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Thomas TRAHERNE

Les Centuries

The Centuries

Traduit de l’anglais et présenté par Magali Jullien
Préface de Jean Mambrino

Collection Ombre n°8, ISBN 978-2-845-901650

17 €

À la différence d’un John Donne, largement célébré de son vivant, l’œuvre de Thomas Traherne est restée très longtemps inconnue. Pourtant il est peut-être le plus grand des poètes métaphysiques anglais.

Dans sa préface à l’Anthologie bilingue de la poésie anglaise de la Pléiade, Bernard Brugière présente ainsi ce mouvement : «  Aux côtés de Donne, figure dominante du groupe, il faut citer les noms de quatre grands poètes religieux : George Herbert, Richard Crashaw, Henry Vaughan, Thomas Traherne [...] On trouve à la fois chez Traherne un mysticisme hédoniste et un panthéisme radieux […] Dans l’illumination de l’Innocence (originelle ou retrouvée), l’antique lumière de l’Éden baigne le monde actuel et l’âme du poète. Le Paradis est ici et maintenant, nullement un rêve lointain. [...] Traherne rejoint Nicolas de Cuse lorsqu’il célèbre l’inclusion du macrocosme dans le microcosme (ou leur identité), mais il fait pressentir de même l’idéalisme magique, l’intériorité infinie de Novalis, l’’’innocence’’ de Blake, la gloire de l’enfance auréolée de la vie antérieure telle que nous la dépeint Wordsworth »

L’œuvre de Traherne est encore quasiment inconnue en France. Le seul volume traduit est dû au philosophe Jean Wahl. Il s’agit des Poems of Felicity traduits sous le titre Poèmes de la félicité, aux Éditions du Seuil (1951, 144 pages). Les Centuries of Meditation sont le chef d’œuvre de Traherne. Elles comprennent quatre Centuries de cent méditations plus la dernière qui n’en contient que dix. Traherne est mort à l’âge de trente-sept ans et il est vraisemblable que les Centuries aient été écrites entre à la toute fin de sa vie. 

Dans les Centuries plus encore que dans ses textes précédents, Traherne vise avant tout la simplicité, une transparence et une immédiateté qui puisse s’approcher de la « Vérité Nue ». Son écriture rappelle Angelus Silesius par la fulgurance de l’aphorisme, Jean de Ruysbroeck par l’assurance tranquille de l’affirmation et Maître Eckhart par la profondeur de l’expérience et le style imagé.
Dès la première phrase est affirmée une autorité fondée sur une réelle et profonde humilité : « Un Livre Vierge est comme l’Âme d’un Nouveau-né dans laquelle on peut tout Écrire. Elle est Réceptive à tout mais ne contient Rien. J’ai un Esprit pour le remplir de Précieuses Merveilles. Et puisque l’Amour vous a conduit à me le mettre en Mains, je le remplirai de ces Vérités que vous Aimez sans les Connaître et de ces Choses qui, s’il est Possible, témoigneront de mon Amour » (I, 1). 

Les passages les plus saisissants sont ceux où Traherne évoque la vision extatique de son enfance au beau milieu du pays de Galles verdoyant : « Tout apparaissait Neuf et Étrange au début, ineffablement rare, et Délicieux, et Beau. J’étais un petit Étranger et à mon Entrée dans le Monde j’étais Salué et Entouré de Joies innombrables. Ma Connaissance était Divine » (I, 5).