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Gabriel MARCEL

(1889 - 1973)

 Gabriel Marcel est né à Paris en 1889. Son père est conseiller d’État et diplomate, sa mère, issue d’une famille de banquiers israélites, meurt en 1893. Il est élevé par sa tante. Il obtient en 1910 une agrégation de philosophie et se dirige vers l’enseignement.
 Durant la guerre, il dirige un service de la Croix-Rouge destiné à retrouver les combattants disparus. En 1919, il épouse la cousine du pasteur Marc Boegner.
 Il commence en 1921 à collaborer à la NRF et y rencontre Charles Du Bos. L’année suivante, il entre aux comités de lecture de Plon et de Grasset. En 1925, une première pièce de Gabriel Marcel, La Chapelle ardente, est mise en scène par Gaston Baty au Théâtre du Vieux Colombier.
 En 1929, il se convertit au catholicisme. Il commence à participer aux Groupes d’Oxford et à recevoir des écrivains chassés par le nazisme, dont Joseph Roth.
 À partir de 1936 se mettent en place les « vendredis », réunions informelles de philosophes et d’étudiants qui ont lieu à son domicile.
 Gabriel Marcel fait la connaissance, en 1940-1941, de Jean Grenier et Edmond Michelet puis, en 1946, rencontre Heidegger à Fribourg.
 De nombreuses distinctions lui sont décernées : en 1949, le Grand prix littéraire de l’Académie française ; en 1952 l’élection à l’Académie des Sciences morales et politiques ; en 1958 le Prix National des Lettres ; en 1969 le Prix Érasme. 
 Il meurt en 1973.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Tu ne mourras pas

PETITE ANTHOLOGIE

Tu ne mourras pas
(extraits)

 Méditation
 
Je me considère comme ayant toujours été un philosophe du seuil, un philosophe qui se tenait, d’une manière assez inconfortable d’ailleurs, sur une ligne médiane, entre les croyants et les incroyants, de façon à pouvoir en quelque sorte s’adosser aux croyants, s’adosser à la religion chrétienne, à la religion catholique, mais de manière à pouvoir parler aux non-croyants, à pouvoir me faire comprendre d’eux et peut-être à les aider.

Je serais enclin à dénier la qualité proprement philosophique à toute œuvre où ne se laisse pas discerner ce que j’appellerai la morsure du réel. J’ajouterai que, dans le développement d’une philosophie, il y a malheureusement presque toujours un point à partir duquel l’instrument dialectique tend à jouer tout seul, c’est-à-dire à vide.

Pour la pensée, il existe une certaine stagnation, semblable à celle d’une eau morte : seulement, la stagnation se dissimule bien souvent sous l’afflux des mots ou, ce qui revient au même, des idées toutes faites, qui ne sont plus véritablement pensées. (...)

La rencontre est un appel,
l’appel est une rencontre

Je coudoie chaque jour dans la rue ou dans le métro des centaines d’inconnus, et ce coudoiement n’est aucunement éprouvé comme rencontre : tous ces inconnus se présentent à nous au fond comme simples corps occupant une certaine place dans l’espace vital où nous avons à nous maintenir et à nous frayer une voie.

Il pourra d’ailleurs suffire de quelque chose qui, objectivement parlant, est un pur rien, pour que ce plan-là soit dépassé ; par exemple, le ton sur lequel sera prononcé une phrase aussi simple que : « Je vous demande pardon », ou le sourire qui l’accompagne, et, aussitôt, jaillira une certaine clarté, qui n’a du reste rien de commun avec celle de l’intelligence, mais qui peut illuminer comme un éclair l’obscurité, c’est-à-dire au fond, avant tout, la solitude où nous avançons comme à tâtons.

Supposons maintenant que nous retrouvions quelques jours plus tard « par hasard » chez une tierce personne, celui ou celle dont le sourire nous avait éclairé, ce « revoir » se présentera à nous comme significatif. Et si on nous fait observer dédaigneusement qu’il y a là une simple coïncidence, nous aurons le sentiment très net, bien qu’injustifiable, que celui qui parle ainsi demeure comme en deçà d’une réalité qui ne se laisse pas réduire au schème élémentaire, valable seulement pour les choses que désigne le mot coïncidence.

Ceci ne veut d’ailleurs nullement dire que nous nous reconnaissons le droit d’édifier une explication en quelque sorte mythologique de cette rencontre, mais seulement qu’elle se situe à un niveau qui est celui de l’intériorité, c’est-à-dire du développement créateur.