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Matière du temps

Proses et poèmes inédits

Postface de Robert Tzakiri

Collection Les Cahiers d'Arfuyen
n°138, ISBN 2845900228

11,5 €

De son vivant Jean Kahn Dessertenne n’a publié aucun des nombreux textes littéraires qu’ils a écrits. Souhaitant toutefois qu’ils soient conservés, il les a, peu de temps avant de se donner la mort, remis à sa compagne. Pour cette première édition, le choix a été fait de ne retenir que l’œuvre poétique. Ont été ainsi laissés de côté tous les textes qui s’inscrivent dans ses recherches philosophiques ou pédagogiques. 

« Je peux toujours rêver, écrivait-il en avril 1970, que mon téléscripteur travaille pour des destinataires à venir. » Trente ans après une disparition brutale, il est temps de lire ces textes tendus, brûlants, qu’animent une belle et rigoureuse recherche de vérité intérieure.

C’est grâce à l’autorisation que nous en ont donné ses fils, le journaliste Jean-François Kahn et le généticien Axel Kahn, que cette œuvre voit enfin le jour. Elle prend place dans le paysage spirituel des écrivains du Grand Jeu, mais aussi d’un Jean-Paul de Dadelsen.

« Ce qui pour moi définissait le mieux le charme de Jean Kahn Dessertenne, écrit Robert Tzakiri, c’est qu’il était sans enchantement. Il y avait dans la présence de cet homme dont la rigueur était sans raideur, quelque chose d’absolu, totalement dénué de magie comme d’artifice. (…)

« Rien d’ésotérique dans cette démarche qui se refusait à conserver au mystère son mystère, mais s’appliquait au contraire à l’approcher, à le cerner, à tenter enfin de le déchiffrer. Sans mystification aucune, comme sans jamais perdre cette candeur du regard qui permet de donner aux anges le bénéfice du doute et d’appeler ainsi leur attention. »

Ces quelques lignes définissent admirablement la soif de lucidité à la fois douloureuse et intransigeante qui marque toute l’œuvre de Jean Kahn Dessertenne. Quelque chose d’absolu, mais sans aucune raideur, sans cette affectation de « savoir » ou de « sentir », de détenir une vérité personnelle, qui nous rend aujourd’hui si pénibles à lire bien des écrivains de cette époque.

Ecoutons les derniers mots de son ultime poème (décembre 1969) : « Certitude : elle couve dans ses veines la joie. / L’impossible est le seul possible. / L’amitié s’avère dans sa ruine. / Si tu entends battre le pouls de ta peine / dans l’imperceptible, / il chante gloire. »

Et quelques années avant, en avril 1963, il avait ces mots, qui ne peuvent manquer d’évoquer Angelus Silesius : « Au fond de la nuit fleurit une rose que je ne peux cueillir ».