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MAXIMINE

(1952)

 Maximine Lagier-Durand est née en le 29 septembre 1952, à Saint-Claude, dans le Jura.
 Maximine, son nom de plume, est aussi son vrai prénom comme il fut celui de sa mère et de sa grand-mère, qui toutes deux rêvèrent d’écrire.
 Après son baccalauréat, en 1970, elle a la chance de pouvoir poursuivre des études de lettres au lycée Fénelon, puis en Sorbonne, sanctionnées par une agrégation en 1975.
 Sa vie professionnelle se partagera entre enseignement et bibliothèques, principalement à l’Institut National de Recherche Pédagogique, puis à la bibliothèque de Moret-sur-Loing. Dans ce cadre, elle découvre la magie des contes et des berceuses qu’elle prend plaisir à composer.
 Mariée de 1988 à 1996, elle aura quatre enfants et accueillera une petite fille chinoise.
 Encouragée par Georges Mounin, puis plus tard par Christian Bobin et Henri Thomas, elle publie en revue quelques poèmes – qui prennent presque toujours la forme de douzains d’octosyllabes – et quelques notes critiques (notamment dans Critique, Paroles d’aube, Arpa, Poésie 93, Caravanes, Le Coin de Table, les Heures). 
 Grâce à Jean Toulet, arrière-neveu du poète, elle effectue également quatre séjours en Chine, où ses poèmes sont édités en deux livres d’art.
 En 1990-91, elle entreprend une nouvelle traduction de poèmes de Rainer Maria Rilke : les Élégies de Duino, les Sonnets à Orphée et le Livre de la Pauvreté et de la Mort.
 Elle vit à Paris, fidèle comme Colette à son pays natal et comme elle disant : « J’ai quitté un pays où j’ai laissé mon cœur » (La Naissance du jour).

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

L’ombre la neige

Un Cahier de pivoines

Au front des sapins

Somme d ’amour

REVUE DE PRESSE

Au front des sapins
Revue Alsacienne de Littérature (01/01/2006), par Jean-Claude Walter

 Ne faut-il pas un certain « toupet », comme l’écrit l’auteur page 70, pour parler au nom des sapins, nos maîtres ès écritures ? Après le beau poème d’Apollinaire, dans ses fameuses Rhénanes, dont une strophe est ici en exergue... Et sur plus de soixante douzains (poèmes en trois quatrains) – qui commencent presque tous par l’apostrophe « Sapins » et forment de la sorte un long chant entraînant... Chanson « mi-triste mi-tendre », pour nous dire ces arbres tutélaires dont la fascination qu’ils exercent n’a d’égale que leur beauté.
 Ils sont ici nos compagnons, sentinelles ou sémaphores de la vie, de l’amour comme des chagrins, toujours attentifs, toujours solidaires : nos « consoleurs », que ce soit dans le Jura natal de Maximine, ou bien en Alsace, partout ailleurs. Gardiens des secrets d’enfance, vigies, scribes ou prophètes, leurs qualités dépassent les nôtres : la droiture bien sûr, l’austérité, la loyauté, et surtout le respect - aussi bien des saisons, de la neige, que des loups – « Ils ont leur âme et leur mystère ». Ils comptent les astres et surveillent notre horizon, en leur verdeur égale, ayant vite fait de devenir nos « sérieux amis ».
 En une langue drue, souple, âpre parfois, et qui toujours chante, et nous enchante, Maximine donne vie à nos « frères non mobiles » comme disait Giraudoux, « lignée d’ancêtres bienveillants » qui veillent non seulement sur la forêt, le temps qu’il fait, mais le monde en son entier, notre rêverie et nos illusions.
 La seule loi que je connaisse 
 Est la loi des sobres sapins, 
 Devant eux je joindrais les mains 
 J’apprends des leçons de rudesse.
 Merci à l’auteur, et à la magie de son poème, de nous les donner en partage, ces leçons de beauté et de sagesse.
 

Au front des sapins
Exigence Littérature (11/01/2005), par Françoise Urban-Menninger

 Du végétal à l’humain, Maximine sait lever cette sève poétique que nous portons tous depuis l’enfance dans le terroir de notre mémoire. Après les lilas et les pivoines, elle invoque « l’immense école des sapins » dont elle loue les « majuscules de verdure ».
 Son enfance passée au milieu des sapins dans le Jura, Maximine nous la restitue en « transcrivant » l’écriture des sapins. « Il faut lire les sapins / À l’envers de tous les ciels », nous crie-t-elle dans l’écho blanc de son recueil. Les sapinières de l’enfance sont la pépinière des poèmes premiers que l’auteure a portés en elle jusque dans ce cœur blessé.
 L’encre, la neige et le sang ont partie liée dans une écriture belle, sensuelle, ruisselante de splendeurs, baignée d’images baroques où « balafrée petite fille », « splendides guenilles », « les loups peureux » nous ramènent dans la pensée magique et sauvage de l’enfance. Maximine, magicienne du verbe, se fait ensorceleuse et sort de son escarcelle des trésors flamboyants et rutilants de lumière pour nous chanter les « Hiératiques hiéroglyphes » qui sont aussi « des pinceaux pour l’espérance ».
  Au front des sapins est un hymne incantatoire qui célèbre dans la jubilation l’écriture qui s’écrit. C’est un bonheur de lecture et de relecture, un livre qui s’ouvre et s’illumine comme un cœur de verre dans la forêt sombre de la mémoire, une pomme d’amour de l’enfance sucrée au miel de sapin, à laisser fondre tout doucement dans cette langueur de l’être où naissent les mots de l’âme.

Au front des sapins
Le Coin de table (01/01/2006), par Jacques Charpentreau

 La tonalité de ce recueil paraît plus grave que celle des livres précédents de Maximine. Les sapins en sont l’image, à la fois arbres des sombres forêts, et pourtant arbres toujours verts. Ce sont les sapins de son pays natal (la Franche-Comté), de son enfance, du souve¬nir, du retour vers cette part de soi (de soie), toujours présente, mais aussi de la vie toujours présente aussi, même sous la neige de l’hiver et des ans.
 On aime retrouver cette poésie, la plus simple (apparemment), la plus secrète qui nous donne à profusion ce que nous attendons d’elle, si rare aujourd’hui : l’émotion des sentiments et la beauté du chant. On y entend (et on la reconnaît car c’est la nôtre) cette connivence de notre âme aimante et blessée avec la nature (Mikel Dufrêne disait que toute poésie n’a qu’une seule source d’inspiration : la nature, la terre). On retrouve l’harmonie subtile des poèmes de Maximine, qui nous séduit depuis Quotidienne à son amour (Paroles d’aube, 1998), jusqu’à ses Visiteuses (Maison de la Poésie, 2003). Dans une versification souple, un chant personnel court au long de ces qua¬trains d’octosyllabes qui imposent mieux qu’une voix : un style. Lisez ce recueil. Il est d’un vrai poète, espèce rare.
 Ils montent aux créneaux du bleu 
 Ils ont des bardas de nuages 
 Pour la violette sauvage 
 Ils sont prêts à provoquer Dieu

 Sapins vieux sapins mon enfance 
 À votre ombre sereine doit 
 D’être paisible assise là 
 Loin des boucans et des démences

 Arrêtez-vous frères massifs 
 – Chez vous on ne met pas de bombes 
 – Chez vous c’est la neige qui tombe 
 Étonnant les grands loups pensifs

Au front des sapins
Dernières Nouvelles d’Alsace (17/12/2005), par Antoine Wicker

 Elle chanta pivoines et lilas avant de chanter aujourd’hui les sapins. C’est Noël chez Maximine. Noël une fois de plus, Noël encore une fois. « Que neigent neigent les hivers » de « Tous ces sapins ces bateaux ivres / Et dont le ciel serait le port... »
 Elle traduisit, un jour les poèmes de Rilke. Vit aujourd’hui à Paris dans une vive fidélité à son Jura natal – elle y est née en 1952 après avoir partagé sa vie professionnelle entre enseignement et bibliothèques. Publia en revue, au fil du temps, poèmes et notes critiques. Apprivoisa la Chine, où ses textes sont publiés en deux livres d’art.
 Maximine Lagier-Durand chanta pivoines et iiias avant de « dresser là devant nos yeux », signale une note de Jean Mambrino, de fiers sapins, ou sévères et ténébreuxux, tenaces et secrets, ou pensifs et mélancoliques : « Grands méditants sentencieux », dit-elle, hiératiques hyéroglyphes dont l’école immense au fil du temps lui fit « le cœur comme un buisson ». Aiguilles et chansons pour l’ourlet de l’amour lointain : nos âmes sont des forêts,
« nous avons au cœur des entailles qui vous ressemblent », songe ici Maximine. « Dieu que la nuit est solitaire / Et je n’ai que vous où mon cœur / Puisse aller griffures griffures ». 
 Arbres « fous de droiture et de beauté / De rectitude et de mystère ». L’élégant hommage qui leur est rendu par la poétesse, et rendu aussi, puisque c’est Noël une fois de plus, à ce « règne immense et pacifié / sous la neige – une et diamantée », cristallise une fine méditation aussi sur la vie-même : « Ô refus des assauts du blanc ! / On dirait les mort enlisés / – Lentement ils se sont levés – Qui marcheraient vers les vivants. »
 Mémoires d’enfance, « Entre le Noël où l’on danse / Et les loups que l’on racontait ». Mais émotions et amours d etoute une existence déjà : « Pépinière à mes amours / Sans vous je n’aurais rien su / D’aimer – d’écrire non plus. (...) Parfois j’envie votre sommeil / De haute sève brune où traînent / Les soubenirs du monde entier. »
 Et la louange ici est infinie. « Vous fûtes les destinataires / De plus d’une de mes, prières / Ah sapins je vous revaudrai / La ferveur qui me fut donnée ». À charge de revanche, émue, amoureuse : « Quand je ne serai plus / qu’une pierre dans la vallée / À mes fils au temps vous direz / Le songe en vous que je vécus ». 

Maximine, Prix Paul Verlaine 2002
Le Coin de table (31/12/1999), par Jacques Charpentreau

 En quelques recueils, Maximine a fait de son prénom un nom de poète, comme son illustre devancière, Colette, qui, en fait, n’avait fait que conserver son patronyme d’origine. Maximine semble donner à chaque lecteur le privilège de l’appeler par son prénom, comme une amie.
Elle a enseigné les lettres, elle a épousé un philosophe, elle a eu des enfants, elle a le bonheur d’être mère de trois fils, trois gaillards dont elle est fière à juste titre – et elle a écrit et publié des poèmes. À compte d’auteur, pour commencer, comme d’illustres devanciers, et d’abord Paul Verlaine lui-même qui, à vrai dire, n’a jamais publié autrement. On sait que ses Poèmes saturniens furent tirés à cinq cents exemplaires grâce à l’aide financière de sa cousine. Plus heureuse que Paul Verlaine, les recueils de Maximine sont aujourd’hui publiés au compte de ses éditeurs, et celui de ce Cahier de pivoines par Arfuyen qu’il faut saluer pour ce livre et plus généralement pour son travail d’éditeur. Il est normal d’associer l’éditeur et le poète qu’il a su choisir en publiant son livre.
 Ce recueil a donc reçu le Prix Paul Verlaine de la Maison de Poésie.
 II témoigne d’abord, d’un grand amour pour les pivoines. Une espèce de fixation, dirait un psychanalyste. En fait, ces pivoines sont comme les rosés des poètes de la Renaissance, des fleurs aimées jusqu’à en faire des symboles : symboles d’amour ou plutôt de passion – car Maximine est manifestement une passionnée en tout ce qu’elle aime, ce qu’elle fait, poésie ou flamenco, amours, joies ou souffrances. D’ailleurs, on retrouve ce mot brûlant dans les quelques lignes de Paul de Roux placées au dos de ce recueil :
  « De nos jours, dans la filiation conjuguées de Louise Labé et d’Édith Piaf, se fait entendre une voix tour à tour passionnée ou plaintive, dont l’un des mérites est de se ficher éperdument des modes littéraires ».
 De cette désinvolture vis-à-vis des modes, on a tout de suite l’évidence en feuilletant ce recueil avant même de le lire : voilà des poèmes en vers, chacun composé de trois quatrains d’octosyllabes – et qui riment ! Il y a là de quoi révulser les snobs du beau Monde, et de quoi nous séduire par cette superbe indifférence à ce qui se fait ou ne se fait pas.
 Ainsi le premier poème du recueil : « La vie va la poésie dure /Tout comme Hokusaï qui dit-on / Chaque jour dessinait un lion / Je sculpterai dans la verdure // Une pivoine chaque jour / Tendrement pour le seul plaisir / D’être là de n’en pas mourir / Et d’aimer dire mon amour // Obstinées — Tant pis pour la neige — / Éparpillées nues dérangeantes / Allez allez ruées d’amantes – / Étonnant sera le cortège... » Oui, « étonnant [est] le cortège... »
 Bien entendu, la forme, si parfaite soit-elle, le chant, si pur soit-il, ne suffiraient pas à nous séduire. Ce qu’il faut aussi au lecteur de poèmes, c’est l’émotion du cœur qui bat au rythme des mots, ce sont des images, des sen-timents, une vérité de l’âme. Et le lecteur est ici sensible à cette poésie parce qu’il s’y reconnaît. Victor Hugo n’a pas besoin de lui préciser « Insensé qui crois que je ne mis pas toi ! » C’est lui, c’est vous, c’est moi qui nous retrouvons dans ces poèmes : « Pivoines ma rouge hantise / Réitérant ce que je veux /D’amour heureux ou malheureux / Chaque matin cette surprise // Être là debout sur le monde / Avoir un cœur des souvenirs / Dont quelques-uns vous font sourire / D’autres... Mais quoi la terre est ronde // Et vous contorsions de désir / – À qui la plus belle au soleil ? – / Vous faites rêver les abeilles / – La joie se rit de l’avenir. » 
 Oui, « chaque matin cette surprise / Être là debout sur le monde ». Maximine est ce que l’on peut appeler « une grande vivante ». (...) Paul de Roux a bien raison de noter le dédain de l’auteur pour les conventions. Dès l’ouverture du livre, Maximine ose écrire : « Est-il un destin plus heureux /Qu’être la grand’beauté du monde / Fût-ce une poignée de secondes ? / On n’ose guère rêver mieux »
 Elle utilise là un mot tabou, maudit depuis plus de quatre-vingts ans, combattu et même ridiculisé par les Surréalistes, nous le savons bien : c’est le mot beauté. Et l’auteur insiste, dans le même poème, en parlant d’émerveillement. Nous sommes nombreux à penser, non à savoir, que la poésie est aussi, est toujours quête de la beauté.
 Nous voyons bien que Maximine n’est pas poétiquement correcte, ce qui n’est pas pour nous déplaire, je l’avoue, car, contrairement à une calomnie répandue par des scribouilleurs qui ont trouvé trop verts les Prix que nous ne leur avons pas décernés, la Maison de Poésie n’a rien de conventionnelle non plus, malgré son âge et son statut respectables.
 Et j’avoue aussi que nous voyons sans déplaisir bousculer parfois dans les plates-bandes la prosodie traditionnelle en paraissant la respecter. Maximine enjambe de temps en temps d’un vers sur l’autre avec la flamme d’une danseuse de flamenco. Elle déniche, par exemple, deux belles rimes masculines en el qu’elle obtient en coupant sans vergogne un adverbe un peu trop long d’un vers à l’autre, et même ici d’une strophe à l’autre ! « Coups de gueule contre le ciel / Blasons de notre désespoir / Allez II n’y a rien à voir / Que notre misère éternel- // lement répétée... » On croit lire, on croit entendre d’abord « misère éternelle » — mais non, la rime reste bien masculine grâce à la coupure.
 Un vent de fantaisie passe ainsi dans ces pivoines. Elles ont l’air bien peigné ; mais ce vent les a décoiffées.
 On aura compris que cette désinvolture vis-à-vis de la versification n’est en réalité qu’une parfaite maîtrise de la langue. Ainsi quand l’auteur utilise une diérèse des plus traditionnelles pour y placer l’appui d’une rime en fin de vers : « Pivoines adorées miennes /Folles impossibles à li- / er torturées par l’incendie / De leurs pourpres peines et pennes »
 Elle a d’illustres devanciers dans ces renouvellements de notre vieille prosodie que n’auraient pas reniés les Grands Rhétoriqueurs, aussi bien ceux du XV° siècle que celui du XX°, Louis Aragon.
 Mais Maximine a surtout ce qui fait cruellement défaut à tant de poètes d’aujourd’hui, un ton personnel. Que ce soit par les images, par le style, par cette espèce de confidence fiévreuse de sa voix, par tout ce qui fait le chant de sa poésie, on reconnaît un ton, une parole qui s’impose. Ainsi ce poème qui achève le livre, ce dernier poème qui s’ouvre d’ailleurs, superbement, par la féminisation du vautour qui nous dévore tous, auteurs et lecteurs du Coin de table. « Ah Vautoure de nos chagrins ! / Poésie — dis — me laisseras- / Tu ?... Non Tu ne l’embrasseras / Jamais Je t’aime Je te tiens // Ton cœur léger je le condamne / À tout sauf au plus simple amour / Tu es ma fille faite pour / Les mots les songes les pivoines // Et n’en va pas pleurer nigaude / Un beau jour même les cigales / Te proclameront leur égale / Un beau jour même les oiseaux... »

Un Cahier de pivoines
Études (10/01/2002), par Jean Mambrino

 Ce mince recueil de poèmes est une véritable merveille, une corbeille de délices. On peut sauter d’une page à l’autre en riant de plaisir. Tant d’effronterie, de liberté, de gaieté, de sauvagerie amoureuse ! La passion, la douceur, la volupté, la délicatesse, la gourmandise des yeux, l’émerveillement ! « Pivoines brûlant solitaires / Exubérantes alanguies / Grain d’orage Tout est fini / Bouillie de satin et de terre. » Et puis les combinaisons exquises d’images, de rythmes, de sonorités. Les vers sautent à cloche-pied, comme des petites filles-fées, gracieuses, prestes, aussi légères que la brise qui caresse leurs pétales, leurs lèvres aguichantes et rieuses. « Toute fadeur nous injurie / Crêtes de pourpre de fierté / Mèches à peine parfumées / Elles sortent filles qui rient. »
 Trouvez ici un art très rare aujourd’hui (ô Louise Labé !) d’inventer la transparence dans le raffinement, la voix qui se porte en avant des mots, qui les entrelace avec un insolent, étincelant bonheur. « Pivoines affamées de feu / Poudre au ciel jetée par la terre », certes pour elles le temps est court, et elles le savent. « Plus que peu de jours tête haute / Impératrices en jupons / Se sont sauvées pour un garçon / – Ma robe est rouge Qui me l’ôte ? » Elles font saliver nos regards. « Et gâter le feuillage nu / De vos friandises fram-boises / Quant au vent s’il vous cherche noise / C’est qu’il vous aime et n’en peu plus. » La chair de l’âme enfouit son visage dans ces « garces attendries ». Pas de danger qu’on les oublie. L’été qui les emportera ne pourra rien contre elles, elles abritent dans leur « prière » un autre Printemps éternel...

Un Cahier de pivoines
Bulletin critique du livre français (10/01/2002), par -

 Maximine, née en 1952 dans le Jura, est professeur de lettres. Avant de publier le présent ouvrage, elle a d’abord conçu deux plaquettes de poèmes, puis des recueils de textes destinés aux enfants, enfin une traduction des Élégies de Duino de Rainer Maria Rilke. Cette dernière production, Un cahier de pivoines, constitue un unique poème en six parties, près de mille vers entièrement consacrés à la célébration de la pivoine.
 C’est là un moment d’intense plaisir que nous réserve sa lecture. Non pas par la forme mais par le sujet, l’esprit dans lequel il est conçu, ce « bouquet » fait penser à un poème oriental. Il sera source d’émotions bien sûr pour de nombreux amateurs de poésie mais plus particulièrement pour ceux qui, de nos jours, ne craindront pas de paraître s’abandonner à la désuétude en se laissant émouvoir par révocation d’un instant de trouble vécu au jardin un matin d’été et de lire : « Pivoines cœurs jaillis jetés / Dans le désordre de leur joie / Ce matin ils sont tous à moi / Tous à toi rouges dédiés // Boules de neige de ferveur / Brûlots de soie dans la tenture / Époustouflée de la verdure / Mots rouges la page en a peur... » 
 
Composé de vers parfois douloureux mais le plus souvent passionnés, ce poème qu’on lira sans s’interrompre, outre la richesse de son inspiration, a le mérite de s’affranchir de toute tendance par rapport à tel ou tel genre littéraire connu. Une bouffée d’air frais en somme, qu’il fait bon respirer, nous saisit alors que nous nous livrons à la lecture de ces pages.

L’ombre la neige
Le Mensuel littéraire et poétique (31/12/1999), par Gaspard Hons

 On est seul, on va dans le monde. Rien ne vous retient, ni de vous embarquer à bord du fleuve, ni de quitter brusquement la dernière marche. Rien ne vous retient, pourtant vous restez là, cornme un passant, hébété, au milieu d’un carrefour. La question que vous vous posez alors, qu’est-ce qui fait qu’on existe, vous renvoie à SA terrible absence, ou si vous préférez à la mise entre parenthèses de LA question : « Mon Dieu je ne crois pas / Laissez-moi vous nommer comme / Un désespoir en nous nomme / Un vieux songe auquel on croit ».
 
Les beaux poèmes de Maximine touchent notre grande SEULITUDE, ils arrivent à point, ils arrivent comme autant de réponses faites par qui ne parie pas, ne parle plus. Les beaux poèmes de Maximine sont à claire-voie, laissant s’échapper tantôt un peu de chagrin, de tristesse, tantôt un sourire, un regard amoureux : « ... sa chanson la rend si belle / Que le tueur suspend son tir... »
 Qui est Maximine ? Qui parle dans son livre, à qui parle son livre, pour qui parle-t-elle ? « Que c’était pour parler de toi / Que j’ai tant parlé des étoiles » Autant d’interpellations, de désirs de savoir. Autant de raisons de nous taire, de rester passager anonyme et discret de quelques beaux poèmes. C’est beau et terrible à la fois, écrit le postfacier. Dirais-je que les petites esquisses et contre-esquisses de Maximine nous portent loin : autant de larmes, de caresses, autant de frôlements et de confidences venant de loin, d’un temps lointain, d’un pays lointain et proche : du petit jardin des morts heureux, de la forêt de l’enfance, d’une aube mal dessinée, de quelque cauchemar d’aubépine, de douleur, de neige sombre. Puis, Maximine encore touche la terre entière, prend appui sur le monde, sur le monde des vivants, elle prend appui sur l’homme, elle lui parle, lui parle d’elle : « C’est à vous qu’elle a dit je t’aime / À vous qui ne l’entendez pas » C’est à l’homme qu’elle dit, certainement, après l’amour qui d’autre aimer ? Au-delà du grenier, des étoiles, de l’or, de la lumière, de l’encrier, il y a le poème, il y a la lettre ; le poème qui vous reste entre les doigts à l’instant du réveil, et la lettre, ce don remis entre d’autres mains pour arrêter le temps, pour faire comme si rien ne s’était passé, pour faire comme si le cauchemar n’avait pas eu lieu. Tout cela, je vous demande pardon, devient littérature, banale littérature, tout cela nous éloigne de vous, de vos mots, de vos peines, de vos joies. Évitons de faire littérature, de faire philosophie, ouvrons le livre à telle page, entrons dans la fête foraine, laissons échapper le ballon rouge. Parfois dés ballons rouges vont loin, très loin...
 Christian Bobin dans la lettre-postface de L’Ombre la neige (éd. Arfuyen) invite Maximine à laisser aller ses poèmes dans le monde. Ses poèmes n’empêcheront-ils pas le monde de vouloir mourir tout de suite ? Espérer un peu moins, vouloir un peu plus ajouterait, en toute complicité, André Comte-Sponville, ce philosophe qui n’aime pas les poètes...

L’ombre la neige - Entretien avec Maximine
République Magazine (19/10/1992), par Sophie Lhuillier

Sophie, ancienne élève du lycée Couperin de Fontainebleau, interroge Maximine, qui fut son professeur de français en première.

Mme Comte-Sponville, Maximine en poésie, bonjour ; ce sont des retrouvailles et j’apprends que vous publiez aux éditions Arfuyen un recueil de poèmes intitulé L’ombre la neige. J’ai demandé à lire tous les précédents, et j’aimerais à ce propos vous poser quelques questions, dont voici la première : quel « stimulus », quel déclic a déclenché votre premier poème, à six ans, nous précise-t-on ?
 
Ce que je peux d’emblée affirmer, c’est que je reconnais bien là un don pour aller droit aux questions essentielles, précisément celles auxquelles répondre est impossible, ce fait d’ailleurs les rend au fond moins vitales (pourquoi suis-je moi et pas vous ? C’est quoi, la mort ? Pourquoi tombe-t-on amoureux ?...). Qu’est-ce qui peut pousser une enfant à se retirer seule avec un stylo ? On peut inventer des ré-ponses plausibles : la solitude, l’ennui, une découverte, une déception, une colère... Quelque chose que la voix ne parvient plus à exprimer ? Pourquoi pas aussi la joie d’un jeu nouveau ? Vous voyez : que des questions à offrir en réponse ; et serais-je la science, la philosophie, la poésie et la psychanalyse réunies qu’aucune des quatre n’aurait pouvoir de fabriquer un souvenir perdu. Dolto suggère, dans Enfances, que les poètes sont des gens qui « aiment le mystère », qui n’en ont pas peur. J’entends donc : « je ne sais pas ». Et savoir si j’ai su, si je peux encore savoir, « je m’en soucie guère... ».

Vos deux premiers recueils, Cœur à dire et Riveraine, disent l’amour, simplement. Pas de honte : des « je t’aime », des « amour » soigneusement placés ; je pense à : « L’aurai-je assez dit que je t’aime / Et mieux que dire assez chanté... ». Vous-même, n’êtes-vous pas surprise par le bonheur quasi absolu de ces poèmes de votre jeunesse ?

Certes, je comprends qu’ils surprennent : c’est donc que je suis moi-même, c’est juste, parfois surprise à la relecture de ce que Mounin a nommé « l’intarissable jaillissement d’un alléluia... ». Mais, mais ce qui me surprend tout autant, c’est qu’ils soient à ce point ressentis comme joie continue. Inversement ce qui me frappe c’est, derrière l’élan réel du chant poétique amoureux, soit alternée, à travers quelques poèmes mi-drôles, mi-grinçants, soit mêlée à l’ensemble en notes de mélancolie, d’absence – la neige, déjà... – une tonalité plus triste, ce que j’appelle toujours la faille, ou la fêlure (...).

Votre dernier recueil L’ombre la neige, est beaucoup plus grave. Les désillusions, les deuils apparaissent. On y découvre une émotion douloureuse. Il semble cependant qu’un coin d’amour reste intarissable. Je ne peux m’empêcher d’y voir l’espoir. Est-ce extrapoler de ma part de dire que vous trouvez toujours une sorte de foi temporaire qui vous permet d’avancer ?

« Foi temporaire » ? Comme cette formule me plaît... Je vous l’ai dit, même les poèmes que je nomme loufoques, même les « anti-moralités » provocatrices du Fablier, sont graves parfois : nous en parlions entre nous, j’ai chez moi dans mon bestiaire bien des « ratés » sympathiques. Mes lions manquent leurs coups ; mon autruche est au chômage ; ma tortue est une suicidaire qui boit ; j’ai aussi un loup anorexique, et je vous assure que les petits réagissent fort bien à des dures vérités : « Croquidoux, mon crocodile / Trouve pas la vie facile », c’est mieux qu’un mensonge.

Quant aux poèmes de l’amoureuse, ils chutent souvent sur la mélancolie de l’éphémère : la voilà peut-être, « ma » vérité. Nos vies nous sont données, et reprises. Des êtres qu’on aime s’en vont. C’est très simple. C’est atroce. C’est l’ombre noire et l’hiver glacé qu’on ne peut plus prendre « à la légère ». Mais la poésie nous aide à nous battre, à vivre je dirais « contre » la mort en un double sens : survivre en chantant quand même, garder au plus près de soi ceux qu’on a perdus. Si c’est ainsi que vous ressentez mon « espoir », alors oui : « Elle a fait de mots le plus beau / Tombeau celui de la mort même... ».  

Triomphe fragile, provisoire, toujours à refaire. Parler au présent avec le passé. On revient au pari sur la force des mots d’amour. J’y crois le temps de trois strophes, et je suis sauvée du désespoir. Le « message » est donc bien d’espoir, pas facile certes, mais assez fort pour qu’une joie passe : « Foi temporaire ». Vous me rassurez beaucoup sur la peur qu’on peut avoir quant à l’effet de ce qu’on écrit : dire à des gens de votre âge que la vie est un long fleuve amoureux et souriant serait un scandale à mes yeux. La vie est un fleuve, et mon petit navire essaie d’y naviguer.

Dans la région, ceux qui vous connaissent vous connaissent en tant qu’enseignante au lycée Couperin. Cette année, vous quittez vos élèves. Y aurait-il incompatibilité entre poésie et explication de texte, comme beaucoup le prétendent ? Sinon, comment expliquez-vous cette « rupture » ?

Ceux qui prétendent ça sont les flemmards, ou ceux qui n’ont pas encore eu la chance de comprendre que la beauté s’approche, s’apprend. Saisir comment naît l’émotion, par quels rouages du langage, c’est admirer et aimer plus encore. Chaque fois que j’écoute la radio ou que je téléphone, je pense au miracle technique et je remercie. Non, l’explication, si l’on ne reste pas encagé dans les « grilles de lecture », ne détruit pas le sentiment de la beauté : elle l’exalte. S’il existe une part d’incompatibilité entre la poésie et l’enseignement, elle est ailleurs, et là’ justement, je ne vais pas vous refaire le « coup de l’inexplicable ».

Là, en effet, je sais pour moi où le bât blesse. Et cela dépasse la situation enseignante qui, au fond, est plutôt poétique : ce partage à la fois d’un savoir et de ce qui est pour moi une passion, sans reparler du plaisir que c’est de parler – cabotine, va ! – Et justement, c’est là que la poète – poétesse, c’est un mot lourd, non ? – souffre. Ce bonheur, je le voudrais plus libre, plus durable, moins limité par les horaires, les programmes... « Il me faut un jardin fleuri... » Les poètes en veulent trop, et si leur exigence est tonique pour autrui, leur dé-ception, fatale, leur est cruelle. Il y a gêne (de « géhenne » : torture de l’enfer !). Et puis un autre motif, plus profond, plus paradoxal, plus difficile à exprimer ; disons : partir avant que cela ne fasse trop mal. « Je suis cet absent jamais revu deux fois », dit gravement Char. « Devance tout adieu... », dit Rilke que j’ai tant traduit. Peur du deuil. Fuite.

Je suis venue, j’ai donné tout ce que j’ai pu, j’ai réussi à être bien parmi vous tous, je pars parce que cela ne peut que devenir moins bien. Je vais recommencer ailleurs, autre chose, autrement... Ça, c’est plus fort que moi, comme on dit. C’est ma façon d’être fidèle à je ne sais quoi : en quittant mes élèves, des collègues aimés aussi, je les garde tous au cœur. Cet entretien prouve que j’en garde aussi quelques uns dans ma vie !

Somme d’amour
Temporel (26/09/2010), par Nelly Carnet

À l’instar des deux vers de Louis Aragon placés en exergue – « Comme une étoffe déchirée / On vit ensemble séparés … » –, Maximine poursuit en trois actes poétiques la traversée du courant amoureux, du plus mouvementé au plus serein.

Chacun des titres accompagné d’un avertissement d’ouverture retrace d’ailleurs ce parcours : Belliqueuse, Parfois chagrine, Visages de la primevère. De la colère d’être quittée, en passant par la tristesse de la perte d’un amour jusqu’à la découverte d’une nouvelle relation, l’existence amoureuse est représentée dans sa totalité dans des poèmes épousant la forme unique de trois quatrains rimés et équilibrés où la force rythmique vitalise l’ensemble.

Le poème devient la preuve et l’expression de cet amour envoyé par une fenêtre que chaque page représente. Il est gratuit et consolant comme on peut l’entendre dans le troisième poème du recueil : « Tête nue dans sa légende / Elle s’en va semaillant / Tous les mots à tous vents / Sans même qu’on lui demande (…) Et vous ne l’aimerez pas / Tant pis Sa douleur égale / Aux voix de noires cigales / À sa nuit hisse une joie ». L’amour déçu ou heureux trouve son expression idéale dans un langage poétique autorisant toutes les dérives des mots. Le poème interroge l’amour et l’amour le poème. Chacun enveloppe l’autre d’une étoffe qui apaise la douleur d’exister dans la déchirure et de se retrouver cernée par la disparition. Le rouge et le noir comme dans le roman de Stendhal se marient pour le meilleur et le pire.

Maximine définit elle-même sa création en disant que « chaque poème » est « une tornade » et « une empoignade » « à fond de cœur vous secourant ». C’est dans ce mouvement que le lecteur le reçoit. Il est impossible que cet amour puisse rimer avec sagesse car il est nécessairement tourmentant. Il suit le mouvement des vagues dans une tempête. Le travail d’amoureuse se mêle au travail de la langue. Le sentiment se mesure dans la création. Il lui est un lieu de prédilection dans l’éloignement de l’aimé, parfois sa perte et la solitude radicale, l’épanchement attristé. Lorsque l’amour se concentre dans le lieu étroit et cadré du poème qui survit à tout flétrissement, c’est alors qu’il gagne le mieux sa propension dans le monde.

De plus, l’amour est non seulement une ouverture sur la création mais également un stimulant à l’intérêt porté au monde. Parfois il fleurit parfois comme une « ancolie » pour une expression mélancolique. L’autre lointain, le chagrin à son comble, les mots font flamber les sentiments, les accentuent et les résorbent : « Il arrive la voir pleurer / – Tant d’heures d’années sans personne – / Mais il suffit qu’elle vous nomme / Elle se lève pour danser. » La relation entretenue avec le poème est la même que celle avec l’aimé. Maximine enlace la langue dans le poème dans un espoir plus ou moins nuancé et un perpétuel combat. « À grands coups d’épée de poèmes / Quatre lignes dans le cœur / Pour y cisailler le malheur / N’en laissant que trois mots Je t’aime ».

Dans l’attente d’amour magnifié et idéalisé, Maximine glisse progressivement au pur souvenir. Avec la poésie, s’exprime un amour courtois, « des lèvres ourlées de mots d’amour », rêvant, espérant qu’un nouveau printemps surgisse et le transforme en passion. « J’ai longtemps rêvé de vous / perdais-je mon temps Peut-être / Mais j’aurai sans te connaître / longtemps parlé de nous ». « Où sont les rires du printemps ? / La chambre est vide maintenant ». La création permet de supporter le poids de l’attente. Et finalement, Maximine ne regrette pas d’avoir été patiente aussi longtemps. « Merci mon coeur pour tout l’amour / donné sans qu’on te le demande ».

L’amour se répète, avec les nuances que l’âge peut impliquer. De plus « léger » à l’âge de seize ans, il se teinte d’une tonalité plus sérieuse à l’âge mûr tout en restant un véritable éveil. Le recueil, écrit dans le repliement et la réflexion portée sur tous les rouages de l’amour, est don et offrande. Les poèmes, contradictoirement inutiles et nécessaires, s’adressent à ceux qui les ont provoqués et à quiconque les lira reconnaissant le pouvoir des mots imprimant pour toujours la complexité de l’amour, le dernier étant intitulé « Envoi ».

Somme d’amour
Le Coln de table (11/01/2010), par Jacques Charpentreau

 Comme le titre du recueil l’indique, une belle suite de poèmes d’amour (mais la poésie dit-elle jamais autre chose ? ), une « somme » par le nombre, certes, mais aussi par la plénitude de l’âme toute entière envahie par la puissance du sentiment.
 Si le n’importe-quoi de la mode conduit tant de pseudo-poèmes à une disparition dans l’informe, ce n’est pas le cas de Maximine dont la poésie jouit des vertus formelles du chant, celui de trois quatrains d’octosyllabes rimes sans raideur, avec ce décalage de son regard sensible sur une troisième personne qui reste la première.
 Maximine : un ton, un style, une œuvre : « Elle est la première venue / Elle est toutes celles qu’on aime / Elle est nue comme on se promène / Au jardin qu’on n’a jamais eu // Elle est une fille perdue / Pure comme à toute fontaine / Plus on y boit plus y reviennent / Les perles d’une eau sans refus // Elle est une femme légère / Elle dit oui toujours toujours / À ce que murmure un amour / En son cœur d’or de primevères. »

Somme d’amour
Magazine Littéraire (11/01/2010), par Jean-Yves Masson

Un constat s’imposera aux historiens de la poésie française moderne : en dépit de l’éclatement des formes et du règne du vers libre, la métrique régulière n’a jamais disparu. Ainsi Jacques Réda, fidèle à la rime, cultive les rythmes les plus divers avec virtuosité. Le sonnet, dans plusieurs ouvrages récents, se porte plutôt bien. Dans le concert de ces poètes qui ne renient pas l’héritage, Maximine occupe une place de choix, conquise depuis L’Ombre la neige (éd. Arfuyen, 1991). Presque toute son œuvre est écrite en poèmes comportant trois quatrains d’octosyllabes à rimes embrassées.

Somme d’amour, qu’elle publie aujourd’hui, est son plus beau livre. Trente-trois de ses cent vingt-huit poèmes sont d’ailleurs en heptasyllabes, et l’on en trouve même un en décasyllabes délicieusement dansants (p. 101). Le petit miracle de ces vers faussement légers, c’est qu’ils se répètent sans jamais lasser. Ils bercent une douleur amoureuse inapaisée, et tracent de celle qui a choisi de disparaître derrière son prénom un autoportrait en amante éperdue, « Belliqueuse », « Parfois chagrine » (les titres des deux premières parties), mais avec de brusques accès de joie portés par des rythmes très purs.

On ne cesse, en la lisant, de tomber sur des trouvailles verbales (« Des étourneaux c’est l’étournelle... ») et des éclairs de grâce (« Si le printemps savait écrire / Il écrirait ce que j’écris »). Anna de Noailles, si injustement méconnue, ou l’enchanteresse Marie Noël ont trouvé en elle une petite sœur.

PETITE ANTHOLOGIE

L’ombre la neige
(extraits)

Restez restez mon étincelle
Nous allons tous et dans la nuit
Vers des aurores dont la vie
Ne nous dit ni comment ni quelle

Légères flammes au grand feu
Il faut allumer les étoiles
Et cette lune astre trop pâle
Pour nous voir et nous aimer mieux

Le vent nous dit notre légende
Il faut apprendre à l’écouter
Les mots qui nous ont tant manqué
Nous ferons notre haute offrande

*

Seule comme toute hirondelle
Un mot noir une page bleue
C’est parler libre qu’elle veut
C’est aller qu’à son gré de ciel

Elle ne veut pas qu’on lui dise
Où c’est la peur où c’est l’amour
Elle n’a d’yeux que pour le jour
Et n’entend que la voix des brises

Et peu lui importe en pleurer
Elle l’aime sa solitude
Et préfère l’incertitude 
À la terre où ne plus rêver

*

Elle dit je t’aime et s’en va
Loin très loin de par la mémoire
Y chercher les mots d’une histoire 
À jamais étrangère à toi

Elle dit je t’aime elle pleure
Et puis sourit quelle importance
On n’a d’amour que son enfance
Et l’on ne vit que bien peu d’heures

Je dis je t’aime et je m’en vais
Seule comme chaque seconde
Seule comme la lune blonde
Est seule en la nuit cigalée


Un Cahier de pivoines
(extraits)

Pivoines cœurs jaillis jetés
Dans les désordres de leur joie
Ce matin ils sont tous à moi
Tous à toi rouges dédiés

Boules de neige de ferveur
Brûlots de soie dans la tenture
Époustouflée de la verdure
Mots rouges La page en a peur

Laisse-moi glaner silencieuse
Cette folle explosion de fleurs
Ces mots déchiquetés à leur
Feu te diront – Je suis heureuse

*

Pivoines gavées – trop de vie
Et vite épuisées – trop d’amour
Époumonnées dans le grand jour
Célébrantes de la folie

Pivoines goulues d’émerveil-
lement affamées de grandeur
La multitude de nos cœurs
Et votre foule sont pareilles

Fripes de bonheur et d’émoi
Les lambeaux d’un même chagrin
Venu cuver dans le jardin
Le vin superbe où il se noie

*

Comme des paquets d’incendie
Déclarés dans le vert placide
Volontaires et fratricides
Elles se flambent seules Si

Leur beauté ne les retenait
Elles propageraient leur feu
Par tous les feuillages peureux
Toute la terre ne serait

Plus qu’une pivoine en colère
Un gros cœur trop longtemps blessé
L’été qui nous a dévastées
Nous le brûleront suicidaires


Au front des sapins
(extraits)

C’est Noël une fois de plus
Comme les années se ressemblent
« Et tant je t’aime que j’en tremble »
Et tant je t’aime… Où donc es-tu ?

C’est Noël une fois encore
Combien m’en reste-t-il à vivre ?
Tous ces sapins ces bateaux ivres
Et dont le ciel serait le port

Petites proues de nos lumières
Tandis qu’au loin contre la nuit
Les frères noirs clament aussi
Battant au vent quelle prière ?…

*

Sapins de capes et d’épées
Sapins alliés de maquisards
Fanaux de nuit dans le brouillard
Les étoiles sont égarées

Mais vous vigiles assignés 
À la défense d’un sous-bois
Vous veillez on ne sait sur quoi
Sur qui… Vous ne déserterez

Jamais vos postes illusoires
Il faut affronter son destin
Vous ne cédez qu’à votre fin
Pour un éclair ou deux bras noirs

*

Sapins rescapés d’un linceul
Brumes à loups crocs de la neige
L’hiver ne sera jamais vierge
Et vous ne serez jamais seuls

Évidents et contestataires
Tous debout contre un même oubli
Verts plus noirs que les bleus des nuits
Poteaux d’une étrange barrière

Ô refus des assauts du blanc !
On dirait les morts enlisés
– Lentement ils se sont levés –
Qui marcheraient vers les vivants…


Somme d’amour
(extraits)


Poèmes Quels brandons éteints
Dans le respect de la lumière
Un mot pour crier un pour taire
Une danse que de la main

Que de la main ? Non c’était l’âme
Celle au monde qui disait non
L’enfant blessé buté que l’on 
Secoue Tu le dis Oui madame ?

Et qui tape Non non et non
Elle est trop laide ta misère
À moi tous les mots de la terre
À chaque page graver Non

*

Prends cette montée d’un lait noir
C’est le plus beau Celui qui dure
Celui du chagrin des gerçures
Celui pour ton âme le soir

Prends cette coulée de silence
Une page C’est ma douleur
Devenue le vin de ton cœur
En ton cœur brûlant la distance

Prends ces mots Ils n’empêchent pas
De pleurer Mais à chaque peine
– Tu veux savoir pourquoi je t’aime ? –
Ils te retiendront dans mes bras

*

Sa force était sa souffrance
Ou l’inverse Qu’en sait-on ?
Fil de joie fil de coton
Brodeuse aux doigts de silence

Et tout un ciel à remplir
Blanc de nuage bleu reine
Fil de coton fil de haine
Un ciel à n’en plus finir

Toute une vie pointilleuse
Il faut que ce soit parfait
Sinon dieu le déferait
Ton long travail d’amoureuse