Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Nicolas BARRÉ

Le Cantique spirituel

suivi de Lettres spirituelles

Préface de Brigitte Flourez

Collection Les Carnets spirituels
n°31, ISBN 284590052X

16 €

« Cette contemplation obscure, / qui ne se petit dire ou savoir, /Où l’âme ne saurait rien voir / que nuit, nuage et clôture, / Simple, aride et pure union /divine, active passion, / Saint étouffement de lumières, / trêve d’actes et de discours, Sacrements, énigmes, mystères, / et imperceptibles amours. »

Le Cantique spirituel de Nicolas Barré est un pur chef-d’œuvre de la poésie mystique, comparable au Grain de sénevé d’Eckhart ou aux poèmes de Jean de la Croix. Ce chef-d’œuvre est pourtant jusqu’à ce jour resté pourtant presque inconnu. 

Comment l’expliquer ? D’abord, très généralement, le peu d’intérêt, en France, pour la littérature d’inspiration religieuse. Mais aussi, dans le cas présent, le fait que ce texte soit resté jusque très récemment totalement inédit.

Conservé aux archives départementales de Rouen, ce texte a été publié dans les Œuvres complètes, de Nicolas Barré (Cerf, 1994) et il paraît ici pour la première fois en volume séparé. Faut-il y voir une manifestation de la méfiance des théologiens à l’encontre des écrits mystiques ? Cette méfiance, Nicolas Barré l’a lui-même regrettée en son temps : « On combat à présent la théologie mystique, écrit-il, faute de s’entendre. Elle est néanmoins plus connue que jamais, mais elle est mal comprise bien souvent, et quelquefois mal pratiquée. L’abus d’une chose bonne en soi ne la rend pas mauvaise ni condamnable. »  

Texte singulier, en effet : alors que la spiritualité française de cette époque est fortement centrée sur la personne du Christ, aucune de ses 46 strophes n’y fait référence. Une lettre de Nicolas Barré, qui cite un passage du Cantique spirituel, nous en donne l’explication. Ce long poème est une tentative pour exprimer l’indicible : la rencontre de l’âme avec son Dieu. Or Jésus n’en est que le chemin, car, écrit-il, « la fin du mystère de l’Incarnation est de diviniser l’homme ». 

On ne peut manquer de noter une parenté de ses écrits avec ceux des Maîtres Rhénans. Les avait-il lus ? Probablement, car les Minimes avaient entrepris la traduction des écrits de Jean Tauler et Nicolas Barré, professeur de théologie et longtemps bibliothécaire du couvent des Minimes de la place Royale, à Paris, ne pouvait ignorer l’œuvre du dominicain. Il connaissait également les œuvres de Jean de la Croix et de Thérèse d’Avila et du Pseudo Denys.

Terminons sur une autre citation où apparaît très nettement ce que Nicolas Barré doit à la grande tradition des Rhénans et du Carmel : « Il voit, sans voir et sans connaître ; / il contemple, sans contempler ; / Il dit beaucoup, mais sans parler / et il est, sans se sentir être. / Dieu vit en lui, et lui en Dieu ; / Il est son centre et son milieu, / Il se laisse agir à sa grâce ; / il possède sans posséder, / Dieu semble opérer en sa place / et faire bien plus que de l’aider. »