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Gérard PFISTER

Les chiens battus

Collection « Les insoumis » – Poème publié avec fond de page du journal « Le Monde »

Collection Divers

Un cauchemar. Une prophétie. Un appel à témoins. Nous sommes en 1977. Une autre société commence de se construire dans celle de nos pères. Mais qui s’en aperçoit ? Quelques situationnistes, quelques rêveurs.

« Nous en voyions qui n’y pouvaient plus tenir / qui lâchaient tout qui couraient aux quatre coins / du monde comme des bêtes affolées / Nous ne comprenions pas ce qu’ils fuyaient / et eux-mêmes savaient-ils pour oser // Nous sentions bien ce dégoût ce malaise / cette impression de vivre prisonniers d’un mensonge / d’être dupés ne pas savoir l’essentiel / cette impression d’agir bouger parler attendre pour rien / rien de précis tout au moins rien d’avoué. »

Notre société est tout entière mobilisée vers une fin qu’elle ne connaît pas. Qu’elle pressent certes par quantités de signes, de symptômes. Mais à laquelle elle ne parvient pas à donner un nom.

Est-ce seulement l’accroissement de la consommation, de la communication, de la sécurité ? Ou bien y a-t-il une autre quête – inconsciente, irrépressible, inavouable – qui se joue dans tout cela ?

Nous sommes en guerre. Et l’ennemi n’est autre que le plus profond, le plus intime de nous-mêmes. L’ennemi n’est autre que ce sans-nom. Que celui qui refuse obstinément tout nom.
 
« Et les eaux sont toutes cette pieuvre et tous les feux sont ce dragon / ce monstre aux mille bras aux mille têtes que nous combattons / et nos armes et nos sciences et nos efforts ne peuvent rien / contre un ennemi qui sens cesse nous échappe / Nous combattons la jungle nous combattons la mousson / et nos bombes nos avions nos poisons ne peuvent rien / les vents sont son haleine les temps conspirent avec lui / et dans les yeux des morts nous poursuit son regard // Notre vie est tissée de ses jours notre vie est tissée de ses nuits / il nous semble parfois qu’il nous tient en sa main. »