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Marie Guyart, dite
MARIE DE L’INCARNATION

(1599 - 1672)

 Marie Guyart est née à Tours en 1599 et morte au Québec en 1672.
 Fille d’un maître-boulanger, une vision lui fait découvrir, à sept ans, sa vocation religieuse. Ses parents décident toutefois de la marier.
 Son époux, maître ouvrier en soie, meurt en 1619, quelques mois après la naissance d’un fils. Elle reprend la direction de la fabrique familiale, au bord de la faillite.
 Dans le même temps, en 1620, elle connaît une première expérience mystique. Par un vœu secret d’obéissance, elle se met au service de sa sœur et de son beau-frère, qu’elle seconde dans la direction de son entreprise de transports.
 En 1625, 1627, puis 1631, elle reçoit trois révélations trinitaires qui la décident à se donner à Dieu. Confiant son fils à sa sœur, elle entre chez les Ursulines qui viennent de s’établir à Tours et devient sous-maîtresse des novices.
 En 1639, elle part implanter la congrégation au Canada. À peine construit, le monastère brûle. Son énergie inlassable, son rayonnement spirituel, mais aussi le don qu’elle a fait de sa vie pour maintenir la chrétienté au Canada, soutiennent la colonie qui, décimée par la guerre iroquoise de 1653 à 1663, reste dans une situation précaire. Frappée de douloureuses maladies, elle meurt à 72 ans. Elle a été béatifiée.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Les Écrits de Tours

REVUE DE PRESSE

Marie de l’Incarnation
Carmel (09/01/2003), par Philippe de Jésus-Marie

 Ces deux petits livres nous permettent d’entrer dans un contact vivant et savou¬reux avec la belle figure de la « Mère de l’Église canadienne », surnommée aussi la « Sainte Thérèse française ».
 Les écrits de l’ursuline Marie de l’Incarnation (1599-1631) révèlent dans une langue simple et splendide une expérience spirituelle exceptionnelle : la plus haute union mystique vécue d’abord dans les agitations du commerce familial puis dans les soucis de la vie apostolique.
 Le recueil Prier 15 jours repose tout entier sur le récit de 1554, écrit de maturité, tandis que les Écrits de Tours nous renvoient aux premiers pas de la bienheureuse dans la vie mystique, à l’heure où, n’ayant pas encore pris connaissance des auteurs spirituels, elle dut se forger son propre langage : un verbe de feu qui chante l’Amour du Dieu Trinité demeurant dans son coeur d’épouse et d’apôtre.

PETITE ANTHOLOGIE

Ecrits de Tours
(extraits)

 Mon ordinaire occupation intérieure ç’a été une vue de l’Être infini de Dieu, comme il est Tout et que nous ne sommes rien.
 Mon cœur était si satisfait en ce Tout, que tout mon plus grand contentement est de quoi je suis rien : ce qui me faisait tenir en une continuelle affection et élan d’amour en cette sorte :
  « Grand merci, Amour, de quoi vous êtes Tout. Ah, que je suis aise de quoi vous êtes Tout et de quoi je suis rien !
 « Si j’étais quelque chose, vous ne seriez pas Tout. Quelle miséricorde est-ce à mon âme !
 « Abîmez ce rien en votre Tout, ô abîme infini d’amour, ma vie et mes délices ! »
 L’on ne peut exprimer l’union qui se fait en l’âme par la vue de ce Tout, tant cela est intime et profond en l’âme qui pâtit tout ce que veut l’Amour.

*

 Mon âme, se voyant comme absorbée dans la grandeur immense et infinie de la Majesté de Dieu, s’écriait :
  « Largeur, ô Longueur, ô Profondeur, ô Hauteur infinie, immense, incompréhensible, ineffable, adorable !
 « Vous êtes, ô mon grand Dieu, et tout ce qui est n’est pas qu’en tant qu’il subsiste en vous et par vous.
 « Ô Éternité, Beauté, Bonté, Pureté, Netteté, Amour !
 « Mon Centre, mon Principe, ma Fin, ma Béatitude, mon Tout... »

*

 Sur l’attrait de la vue des trois divines Personnes, mon esprit se trouva occupé d’une manière que je ne puis exprimer, tant elle fut prompte et subite.
 En un instant, je compris beaucoup, et cette vue fut pour moi toute d’amour, mon âme se tenant collée bien fortement à son Objet, sans pourtant se servir de son propre agir, car elle ne pouvait rien que pâtir ce que voulait l’Objet, qui la tenait parfois dans l’admiration et dans l’adoration.
Mais l’Amour, qui n’est jamais en repos et qui ne peut durer en lui-même, charmait mon âme d’une telle manière qu’elle oubliait, s’il faut ainsi parler, la Majesté quant au respect, mais non quant à la vue.
 Je veux dire qu’étant embrasée d’amour, elle ne pouvait voir qu’amour. Sa vue s’arrêtait à la personne du Verbe, qui était l’Objet de sa passion, et qui ravissait et captivait son cœur par un si doux charme que je ne puis trouver de paroles pour l’exprimer.
 Elle était captive de l’Amour, mais aussi l’Amour était son captif, par un mutuel retour d’union et d’embrassement. Lui seul sait les entretiens de celle qui le tenait ainsi embrassé, et qui recevait aussi de lui la bienveillance de son amour dans un si doux commerce.