveau monde par Christophe Colomb.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Sur cette terre, à nous prêtée…

Sur cette terre, à nous prêtée

REVUE DE PRESSE

Chants de la tombée du jour d’un roi-philosophe…
Les Affiches-Moniteur (03/05/2010), par Michel Loetscher

Le roi-philosophe Nezahualcoyotl (1402-1472) a été tout à la fois un législateur et un bâtisseur de génie, un redoutable chef de guerre et un poète, contemporain de Villon (1431-1463). Les éditions Arfuyen rééditent les chants du souverain chichimèque de l’État-cité de Texcoco (alors réputée sous son règne pour ses « maisons de poésie ») qui réalisa le rêve de Platon (427-347 avant J.C.) – « qu’un philosophe fût roi ».

Ces « poèmes de plaintes et de désolation », traduits du nahuatl et présentés par Pascal Coumes et Jean-Claude Caër, ont été transmis par tradition orale et retranscrits après la première « mondialisation » par les conquistadors. « Ils expriment la tristesse de tout un peuple, d’une civilisation splendide à son apogée qui se sent condamnée à disparaître » rappelle Jean-Claude Caër qui suggère un parallèle avec les Psaumes du roi David :

« Où irons-nous ? / Où la mort n’a-t-elle pas son empire ? / Mais faut-il vivre dans les pleurs / Parce qu ’elle existe ? / Que ton âme soit dure : / Nul ici ne vivra pour toujours ! / Même les princes finiront par mourir : / C’est ce qui consume mon cœur. / Que ton âme soit dure : / Nul ici ne vivra pour toujours ! »

En 1431 (l’année de la naissance de François Villon), suite à ses victoires militaires, le chef de guerre Nezahualcoyotl est sacré seigneur de Texcoco, entame un règne de quarante ans et instaure un modèle de gouvernement pour les peuples du Haut-Plateau – « Texcoco pouvait se glorifier d’être l’Athènes du monde occidental », écrivait l’historien Prescott.

Aujourd’hui, par la grâce d’un livre advenu en son heure, « le plus grand nom de la poésie précolombienne » fait chanter dans l’assèchement de notre hyper-modernité en proie à une terrifiante surenchère cette détresse ontologique de l’âme indienne – et, nous parlant d’une civilisation à jamais consumée, jette par brassées sa lumière sur les bruits du jour qui se retire.

Chants prophétiques
Critiques Libres (20/03/2010), par Sahkti

 Nezahualcoyotl est sans aucun doute le représentant le plus connu de la poésie précolombienne. Né en 1402 au Royaume de Texcoco, près de Mexico, il entre au Collège des Prêtres et étudie la pensée de ses ancêtres toltèques, tout en s’adonnant à la poésie. Après s’être caché dans les montagnes pendant une dizaine d’années suite au meurtre de son père, il revient à Texcoco dont il devient roi en 1431. Ses travaux de grand bâtisseur, l’ardeur qu’il met à réorganiser le pays et ses talents d’administrateur lui valent une certaine renommée et attire dans la région des artistes de tous horizons. Avant les calamités naturelle et le déclin.
 Les chants de Nezahualcoyotl tournent autour de trois grands axes : le destin de l’homme, la parole et Dieu. Un dieu qui revêt une importance particulière aux yeux du dirigeant, un dieu qui n’appartient pas à la galerie des dieux connus mais nous accompagne pourtant tout au long de notre quotidien "invisible et impalpable", tout en étant "celui de l’immédiat voisinage".
 Une première édition de ce recueil a été publiée en 1985 aux Éditions Obsidiane, préfacée par J. M. G. Le Clézio. La traduction du nahuatl est due à Pascal Coumes et Jean-Claude Caër.
 Un des éléments qui m’ont frappée dans ces poèmes est la résignation qui semble s’emparer du poète à certains moments, comme si il savait sa civilisation condamnée et qu’il reconnaissait son impuissance face à cet inéluctable destin. Les mots prennent alors des tonalités désabusées et déchirantes qui inspirent beaucoup de respect. La mort est accueillie en musique, avec des danses, car elle mérite une arrivée digne de ce nom, malgré les sombres présages qu’elle traîne avec elle. La désolation s’empare du monde mais celui-ci conservera la tête haute. Avec encore et toujours, ce regard tourné vers Dieu, l’implorant de sa pitié et lui portant un amour sans failles. Vénération fidèle à l’épreuve de tout tourment ; là encore, c’est impressionnant.
 En invoquant la ruine des siens, Nezahualcoyotl célèbre la valeur des choses, des végétaux, des animaux, de la vie... dans tout ce que ces éléments peuvent avoir d’éphémère. Puisque bientôt nous partirons, rendons grâce à ce qui.
 Il y a également une grande part consacrée à la peur, à l’inconnu, à cet autre monde dans lequel se trouvent les « Décharnés ». Crainte et angoisse se mêlent aux louanges terrestres et illustrent la fragilité du poète. La vie et la mort se marient dans un immense paradoxe, c’est une tragédie désespérée qui se joue sous nos yeux.
 Après l’extinction de la civilisation, il restera les chants, le verbe et le poème, autant de sources qui jamais ne se tariront et continueront à raconter la vie.
 Quelques lignes : « Je suis ivre, je pleure et me tourmente, / Je pense et me parle, et me dis en moi-même : / Si la mort jamais ne venait, / Et si j’étais sûr de ne jamais disparaître ? / Là où la mort n’existe pas,/ Là où elle est réduite à merci, / C’est là-bas que je m’en vais... / / Si la mort jamais ne venait, / Et si j’étais sûr de ne jamais disparaître ? »

Les Chants de Nezahualcoyotl
Exigence Littérature (16/02/2010), par Françoise Urban-Menninger

 À l’instar des Psaumes du Roi David ou des fameux Fragments d’Héraclite, la voix de Nezahualcoyotl, le plus grand nom de la poésie précolombienne, nous parvient aujourd’hui telle « la seule voix vivante de ce monde aboli par les Conquistadores espagnols », écrit Le Clézio.
 Nezahualcoyotl (1402-1472) naît au Royaume de Texcoco, près de Mexico. Son nom signifie « coyote affamé », il est déjà en soi prémonitoire de la quête initiatique et de la recherche d’absolu jamais assouvie du poète. Marqué par le meurtre de son père, le jeune homme se cachera plus de dix ans dans les montagnes avant de réapparaître en 1427 pour reconquérir Texcoco. Il devient roi en 1431 et réorganise son royaume en s’entourant d’artistes, de philosophes et de poètes.
 Alors que son royaume est frappé par diverses calamités naturelles qui éprouvent le souverain jusque dans ses croyances, ce dernier se tourne vers le « dieu inconnu ». Élevé au Collège des prêtres, Nezahualcoyotl s’est pénétré de la poésie de ses ancêtres toltèques et il s’adonnera toute sa vie à l’écriture. Il prophétise la ruine du monde aztèque et célèbre dans ses poèmes la beauté éphémère de toute chose, la grâce des fleurs, celle des femmes ou des oiseaux. « Revêts-toi des fleurs,/ des fleurs aux couleurs de l’ara des lacs / Brillantes comme le soleil », nous enjoint la voix vibrante de Nezahualcoyotl. Mais il a toujours soin d’ajouter « Pare-toi, ici sur la terre,/ seulement ici ».
 Ce « ici » revient telle une plainte, un soupir déjà résigné ; « ici sur la terre » est repris par opposition à ce « là-bas » où sont « les Décharnés ». Tout le livre du poète balance entre ce ici et ce là-bas. La lumière éblouissante jaillit de la faille où la grâce et la beauté nous envahissent mais "pour un bref instant seulement".
 Le chant de Nezahualcoyotl est d’une beauté tragique, désespérée qui confine à l’absolu, car dans l’instant où l’on danse, où l’on aspire au bonheur, l’on pressent inévitablement et paradoxalement notre fin car « Ici n’est pas notre maison ». Notre condition humaine tient tout entière à l’unité fondamentale de la vie et de la mort. Seule la poésie permet d’appréhender l’éternité et l’immortalité. « Et si la mort jamais ne vient,/ Et si j’étais sûr de ne jamais disparaître ? »
 Si le royaume de Nezahualcoyotl a sombré, il en reste pour toute dernière demeure sa parole toujours bien vivante qui nous traverse. « Ô vous qui m’écoutez, de mes chants, on gardera souvenir ! » et le poète de s’écrier : « Je suis poète et mon chant vivra sur la terre ! »
 Ce chant lumineux qui monte vers nous et nous élève vers les cimes est semblable à une source de vie jamais tarie et qui se régénère à chaque lecture. C’est « un arbre fleuri » qui jamais ne se fane car le poème de Nezahualcoyotl nous arrive dans un entre-deux où vie et mort ont partie liée.
  « Mais faut-il vivre dans les pleurs ? » s’interroge le poète ...La réponse est dans ce recueil qui nous invite à pénétrer dans « La maison du printemps » où le poète va chantant ses « chants fleuris ».

Sur cette terre à nous prêtée...
La Lettre de la Magdelaine (19/01/2010), par Ronald Klapka

 Le nom de ce prince chichimèque, qui vécut au quinzième siècle (1402-1472) et fut roi de Texcoco, signifie Coyote famélique. Texcoco, formait avec Mexico-Tenochtitlan et Tlacopan, une triple Alliance qui menait des « Guerres fleuries » de manière à faire prisonniers de futures victimes sacrifiées au dieu Uitzilopochtli. Le seigneur guerrier n’en était pas moins poète, à l’instar d’un roi David nous précise l’un des traducteurs du nahuatl, Jean-Claude Caër, et selon une lecture faite à Wittgenstein, une manière de roi-philosophe à la Qohélet.
 Sa présentation, Dans la contemplation des cimes, est suivie d’une substantielle introduction de Pascal Coumes de manière à éclairer le contexte, qu’il s’agisse de l’histoire, de l’organisation sociale, de la pratique poétique, de la langue, et plus précisément en ce qui concerne l’œuvre traduite ses thèmes : le dieu, le destin de l’homme, la poésie elle-même. Le commentaire du poème 28 explicite plus particulièrement dans quelle sorte de théo-cosmogonie s’inscrit la poésie de Nezahualcoyotl, avec l’image de « L’Arbre fleuri », la maison de l’univers étant comparée à un arbre, dont chaque homme est une fleur :
  « L’Arbre fleuri est un arbre intérieur, auquel on s’identifie individuellement et collectivement. Il donne naissance au “rayon du chant”  : origine mythique et divine de la poésie, il grandit l’homme et l’élève à sa plus haute potentialité ; il est aussi nourriture des dieux, des oiseaux qui les symbolisent : la calandre de l’aube (le zacuan), et le quetzal. » Le poète est alors l’homme dont l’ivresse poétique mène au lieu de l’immortalité.
 Ces informations sont précieuses, pour mieux saisir encore des vers où "éclate la profondeur de la pensée" et le traducteur ajoute "souvent dans une quasi-banalité formelle" qui en est le signe de grandeur poétique.
 Ainsi, ce chant qui échappe à la déploration, qui est le lot de la majorité de ceux qui nous sont proposés (malgré les éclats de beauté), invitant à goûter l’instant précaire : « Frappe haut / Ton tambour fleuri. / Toi qui chantes, / Frappe tes maracas fleuris ! / Ainsi se répandent les fleurs de maïs grillé / Et les fleurs de cacao, / Qui tombent ici en pluie, / Au son des tambours. / Que la joie soit en nous ! / [...] Ainsi je les écoute, / L’Arbre fleuri et les tambours. / Avec eux il vit, il vit, / L’oiseau précieux aux plumes rouges ... / En lui, il s’abandonne, Nezahualcoyotl. / Il va chantant ses chants fleuris, / Dans la jouissance des fleurs. »
 La lecture de l’ouvrage que les éditions Arfuyen mettent aujourd’hui à la disposition du lecteur, après qu’il a connu une première publication par les éditions Obsidiane en 1985, pourra être complétée par celle de La Fleur, Le chant, traduction de In xochitl in cuicatl, l’accolement des deux mots signifiant en nahuatl la poésie, un ouvrage de Patrick Saurin, avec un avant-propos de Claude Louis-Combet, aux éditions Jérôme Millon, 2003.

Sur cette terre, à nous prêtée...
CCP Cahiers critiques de poésie (01/01/2011), par Jean-Pascal Dubost

 Plaintes, élégies, prières, incantations ou évocations exclamatoires, hautes déclamations, sont les tons qui composent la poésie de Nezahualcoytl (1402-1472), ce roi de Texcoco, qui fut chef de guerre, où dans la simplicité de langue s’élabore un complexe de métaphores et de symboles qui ne peut s’appréhender pertinemment sans la grille de lecture ici fournie par les traducteurs.
 Une poésie qui géo-historiquement nous semble bien lointaine mais qu’il convient de lire débarrassé de ses habitudes modernes et modernistes pour saisir un peu de la civilisation précolombienne qui la sous-tend. Le chef de guerre dit ses fragilités et angoisses.
 Une poésie distribuée en trois genres, le chant des aigles, le chant fleuri et le chant de désolation et d’angoisse, marquée de cris, de danse, de musique, empreinte d’un profond pessimisme, « Nous partirons, peu à peu nous disparaîtrons, / il ne restera rien... ».

Sur cette terre, à nous prêtée
Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques (04/01/2011), par Jean-Pierre Jossua

 Voici une belle publication des éditions Arfuyen : les chants attribués au roi mexicain de Texoco, Nezahualcoyotl, sous le titre Sur cette terre, à nous prêtée, traduits du nahuatl et longuement introduits par Pascal Coumes et Jean-Claude Caër.
 Ce grand roi, né en 1402 et mort en 1472, fut un guerrier, un bâtisseur, un législateur, un sage qui, subissant de grandes calamités, construisit des temples et dédia des chants - avec musique et danses – au « dieu inconnu » d’origine toltèque comme le roi lui-même, étranger au panthéon mexicain ainsi qu’aux sacrifices humains offerts au dieu soleil et qui sont à la base de la civilisation aztèque.
 À l’occasion d’une édition antérieure (Obsidiane, 1985), J. M. G. Le Clézio caractérisait ainsi ces poèmes : « La fragilité de l’amitié et de l’amour, le temps qui passe, l’insolente beauté de la jeunesse, son ardeur, son triomphe éphémère et, toujours, ce monde voué à la mort et à la destruction, sous le regard de Dieu qui l’a créé. » C’est ce dieu que le poète nomme « Celui par qui viennent toutes choses », à qui nul ne donna la vie, qui semble compatissant et proche (« le seul dieu de l’immédiat voisinage »), voire demeurant en nous, mais qui conduit à la mort, celle des hommes et celle du monde éphémère : un dieu du destin accablant. On ne peut être son ami, seulement le chercher et l’invoquer, car ce n’est qu’auprès de lui que la vie est possible sur la terre. Seule peut racheter la vie cette beauté unique de l’instant d’ici bas qui n’est déjà plus et qu’exprimé le poème. Or, « l’ivresse du chant métamorphose le poète en un arbre immortel ; car c’est vers cet arbre que son âme viendra voler lorsqu’il sera mort. Il devient fleur, il devient chant, qui ne finiront pas, parce qu’ils rentrent dans la maison du dieu » (P. Coumes). Cette idée peut-elle invalider la pesanteur du destin malheureux ? est-elle espoir consolant ou conviction fondée sur une expérience d’extase ?
 Ce qui me frappe le plus, à la lecture de ces poèmes – outre la présence constante de l’angoisse –, c’est la place que tiennent les fleurs en elles-mêmes, belles et fragiles, mais aussi en métaphorisant la poésie : « Les fleurs seules / Nous réjouissent. / Par les chants seuls, / Périt notre tristesse » ; « Ô l’éphémère instant des chants et des fleurs ! ». Sans oublier les oiseaux, nombreux et divers. Admirable et poignante lecture. L’Évangile eût peut-être dissipé ce malheur ; les chrétiens ont détruit ce monde.

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