Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Johannes Scheffler, dit
Angelus SILESIUS

L’errant chérubinique

Der cherubinische Wandersmann, suivi de Silesius à Strasbourg, par Gérard Pfister

Traduit de l’allemand et présenté par Roger Munier
suivi de Silesius en Alsace par Gérard Pfister
Bilingue allemand-français

Collection Ivoire
n° 2, ISBN 2908825260

20,58 €

Cet ouvrage est épuisé. Il a été réédité en 2014 dans la collection « Ombre ».

Une anthologie de l’œuvre poétique d’Angelus Silesius a été publiée pour la première fois par Roger Munier chez Denoël en 1970, avec une préface de Roger Laporte. Pour la présente réédition, Roger Munier l’a entièrement remaniée et enrichie de nouveaux textes. Sur les 1676 distiques, quatrains ou courts poèmes du mystique baroque, 505 sont ici proposés au lecteur français. Le choix est donc assez large. Il est aussi orienté. D’une création souvent didactique et même catéchétique, n’ont été retenus que les aphorismes dont la profondeur autant que la beauté éclate par elle-même, comme indépendamment de tout contexte. 

Leibniz, dans sa Théodicée, range Silesius parmi ceux « dont les pensées extraordinairement audacieuses, remplies de comparaisons ardues... confinent à l’impiété ». Cette tension hardie dans l’approche du mystère tant de Dieu que de l’homme, nous parle aujourd’hui avec une étonnante proximité. C’est ce que Roger Munizer a voulu souligner, entre autres, par une traduction nouvelle du titre. On a coutume de rendre Cherubinischer Wandersmann par Pèlerin chérubinique. Mais Wandersmann n’a pas le sens premier de pèlerin, qui se dit en allemand Pilger. Wandersmann n’évoque rien d’autre que la marche, le cheminement, les voyages. Il est certes chérubinique et pur, cet homme en route, mais ce n’est d’abord qu’un homme en route. Son aventure est celle de tout homme en quête et voué à l’errance, à cette marche extatique dans le temps qui fait de l’âme, selon l’expression même de Silesius, « la tente errante de Dieu »

« Peut-être le moment est-il venu, écrit Roger Munier dans sa préface, d’interroger autrement l’expérience mystique, en la prenant comme au ras d’elle-même, hors de sa nécessaire inscription dans le cadre d’une orthodoxie religieuse, à laquelle souvent d’ailleurs elle échappe, en quelque sorte en la profanisant. L’approche religieuse est partie intégrante de la recherche humaine.. Elle projette souvent sur l’essence de l’homme une lumière incomparable. » Pour ce qui est du texte allemand, il suit celui de l’édition de 1675 – la seule complète – corrigé pourtant, ici et là, par celui de l’édition princeps de 1657, souvent d’une meilleure venue. Dans la présentation, Roger Munier a gardé celle des six Livres dont l’oeuvre se compose, sans prétendre à un autre ordre que celui, très libre, de Silesius lui-même.

Le bref essai de Gérard Pfister qui suit les traductions de Roger Munier évoque l’épisode trop peu connu du séjour de Silesius à Strasbourg au cours duquel il a pu se familiariser avec la mystique de Tauler (qu’il cite fréquemment).