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Albert et Adolphe MATTHIS

(1874 - 1944)


Albert et Adolphe Matthis sont nés le 27 décembre 1874 au Val-de-Villé (Bas-Rhin).
En 1875 la famille Matthis regagne Strasbourg. Les deux garçons se trouvent en contact avec les enfants d’une petite bourgeoisie commerçante dont ils adoptent l’esprit et la langue. Ils ne négligent pas pour autant d’apprendre le français.
Leurs activités professionnelles se bornent à de menues besognes de bureau. Retirés le soir dans leur chambre commune, ils se livrent à leur passe-temps favori : l’écriture. Mais là encore, loin de toute prétention littéraire. Si, poussés par leurs amis, ils se décident à publier c’est par souscription à prix coûtant et à tirage très limité.
Le 17 juin 1930 Albert meurt d’une longue maladie. A son frère il fait cette seule recommandation : « Ne dérange pas les amis. Tu m’accompagneras seul au cimetière de Saint-Gall où je t’attendrai. »  
Lors de la Deuxième Guerre Mondiale, Adolphe met un point d’honneur à continuer de vivre dans sa chambre du 6, quai Saint-Thomas. Il meurt le 25 mars 1944, huit mois avant l’arrivée des blindés du général Leclerc, et est enterré auprès de son frère au cimetière de Saint-Gall.
Leur œuvre a été distinguée par le Prix Nathan Katz du Patrimoine 2005, Prix qui a donné lieu à un hommage à Strasbourg dans le cadre des 1res Rencontres Européennes de Littérature en mars 2006.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Bois d’oignon

REVUE DE PRESSE

Bois d’oignon
Dernières Nouvelles d’Alsace (25/02/2006), par Antoine Wicker

 Poète et dramaturge de la scène alsacienne la plus moderne, et à soixante-dix ans passés, Gaston Jung traduisant les Matthis rend hommage à l’original et idéal génie dialectal en même temps que strasbourgeois d’Adolphe et Albert.
 Et ne manque pas l’occasion d’inscrire ici dans leur trace l’oeuvre poétique de quelques autres : « Claude, André, Adrien, Conrad, Sylvie », Gaston lui-même, bien sûr. Et chacun en nos jardins a posé sur l’herbe, dit Gaston, une fleur ou une plante qui lui ressemble : « Nathan – puisque de "Prix Nathan Katz" il s’agit – une colchique d’automne, celle qu’Albert nomme du magnifique "fülefüte". Adolphe préfère un coquelicot, Claude aime une ortie noire, André est amoureux d’un pommier en fleur, Adrien s’émeut à la vue du lierre, Conrad se chauffe au soleil-tournesol, Sylvie adore les bouquets d’étoiles et Gaston aime du chardon la fleur bleue. »
 Heureuse façon de saluer de fameux poètes nés un 27 décembre 1874 au Val-de-Villé dans une famille qui allait s’installer à Strasbourg – les jumeaux ne se quitteront pas, ne quittèrent pas le centre-ville, où leur couple composa une silhouette bientôt légendaire : « Vieux garçons quelque peu originaux, vêtus tous deux de même façon, l’oeil brillant ou rêveur sous leurs grands feutres noirs à larges bords », nota Alfred Schlagdenhauffen. « D’un abord craintif et facilement effarouché, dit-il encore. Affables, délicats et d’une politesse exquise ».
 
Oeuvre lyrique considérable, et « inimitable » – ils furent les premiers, dit un jour René Schickele à Maxime Alexandre, à « élever le dialecte alsacien à la hauteur du chant d’Orphée ». Elle désarma durablement aussi tout projet de traduction – une langue trop particulière, au charme trop singulier, pour n’être pas par la traduction essentiellement altérée et dénaturée, tranchèrent les gardiens de ce temple poétique.
 Gaston donc s’y risqua, s’expose aujourd’hui à la critique, s’en remet à un fataliste conseil des jumeaux eux-mêmes : « ne révèle à quiconque ton ambition, contemple ton oeuvre achevée, et si tu en es satisfait, laisse les méchantes langues jaser. »

PETITE ANTHOLOGIE

Bois d’oignon
traduit par Gaston Jung
(extraits)

Aujourd’hui par temps de vent et de tempête,
nous escaladons les quatre escargots
de la tour de la Cathédrale

(...) En bas, place de la cathédrale, des gens
Rampent vers l’église ; vois-tu le vent
Tourner doucement autour de la place du château,
Et le soleil, en vérité, embrase tout
Ce qui est devant nous ; quelle joie nous
Accompagne jusqu’aux quatre escargots
Et embellit la ville des atours les plus beaux,
Comme si elle portait ses habits dominicaux.

Ô vieille ville ! Quel beau blason !
Symbole qui regarde l’avenir en face !
Et garde bien la langue que tes aînés ont –
Avec leurs casquettes – à nous tous léguée ;
Homme-de-Fer, toi, arrose bien le jardin,
Et sème bien le blé pour notre pain,
Et tes fleurs, soigne-les, simples ou raffinées,
Pour en faire un immense bouquet.

Le grand vase de fleurs devant nous est posé,
Certaines de ces fleurs hors du vases sont tombées,
Certaines autres sont déjà couchées sous la terre,
Au Pré Saint-Gall dans le vieux cimetière ;
Il nous attend aussi ce pot de fleurs fêlé,
Pour nous aussi le portail reste ouvert ;
Et vient le temps où pour nous aussi il faut –
Ne plus compter grimper les quatre z’escargots.

*

L’hiver

Le moineau joue du trombone sur les toits,
Le vent pleure comme si tu le pinçais des dix doigts,
Le charbonnier Auguste tape deux notes trop bas,
Et l’oie des neiges souffle dans son harmonica ;
Et les prés et les champs préparent l’accouchement,
Au tas de betteraves grignotent les souris,
Les arbres ont tous des têtes d’enterrement,
Comme Ève jadis chassée du Paradis.
Le froid vient faire ses compliments, tout en
Raccourcissant les jours, les nuits s’allongeant d’autant,
Et le coq se bagarre même avec les canards pour monter,
Malgré qu’il soit rhumatisant, les marches d’escalier ;
Le matou lorgne vers son mollet,
Car l’orteil souffre d’un cor au pied,
Et dans la ruelle enneigée,
Grince le chariot du charbonnier ;
Des cochons d’Inde on taille l’oreille,
Il gèle, on huile ses deux patins pareil,
Luges, moufles et bonnets fourrés,
Sont extraits des armoires camphrées,
Et les garçons glissent sur les flaques gelées,
Leurs bouches fermées sous leurs gros cache-nez,
Car l’automne pour rire l’hiver l’a assommé
D’un grand coup de poing dans le dentier.