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Claude de LA COLOMBIÈRE

(1641 - 1682)

 Né dans le Dauphiné en 1641, mort à Paray-le-Monial en 1682, il entre chez les Jésuites et fait ses études de théologie à Paris. Dans le même temps, il est précepteur des enfants de Colbert.
 Nommé supérieur du collège de Paray-le-Monial, il devient le confesseur des Visitandines de la ville, parmi lesquelles la future sainte Marguerite-Marie Alacoque. Au cours de ses visions, le Christ demande à celle-ci de lutter contre l’indifférence des hommes et de répandre la dévotion au Cœur de Jésus.
 Témoin de la sainteté et de l’équilibre de la religieuse, le Père de la Colombière est convaincu de l’authenticité des apparitions et en rédige le récit.
 Envoyé en Grande-Bretagne, il est pris dans la vague de persécutions contre les catholique et jeté en prison en 1678. Sa santé en est durablement affecté.
 De retour à Paray-le-Monial, il y meurt à quarante ans.
 

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

La Vaine gloire

REVUE DE PRESSE

La Vaine Gloire
Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques (06/01/2002), par J.-P. Jossua

 L’ouvrage de Claude La Colombière, belle figure de jésuite qui encou¬ragea Marguerite-Marie, laquelle, à son tour, l’éclaira sur lui-même et lui permit de s’affronter avec confiance à une certaine passion de la « vaine gloire » dont le présent opuscule apprend à se délivrer. Il se compose d’une exhortation adressée à des hommes, « La vaine gloire », et d’un ensemble de notes intitulées « La retraite de Londres ».
 Ce sont de beaux textes qui ont une dimension de confession ou d’autobiographie spirituelle, surtout le second. Il y a sans doute quelque chose de très daté dans le goût de la « vaine gloire », au sens où il en parle dans une langue admirable, mais bien des transpositions seraient possibles aujourd’hui du côté du pouvoir, de l’argent et de l’image médiatique, sans oublier la jeunesse (perpétuelle) de la femme et la vanité masculine. De bons chapitres évoquent aussi avec acuité les illusions que l’on peut se faire sur le jugement d’autrui à son propre sujet.

PETITE ANTHOLOGIE

La Vaine gloire
(extraits)

Voulez-vous savoir ce que vous pouvez attendre de ceux à qui vous tâchez de plaire ? Voyez un peu ce que les autres ont gagné auprès de vous.

Vous n’êtes pas seul qui soyez affamé de vaine gloire : presque tout le monde court après le même fantôme. Avouez-moi que, si vous n’avez obtenu jusqu’ici de ceux qui vous environnent qu’autant d’estime que vous leur en aviez donné, ce n’était pas la peine de prendre tous les soins que vous avez pris. Or, sachez donc que c’est tout au plus la même chose ; que c’est beaucoup, si vous êtes dans l’esprit des autres ce qu’ils sont eux-mêmes dans votre esprit.

Nous croyons donner en toutes rencontres des preuves d’un mérite fort singulier. Mais, croyez-moi, c’est que nous estimons beaucoup ce que nous faisons. Il y a mille gens très médiocres en toutes choses qui se persuadent qu’ils ne font rien qui n’ait un caractère particulier d’excellence, et qu’il n’est pas jusqu’au moindre mouvement de leur corps qui ne les distingue du commun des hommes.

De plus, croyez-vous qu’on prenne garde à tout ce que vous faites pour vous faire remarquer ? Ignorez-vous que chacun ne pense qu’à soi et ne s’occupe que de soi-même ; que tel, que vous croyez spectateur, joue la comédie de son côté et croit que vous le considérez ? Quel sujet de risée ne donnons-nous pas au démon ?

 Il arrive très souvent que dans toute une assemblée nul ne prend garde à ce que les autres font, quoique chacun en particulier se persuade qu’il attire tous les regards, et que, dans cette pensée, il n’y ait personne qui ne tâche de bien jouer son personnage, qui ne fasse, force grimaces pour arrêter les yeux de ces, prétendus admirateurs.

Que si enfin on s’aperçoit de vos actions, il est bien dangereux qu’on ne s’aperçoive aussi du motif qui nous fait agir. Il est difficile de couvrir longtemps un grand désir de plaire ; on n’est pas toujours sur ses gardes ; la passion a mille issues secrètes par lesquelles elle se produit malgré nous et lorsque nous y pensons le moins. Or, vous savez bien le mépris qu’on a pour tous ceux qui veulent être loués et qui n’ont point d’autres vues que celle-là.

Il est étrange, mais il est vrai toutefois, que pour ne déplaire pas au monde, il faut lui cacher le dessein qu’on a de lui plaire. Il ne considère que ceux qui ne font rien à sa considération. Vous avez beau travailler pour lui, s’il reconnaît que c’est pour lui que vous travaillez, il se tient quitte de tout ce qu’il pourrait vous devoir pour vos services.