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Max de CARVALHO

Les Degrés de l’incompréhension

Photographie de couverture de Magali de Carvalho

Collection Les Cahiers d'Arfuyen , 158 pages, ISBN 978-2-845-90206-0

14 €

Après Enquête sur les domaines mouvants (2007), Les Degrés de l’incompréhension est le deuxième livre de Max de Carvalho que publient les Éditions Arfuyen. Et pourtant avec lui la collaboration est déjà ancienne : c’est lui et son épouse Magali qui ont donné en français les textes de l’admirable poétesse brésilienne Maria Ângela Alvim (1926-1959) sous le titre Poèmes d’août (Arfuyen, 2000). C’est aussi lui qui, sous le titre Le Repos inconnu a rassemblé et présenté les poèmes spirituels d’une moniale dominicaine de Prouilhe (Arfuyen, 2010).

Max de Carvalho est à l’origine de l’aventure de la revue La Treizième, née en 1985. Il a également publié un beau livre d’entretiens sur la voix, Cette soif de l’unité des choses, où il évoque la figure de ses parents. Avant les recueils parus chez Arfuyen, il a publié deux livres de poésie : Adresse de la multiplication des noms (Obsidiane, 1997) et Ode comme du fond d’une autre réalité (L’Arrière-pays, 2007) ainsi que de nombreux livres d’artistes.

La revue de Max de Carvalho, La Treizième, est placée sous l’égide de Nerval, l’auteur des Filles du feu et des Chimères. Sous leur apparente simplicité, les titres des livres de Carvalho sont marqués eux aussi d’une extrême étrangeté : Adresse de la multiplication des noms, Ode comme du fond d’une autre réalité, Enquête sur les domaines mouvants, et aujourd’hui, plus déconcertant encore : Les Degrés de l’incompréhension. Dans leur singularité, ces titres définissent un espace qui lui est propre : un espace où les mots sont incertains, où la réalité est chancelante, où les territoires sont mouvants, où l’intelligence se heurte à une croissante perplexité.

Quand la quasi-totalité des écrivains se proposent de faire partager leur vérité sur le monde, sûrs de leur intelligence et de leur lucidité, Max de Carvalho n’a rien d’autre à offrir à ceux qui le liront que de descendre avec lui les degrés d’une perplexité sans cesse plus déroutante face à toutes choses : notre corps, les choses, la beauté, la souffrance, la mort. Car il est vain et malhonnête de vouloir se dissimuler l’incompréhension radicale que nous avons de tout cela. Les vérités dont nous essayons de nous convaincre ne sont que de piètres mensonges qui ne nous trompent que parce que nous le voulons bien. Parce que nous n’osons pas affronter l’obscurité en face.

Lisons le premier poème de ce livre : « Sans quitter ta demeure/ ni les tiens tu partiras. / Sans t’éloigner tu connaîtras / l’éloignement, dans la plus / grande proximité l’exil, / la solitude en chaque chose / et sur toi ce regard. » Entrer dans l’incompréhension, c’est accepter une sorte d’exil par rapport au confort illusoire dans lequel nous sommes installés. La première partie a pour titre « Sélans », la seconde « Nous allons rompre le cercle ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit : rompre le cercle magique qui nous tient enfermés dans une fausse évidence, dans une aliénation radicale. Et pour cela accepter sans peur de descendre les marches qui nous mènent à l’inintelligence, à l’ignorance, à l’inconnaissance. À la pauvreté d’esprit.