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Johannes Scheffler, dit
Angelus SILESIUS

L’errant chérubinique

NOUVELLE ÉDITION

Traduit de l’allemand et présenté par Roger Munier
Postface de Gérard Pfister
Édition bilingue allemand-français

Collection Ombre
n°11, 256 pages, ISBN 978-2-845-90204-6

17 €

Avec le concours notamment de spécialistes tels que Alain de Libera, Roger Munier, Marie-Anne Vannier, Rémy Vallejo, Francis Rapp, Éric Mangin ou Jean Moncelon, les Éditions Arfuyen ont publié de nombreux ouvrages consacrés à la mystique rhénane : de Jean Eckhart à ses célèbres successeurs Jean Tauler, Henri Suso, Jean de Ruysbroeck ou moins connus comme Ami de Dieu de l’Oberland, Rulman Merswin, Anonyme de Francfort, ou plus lointains comme Gerlac Petersen, Nicolas de Cues ou Angelus Silesius.

Depuis quarante années qu’Arfuyen a commencé de travailler dans ce domaine, l’intérêt du public pour la mystique rhénane n’a cessé d’aller croissant. De tous ces auteurs, Maître Eckhart est évidemment celui dont la forte personnalité spirituelle et philosophique fascine le plus et dont le prestige a franchi toutes les barrières culturelles et religieuses pour s’imposer comme une référence universelle. Mais, malgré la multiplication des traductions, la lecture d’Eckhart n’est pas d’un accès aisé tant son écriture est remplie de références scripturaires et scolastiques qui peuvent déconcerter le lecteur d’aujourd’hui.

C’est pourquoi s’est imposée aux côtés de Maître Eckhart la figure d’un écrivain inclassable, Angelus Silesius, « l’Ange de Silésie », poète mystique et personnage extravagant, qui, écrivant trois siècles après Eckhart et de tempérament pourtant fort différent, réussit, dans de très brefs et tout simples distiques, à nous livrer la pensée du maître thuringien avec une force et une acuité proprement stupéfiantes.
Toute la difficulté est ensuite de traduire ces distiques avec la même force et acuité qui se trouve dans l’original. Beaucoup s’y sont essayés en tant que théologiens ou érudits. Aucun n’y est parvenu avec la même réussite que Roger Munier, lui-même philosophe et poète.

La traduction de Roger Munier a été publiée pour la première fois en 1970 chez Denoël. Elle a été très largement remaniée et complétée dans la l’édition définitive réalisée par Arfuyen en 1993. C’est cette édition, devenue presque introuvable, qui est aujourd’hui présentée au public dans la collection Ombre (où ont déjà paru deux ouvrages introuvables de Jean Tauler). Le choix de Roger Munier n’a pas été de donner l’intégralité des 1676 textes de Silesius, dont la forme est assez variée et la qualité inégale. Il a préféré ne retenir que les quelque 500 textes dont la portée est le plus universelle, au-delà d’un contexte historique qui marque de nombreux poèmes de Silesius d’une intention didactique voire catéchétique.

Leibniz range Silesius parmi ceux « dont les pensées extraordinairement audacieuses, remplies de comparaisons ardues… confinent à l’impiété ». Roger Munier voit dans cette « cette tension hardie vers les confins dans l’approche du mystère tant de Dieu que de l’homme » un appel qui, étrangement, semble nous être directement adressé, bien que venant d’une voix qui a retenti voici plus de trois siècles. C’est cette modernité que Munier a voulu souligner par une traduction nouvelle du titre : on avait coutume, en effet, de rendre le mot Wandersmann par le français « pèlerin ». Mais « pèlerin » se dit en allemand Pilger (Silesius emploie d’ailleurs Pilger à plusieurs reprises). Wandersmann n’évoque rien d’autre que la marche et le cheminement. Ce dont nous parle Silesius, c’est avant tout de l’homme en quête et voué à l’errance, à cette marche extatique dans le temps qui fait de l’âme « la tente errante de Dieu » (IV, 219) et qui nous concerne tous, à des degrés divers.
Pour mémoire, rappelons qu’un autre ensemble de traductions, orienté vers des textes plus spécifiquement théologiques et spirituels, est disponible chez Arfuyen sous le titre Un chemin vers la Joie (Les Carnets spirituels, bilingue).