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Jean-Paul de DADELSEN

La Beauté de vivre

Poèmes et lettres à l’oncle Éric

Témoignages de Nathan Katz,
Erik Jung (l’oncle Éric) et Christian Lutz
Préface de Gérard Pfister

Collection Les Cahiers d'Arfuyen
n°207, ISBN 978-2-845-90186-5

12,5 €

Cette année 2013 sera célébré dans le cadre des manifestations d’« ÉCRIRE L’ALSACE », organisées par les 8es Rencontres Européennes de Littérature, le centenaire de Jean-Paul de Dadelsen (1913-1957), grand Européen et éminent Alsacien. Publié en Poésie-Gallimard, Dadelsen est devenu aujourd’hui, comme son ami Camus ou leur contemporain Gérard Philippe, une sorte de mythe, tant sa vie brève est marquée par l’extraordinaire.

Inclassable par ses origines (allemandes, suisses, voire danoises) : « nous autres en Alsace, écrit-il, on est celtique il n’y a pas à dire on est celtico-germano-romano – (et donc aussi égypto-syriaco-illyrio-ibério-dalmato-partho-soudano-palestinien) – français comme Minuit chrétiens et au-dessous d’un certain niveau de bourgeoisie catholiques comme un seul homme ».

Inclassable comme homme d’action, à la manière d’un Malraux ou d’un Gary. Passé en Angleterre, il s’engage dans les Forces Françaises Libres. Correspondant de Combat à Londres, il a sa chronique régulière à la BBC. Il travaille à Genève avec Denis de Rougemont au Centre Européen de la Culture.?Dans le même temps, il est conseiller de Jean Monnet pour le pool Charbon-Acier à Luxembourg. Marié à une anglaise, il est aussi familier de la littérature anglaise que de la culture allemande.

Inclassable enfin par son destin littéraire. Depuis toujours destiné à l’écriture, ce n’est que deux ans avant sa mort qu’il commence vraiment à écrire, avec le Bach en automne, publié dans la NRF. En janvier 1957 apparaissent les symptômes d’une tumeur au cerveau. Jonas paraît chez Gallimard en 1962 dans un format spécialement créé pour ne pas couper ses vers. Dans sa préface, Henri Thomas souligne le paradoxe de cet écrivain : « Jean-Paul de Dadelsen, qui lisait tout et entrait partout, n’est peut-être pas entré trois fois dans le bureau d’une revue littéraire. » 
 Sur cet homme extraordinaire, il n’existe actuellement que deux livres. Le Jonas en Poésie-Gallimard (reprenant l’essentiel du Goethe en Alsace publié par Le Temps qu’il fait en 1982) et le livre d’Évelyne Frank, Jean-Paul de Dadelsen, la sagesse de l’en-bas, publié par Arfuyen en janvier 2013. Aucun d’eux ne fournit d’éléments bio-bibliographiques. Comment s’expliquer le silence de toute une vie et la soudaine maturité de ce poète qui va mourir sans avoir publié un seul livre ? Il y a là un cas limite pour comprendre certains ressorts et difficultés du chemin de vie d’un poète. 

La revue Saisons d’Alsace avait consacré en 1962 à Dadelsen un dossier dans lequel étaient présentés des extraits de lettres à « l’oncle Éric ». Baptiste-Marrey y avait fait référence dans sa postface à Goethe en Alsace. Le « Dossier de l’oncle Éric » avait ensuite disparu. Nous avons eu la grande chance d’accéder à ce dossier unique, qui comporte une vingtaine de lettres de 1929 à 1936 et à peu près autant de poèmes. Nous y avons ajouté le beau Poème pour la naissance de Jean-Louis Hoffet (1934). Ces « Poèmes et lettres » sont précédés de témoignages de Nathan Katz, d’Erik Jung (l’oncle Éric) et de Christian Lutz et suivis d’un document inédit très émouvant : le curriculum vitae établi par Dadelsen dans les toutes dernières semaines de sa vie. On y ajouté une biographie détaillée et une bibliographie complète.

Tous ces textes ont pour intérêt essentiel de permettre une approche profondément renouvelée du destin de Jean-Paul de Dadelsen. Ils sont introduits par une longue étude de Gérard Pfister, « Comment devient-on poète ? », qui constitue le premier essai approfondi pour comprendre l’itinéraire singulier de l’auteur de Jonas. Une lecture en parallèle avec les écrits intimes de son ami le tout jeune Guillevic datant de ces mêmes années 30 ainsi qu’un examen attentif des poèmes de Dadelsen sont à cet égard tout à fait éclairants.