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Fray LUIS DE LEÓN

(1527 - 1592)


Luis de León est né à Belmonte, en 1527. Il entre au couvent des Augustins de Salamanque en 1543 et commence des études à l’université.
D’esprit très indépendant voire rebelle, intransigeant voire intolérant, il est aussi pétri d’humilité et de charité. On le retrouve en 1556 lecteur à l’École d’hébreu, puis licencié et maître en théologie en 1560. En 1563, il est nommé définiteur de son ordre.
En 1572, il est traduit, avec d’autres hébraïstes, devant le tribunal de l’Inquisition, à Valladolid, et jeté en prison.
Après une incarcération de cinq années, le Conseil Suprême de l’Inquisition reconnaît en 1576 son entière innocence. Luis de León publie en 1583 un traité de morale ainsi qu’un essai, qui reportent un vif succès. Deux ans plus tard, c’est lui qui est chargé d’éditer et de présenter la toute première édition des œuvres de Thérèse d’Avila.
À partir de 1586, il travaille à la réforme de son Ordre dont il devient Provincial en août 1592. Il meurt le 23 août 1592 dans la province d’Avila, quelques mois avant Jean de la Croix.
Ses poèmes seront publiés en 1631 par le grand poète espagnol Francisco de Quevedo.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Écrits sur Thérèse d ’Avila

PETITE ANTHOLOGIE

Écrits sur Thérèse d’Avila
Traduit par Bernard Sesé
(extraits)


 Des Livres de la sainte Mère Thérèse de Jésus, qui furent imprimées l’année dernière et qui se répandirent dans toute l’Espagne, certains, à ce que j’ai entendu dire, n’en sachant rien de plus, ou pour paraître en savoir plus, ou pour d’autres raisons d’émulation, en ont parlé moins bien qu’il n’eût fallu.
 Quant à la vérité de la doctrine, je ne sache pas qu’ils l’aient prise en défaut ; ils ne la trouvent inconvenante qu’à trois titres ou pour trois raisons seulement.
 Premièrement, parce qu’ils enseignent l’oraison dite d’union, dont ils disent qu’il n’est pas bon de l’enseigner, mais ils ne disent pas pourquoi.
 En second lieu, parce qu’ils contiennent certaines choses trop obscures pour être comprises généralement par tous.
 Troisièmement, parce que la sainte Mère Thérèse y raconte beaucoup de révélations qu’elle eut.
 À ces trois points, je répondrai brièvement.

*

 Quant au premier point, sur l’oraison d’union, pour que l’on voie qu’il n’y a là que calomnie, je présuppose que l’oraison d’union est une suspension de l’âme en Dieu, qui se produit lorsque l’on est en train de prier et de réfléchir avec son entendement, et que Dieu, usant de sa force et de sa lumière, vous rapproche de Lui et suspend la réflexion de votre entendement et embrase votre volonté d’un amour unitif.
 Cela étant ainsi posé, je dis qu’il est vrai que l’on parle de cette union dans ces Livres, qu’on y explique ce qu’elle est et en quoi elle consiste et les bons effets qu’elle produit, et comment l’on reconnaît si elle est authentique, ou si elle est fausse. Si c’est là enseigner, il est vrai qu’ils l’enseignent.
 Mais je demande : cette doctrine, quel tort fait-elle, ou quel inconvénient a-t-elle ? Parce que, s’ils veulent dire, qu’une pareille sorte d’oraison n’existe pas, ils disent une chose des plus fausses et qui va à l’encontre des saints qui en ont écrit, et qui est contraire à la vérité de la foi. Car l’Écriture Sainte constate qu’il y a des oraisons de raptu ou extasi  ; et où il y a cela, il y a ce que nous appelons union.
 Et s’ils disent, si cela leur convient de le dire, qu’il y a bien une pareille union, ils ne pourront pas dire qu’elle est mauvaise, puisque c’est Dieu qui l’accorde ; et si elle a bien lieu, et qu’elle est bonne, comment peut-il être mauvais d’en parler, et d’en montrer les qualités, et d’avertir des illusions qui peuvent se produire sur cette voie, afin que ceux qui l’empruntent ne s’y laissent pas prendre ?
 S’ils disent que les règles ou les préceptes ne servent à rien pour parvenir à cette oraison ; ils disent là une grande vérité, et c’est la première chose contre quoi ces Livres mettent en garde, aussi n’en donnent-ils ni règles ni préceptes. Ils incitent seulement ceux qui pratiquent l’oraison, s’ils veulent parvenir à ce degré, à vivre dans une grande pureté de conscience et à tenir leur cœur détaché des affections terrestres, et à aspirer toujours à ce qui est le plus parfait, ce qui n’est rien d’autre que les préceptes et les conseils de l’Évangile.
 Si donc ce chemin d’union est bon et parfait, il est bon et nécessaire qu’il y ait des livres qui en traitent, et qu’ils en expliquent la nature et les étapes. Quelle raison y a-t-il à condamner un livre, sous prétexte qu’il sert de guide sur un bon chemin ? S’il convient de ne pas l’écrire, cela signifie qu’il convient qu’on n’en sache rien ; et si c’est bien ce qui convient, ce sera donc parce qu’il est bien de ne pas s’en servir : or, personne ne sera assez sot ou ignorant pour oser dire une chose pareille. D’où, à l’inverse, puisque son usage est utile, sa science est nécessaire ; et pour cette raison même profitable qu’elle soit écrite.
 Que ceux qui disent ces choses me disent à qui porte tort la connaissance de cette union ? À ceux qui en traitent ? Non, car ils reçoivent la lumière pour y voir plus clair en cela même dont ils traitent. Ceux qui n’en traitent pas, de ce qu’ils lisent dans ces livres, conçoivent forcément de deux choses l’une : ou une admiration envers Dieu pour les douceurs qu’il accorde aux siens, ou le désir de suivre eux-mêmes ce chemin et de tout laisser en découvrant en Dieu un tel ami ; et ces deux mouvements, comme il est notoire, sont utiles.