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Alain SUIED

Le premier regard

suivi de L’enjeu du poème

Collection Cahiers d'Arfuyen n°100, ISBN 2908825414

11,43 €
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 Retouver le Réel en-deçà de ce que nous croyons savoir, d e ce que nous croyons être, Alain Suied poursuit cette quête avec une rigueur inlassable. Car le poème n’a pas d’autre enjeu que celui-là. Il s’agit de retrouver le regard d’avant le savoir, avant l’oubli. Le tout premier regard : « Les yeux sans vision / l’appel sans parole / du nouveau-né / rencontrent le monde / dans le premier regard. // Souviens-toi / et l’énigme se déplie. // Dans la demeure d’un seul sourire / tu habites l’inespéré. »
 Il n’est pas d’autre espace pour retrouver le Réel que cet espace intérieur, antérieur où nous sommes à jamais l’enfant que nous avons été. Masi nous l’oublions sans cesse, possédés que nous sommes par le langage : « Le langage nous ment, rappelle Alain Suied. Le poème doit tenter d’approcher le lieu insituable, informulable, le moment sans objet où la vérité détournée par le langage revient par la distance même qui nous en séparait. Le langage nous éloigne du monde. Le poème doit tenter de nous rapprocher de l’innocence du premier regard que nous portions sur les objets du monde. La fugace réalité que nous renvoie le langage s’enracine dans le Symbolique. Le poème doit tenter de fixer et de transmettre le réel induit par les mots incertains. Hors du langage ? Non. A partir de son silence même. »
 Tel est le sens de ce livre sur en quête du « premier regard ». Non pas l’orgueilleuse révélation d’une vérité, non pas la construction craintive d’une idole. Mais la lucidité douloureuse et sereine du retour à la nudité première, à l’émerveillement originel. C’est aussi ce que dit l’admirable texte de célébration d’Alain Suied : « Être que je dévoile et qui m’efface / ô pur instant vierge et virtuel / ô matière et mystère / je te célèbre // sans prière apprise / sans regret taciturne / sans joie feinte / je te célèbre // pour l’innocence / pour le Royaume d’un regard / pour l’horizon sans distances / je te célèbre // je te célèbre parce que / tu n’existes / que dans le souffle meurtri / de nos rêves et de nos défis. »