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Pär LAGERKVIST

(1891 - 1974)

 Pär Lagerkvist est né en 1891, à Växjö, petite ville entourée de forêts, où son père était chef de gare.
 Il interrompt ses études en 1913 pour aller à Paris où il découvre le cubisme, le futurisme et l’expressionnisme. Il passe les années de guerre au Danemark, puis effectue de nombreux séjours en France et en Italie.
 Ce n’est qu’en 1933, à plus de quarante ans, qu’il publie son premier grand roman, Le bourreau. Cette nouvelle oeuvre de romancier lui vaut de recevoir en 1951 le prix Nobel.
 Malgré les honneurs, Lagerkvist garde dans son existence la même simplicité que dans ses livres, simplicité puisée, disait-il, dans les chansons tribales africaines et les hymnes aztèques.
 « Croyant sans foi ou athée religieux », comme il se définissait lui-même, Pär Lagerkvist est mort en 1974.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Pays du soir

1° éd.


Pays du soir

2° éd.


REVUE DE PRESSE

Pays du soir
Nouvelle Revue Française (04/01/2006), par Gérard Bocholier

C’est en 1953 que Pär Lagerkvist, qui avait reçu le prix Nobel de littérature deux ans auparavant, fit paraître Pays du soir. Cette édition française complète, dans une traduction de Gunilla de Ribaucourt, nous permet de prendre toute la dimension spirituelle de ce poète suédois qui se disait « un croyant sans foi ou un athée religieux ».
 Toutes les pages, en effet, s’adressent, directement ou non, à « l’incompréhensible » qui « embrase (l’)âme » et qui est peut-être l’étranger au bout de la route ou le feu des astres « dans le vide infini ».
 Pär Lagerkvist ne fait pas entendre de cris de désespoir ou de révolte, mais un chant, parfois nostalgique, souvent interrogatif, hésitant entre reconnaissance et appréhension. La question même de ce qu’il est, et qui bientôt ne sera plus, le poursuit.
 Qui suis-je ?
 Comme la flexion d’un brin d’herbe sous le vent. 
 Lorsqu’il se relève rien ne s’est passé, absolument rien.

 À cette question, il peut parfois répondre :
  Je suis un nuage, un nuage dans le ciel au-dessus de la terre. 
 Je fus en cette matinée merveilleuse et vais bientôt être effacé. »

 Mais le poète sent que cette question renversée est un peu la même et que le lien entre l’humain et le divin demeure un mystère inépuisable :
 Qui es-tu qui remplis mon aeur de ton absence ? 
 Qui remplis la terre entière de ton absence ?

 C’est sur ce lien, tendu entre clarté et ténèbres, que Pär Lagerkvist nous amène à méditer ici. Nous en ressentons souvent, grâce à lui, la douceur infinie.

Pays du soir
Bulletin Critique du Livre Français (01/01/2006), par -

 Voici une fort belle édition du dernier recueil de poèmes de l’un des rares prix Nobel de littérature suédois, Pavs dit soir. La personnalité de ce « croyant sans foi » (belle formule que l’on aimerait voir plus partagée, à une époque où la foi justifie de nouveau toutes les barbaries) s’y exprime en toute liberté et dans la plénitude de la maturité. L’angoisse y est peut-être moins soulignée qu’à l’époque du recueil éponyme (1916), mais elle est toujours sous-jacente.
 Pär Lagerkvist aura toujours été en quête (de vérité et de beauté) sans que cela implique de sa part un recul facile par rapport à la réalité et un refus des prises de responsabilité, et donc un exemple pour ses frères humains. Ici, sa voix est épurée, apaisée, songeuse. C’est le triomphe de l’intériorité en ce qu’elle a de plus digne et émouvant. Le texte étant connu dans des versions précédentes, il faut surtout vanter l’entreprise éditoriale : une typographie et une mise en page aérées permettant à chaque poème de respirer, préface et postface, repères biographiques et bibliographiques précis et détaillés.
 La présentation bilingue est la règle dans cette collection, mais ce n’est pas une raison pour en passer le mérite sous silence. L’entreprise présente toujours un certain risque pour le traducteur, exposé à un contrôle public permanent. Le lecteur pourra ainsi chicaner sur le choix de tel ou tel mot. Il n’y a pas lieu de le faire ici, la version française est belle et fidèle, elle respecte le rythme et les inflexions de l’auteur, ce qui n’est jamais facile dans le cas d’une langue dépouillée, contrairement à ce que pensent peut-être ceux qui n’ont pas l’expérience de ce genre de travail d’orfèvre.
 Si l’euphonie profonde et poignante de la langue suédoise – capable d’évoquer sans énoncer ni passer par les concepts – peut faire défaut aux familiers du poète dans sa langue originale, c’est qu’à l’impossible nul n’est tenu et la présentation bilingue est là pour remédier le plus possible à cette perte inhérente au génie respectif des langues.
 Au total, un très beau travail et une réussite éditoriale dont il convient de féliciter tous les responsables et qu’il faut reconunander à tous les amateurs de poésie et de belle littérature hors des sentiers battus (des avenues) de la mode médiatique.
 

PETITE ANTHOLOGIE

Pays du soir
traduit par Gunilla de Ribaucourt
(extraits)

Je voulais savoir
mais ne pus qu’interroger,
je voulais la lumière
mais ne pus que brûler.
Je demandais l’inexprimable
et ne pus que vivre.

Je me plaignis.
Mais personne ne me comprit.

*

Ma nostalgie n’est pas mienne.
Elle est vieille comme les astres.
Un jour, comme eux,
née du Néant,
du vide illimité.

Le bruissement des arbres,
le roulement de la vague sur le rivage,
les hautes montagnes au loin –
éveillent ma nostalgie.
Mais non pour une chose d’ici.
Pour une autre chose infiniment lointaine,
et d’il y a très, très longtemps –

Longtemps avant la mer, avant les montagnes, avant les vents –

*

Un étranger est mon ami, quelqu’un que je ne connais pas.
Un étranger loin, très loin.
à cause de lui mon cœur est en détresse.
Parce qu’il n’est pas près de moi.
Parce que peut-être il n’est pas ?

Qui es-tu qui remplis mon cœur de ton absence ?
Qui remplis la terre entière de ton absence ?