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Johannes ECKHART

Les Dialogues de Maître Eckhart
avec Sœur Catherine de Strasbourg

Daz ist swester katrei
meister ekehartes tohter von strâzburg

Traduit du moyen haut-allemand
par Gérard Pfister en collaboration avec Marie-Anne Vannier
Préface de Marie-Anne Vannier

Collection Les Carnets spirituels
n° 26, ISBN 2845900449

16 €
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Trois courts sermons, entrecoupés de longs dialogues. Trois personnages sont en présence : un Ami de Dieu, sœur Catherine de Strasbourg, Maître Eckhart. L’Ami de Dieu a incité la religieuse à prendre Eckhart pour confesseur. Mais la religieuse a des doutes sur sa capacité à l’aider. Et la brave sœur, qui n’a peur de rien, ne se prive pas de le lui dire. Un personnage de femme comme on n’en imagine guère à cette époque, d’une incroyable hardiesse de langage et de pensée !

Voici ses manières : « Que veux-tu faire ? lui demande Maître Eckhart – Je veux laisser honneur et biens, amis et parents, et toute consolation extérieure qui peut me venir des créatures. – Veux-tu me laisser moi aussi ? – Oui, maître. S’il me faut laisser toutes choses, il me faut vous laisser vous aussi. – Ne te lance pas dans cette entreprise. Cela n’est pas donné aux femmes. – Je sais : aucune femme ne peut entrer au ciel à moins de devenir un homme. Mais voici comme il vous faut l’entendre : les femmes doivent faire œuvre d’homme et avoir un cœur d’homme dans toute sa puissance afin de résister aux choses périssables et à elles-mêmes. – Tu t’estimes donc bien forte ! Je voudrais bien voir comment tu pourrais souffrir plus que tu n’as souffert jusqu’ici. – Maître, je peux souffrir tout ce que le Christ a souffert à cause de moi. – Ce ne sont que des mots ! –  Je dis la vérité. »

Et la fois suivante : « Réfléchis encore, lui conseille Eckhart, avant de te lancer dans cette entreprise. – Taisez-vous, épargnez-moi vos paroles ! C’est en me tenant de tels discours que vous m’avez fait obstacle. » 

Sœur Catherine s’en va, revient, repart, et le pauvre Maître Eckhart, toujours assailli de récriminations, doit convenir que cette religieuse bénéficie de faveurs qu’il n’a jamais reçues. « Ah, pauvre homme que je suis, soupire-t-il, comment puis-je m’attirer tant de honte aux yeux de Dieu d’avoir si longtemps porté l’habit religieux et si peu compris des mystères de Dieu ! Je t’en prie, ma chère fille, par l’amour que tu as pour Dieu, expose-moi ta vie et tes pratiques depuis la dernière fois que je t’ai vue. »

Peu de temps après, la voici qui revient : « Seigneur, lui dit-elle un jour, réjouissez-vous avec moi, car je suis devenue Dieu ! » Cette exclamation, très souvent citée, ne fait que reprendre la pensée exprimée en bien des sermons, mais avec une vivacité qui lui donne un tout autre relief. 

C’est en quoi ces dialogues si riches et variés permettent de découvrir Eckhart d’une manière vraiment nouvelle.