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John KEATS

(1795 - 1821)


John Keats est né le 31 octobre 1795 à Finsbury. Sa mère était la fille d’un tenancier d’auberge à Londres. Son père, d’origine plus modeste encore, occupait grâce à ce mariage un emploi de maître d’écurie dans cette auberge. Malgré leur peu de moyens, ses parents l’inscrivent dans une école privée dont l’atmosphère libérale jouera un rôle très bénéfique sur son éveil intellectuel.
Keats perd son père, victime d’une chute de cheval, alors qu’il n’a que huit ans, en 1804. Le remariage de sa mère, moins de deux mois après ce décès, marquera durablement le jeune Keats. Ce n’est que quelques mois avant d’être frappée par la tuberculose que la mère de Keats se réconcilie avec ses enfants.
Un an après la mort de sa mère en 1810, Keats entre chez un chirurgien pour y apprendre la médecine. Son apprentissage terminé, il entre en 1815 dans un hôpital comme élève stagiaire en chirurgie. Il ressent de plus en plus vivement le conflit entre ses études médicales et sa vocation littéraire.
Le 4 mai 1816 paraît en revue son premier poème, « Solitude » encore très marqué par l’influence de Wordsworth, dont les œuvres viennent tout juste de paraître. À la veille de ses 21 ans, il prend la décision d’abandonner la médecine et de se consacrer entièrement à la poésie.
Les quatre années qui suivent montrent une extraordinaire maturation de l’art et de la personnalité de Keats. Il étudie avec passion les œuvres de Milton et de Spenser et multiplie les voyages. En juillet 1818, Keats entreprend un long périple dans la région des Lacs et à travers l’écosse. Une grande partie de ce circuit est effectuée à pied : « C’est ici, dit-il, que j’apprendrai la poésie. »
Son frère Thomas est atteint par la tuberculose, comme leur mère. Durant les trois derniers mois de 1818, Keats se consacre à soigner son frère. C’est à son chevet qu’il commence d’écrire son grand poème, Hyperion. Thomas meurt le 11 décembre 1818. Les mois qui suivent seront la période de création la plus intense de Keats. En neuf mois, sont menées à bien des œuvres aussi importantes que The Eve of St Agnes (février 1819), l’Ode to Psyche, La Belle Dame sans merci (avril) et l’Ode to a Nightingale.
C’est aussi en 1819 que Keats fait la connaissance de Fanny Brawne, âgée de 18 ans, qui s’installe dans l’autre aile de la maison qu’il habite à Hampstead. Une relation très forte se développe rapidement entre eux. De crainte que son amour pour Fanny ne le détourne de l’écriture, Keats quitte Londres trois mois durant l’été 1819.
L’automne 1819, Keats reçoit des nouvelles alarmantes de son frère George qui rencontre en Amérique de graves difficultés financières. Il doit lui-même se résoudre à écrire pour des périodiques pour trouver quelques ressources.
Le 3 février 1820. Keats subit une grave hémorragie. Il est conscient de la gravité de son mal, le même qui a frappé sa mère et son frère Thomas, et commence à mener ce qu’il appelle lui-même une « vie posthume ».
L’accueil reçu par ses premiers livres l’a cruellement affecté : ses Poems (1817) n’ont rencontré que l’indifférence ; son Endymion (1818) a donné lieu à des attaques. De plus en plus, il est déchiré entre son amour pour Fanny Brawne et sa vocation poétique. En février 1820, il propose à Fanny de lui rendre sa parole, mais elle refuse.
Devant l’aggravation de son mal, ses amis le convainquent d’aller chercher en Italie un climat plus favorable. Keats arrive à Rome le 17 novembre 1820. Il meurt le 23 février 1821, convaincu d’avoir échoué dans son ambition de poète. Sur sa tombe est gravée à sa demande l’épitaphe suivante : « Here lies one whose name was writ on water » (Ci-gît un dont la gloire fut écrite sur l’eau).

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Les Odes

Les Odes

Nouvelle édition revue et augmentée


REVUE DE PRESSE

Les Odes
CCP Cahiers critiques de poésie (01/01/2011), par Christophe Fourvel

 John Keats est né en Angleterre à la toute fin du 18° siècle. Il s’éteindra vingt-six ans plus tard, vaincu par une tuberculose qui avait déjà taillé court dans son arbre généalogique. Keats qui fut presque sans influence, était décrié voire méprisé de son vivant. On dit de lui qu’il vulgarisa la langue poétique et Byron ne fut pas le plus tendre avec lui.
 Romantique mais au « je » effacé sous le rayonnement de ce que sa langue célèbre, il annonce selon Alain Suied, traducteur et préfacier de l’ouvrage, « la désincarnation moderne ».  Le livre est composé de quatre parties : Les Odes, Autres poèmes (parmi lesquels un très intéressant poème intitulé Où est le poète ?), La Belle Dame sans merci et La Vigile de Saint-Agnès, deux poèmes narratifs, dont le second, au moins, garde quelque chose d’admirable quand bien même le temps aurait pour certains lecteurs, creusé depuis deux siècles un sillon rédhibitoire.

PETITE ANTHOLOGIE

Les Odes
traduit par Alain Suied

Où est le poète ?

Où est le poète ? Désignez-le
Ô Muses, que je puisse le reconnaître !
C’est l’homme qui est l’égal
De chaque homme, fût-il Roi,
C’est le plus pauvre de tous les pauvres
Et de tous les êtres abandonnés
C’est un homme mi-singe, mi-Platon ;
C’est un homme qui, observant un simple oiseau,
Aigle ou roitelet, trouve son chemin
Vers tous ses propres instincts ; il a entendu
Le rugissement du lion et peut dévoiler
Ce que dit sa gorge tempêtueuse,
Le cri du tigre lui parvient
Déchiffré et sonne à son oreille
Comme sa langue maternelle.


Ode à un rossignol

(...) Dans le noir, j’écoute ; oui, plus d’une fois
J’ai été presque amoureux de la Mort,
Et dans mes poèmes je lui ai donné de doux noms,

 

Pour qu’elle emporte dans l’air mon souffle apaisé ;
à présent, plus que jamais, mourir semble une joie,
Oh, cesser d’être – sans souffrir – à Minuit,
Au moment où tu répands ton âme
Dans la même extase !
Et tu continuerais à chanter à mes oreilles vaines
Ton haut Requiem à ma poussière.

Immortel rossignol, tu n’es pas un être pour la mort !
Les générations avides n’ont pas foulé ton souvenir ;
La voix que j’entends dans la nuit fugace
Fut entendue de tout temps par l’empereur et le rustre :
Le même chant peut-être s’était frayé un chemin
Jusqu’au cœur triste de Ruth, exilée,
Languissante, en larmes au pays étranger ;
Le même chant a souvent ouvert,
Par magie, une fenêtre sur l’écume
De mers périlleuses, au pays perdu des Fées.

Perdu ! Ce mot sonne un glas
Qui m’arrache de toi et me rend à la solitude !
Adieu ! L’imagination ne peut nous tromper
Complètement, comme on le dit – ô elfe subtil !
Adieu ! Adieu ! Ta plaintive mélodie s’enfuit,
Traverse les prés voisins, franchit le calme ruisseau,
Remonte le flanc de la colline et s’enterre
Dans les clairières du vallon :
était-ce une illusion, un songe éveillé ?
La musique a disparu : ai-je dormi, suis-je éveillé ?