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Jean KAHN-DESSERTENNE

(1916 - 1970)

 Jean Kahn est né à Paris le 4 mai 1916. Bachelier à seize ans, en 1932, il s’oriente vers des études de philosophie. Dès sa sortie du lycée, il entre au Parti Communiste dont il restera membre jusqu’en 1952.
 En 1937, il se marie et commence à travailler comme professeur de lettres et de philosophie au Cours Privé Godéchoux Il fréquente René Daumal, mais aussi le groupe de Georges Gurdjieff. Il participera régulièrement aux groupes Gurdjieff pendant une dizaine d’année, jusqu’en 1961.
 Mobilisé en 1939, il choisit dès l’année suivante de rejoindre le général de Gaulle à Londres en passant par l’Afrique du Nord. Arrêté au moment de s’embarquer, il est interné au camp d’Argelès. Il s’en évade et entre dans la résistance dans le sud-ouest de la France.
 Après la guerre, il travaille à nouveau au Cours Godéchoux sous son nom de résistant, Dessertenne. Il en devient progressivement directeur. À partir de 1950, il participe aux Groupes d’Études et de Recherche sur la Pédagogie qu’anime le Dr Lebovici et écrit son essai, la Réforme de l’entendement (1953).
 La crise profonde des modèles traditionnels d’enseignement que manifestent les événements de mai 1968 l’incitent à pousser fortement en ce sens. Les propriétaires du Cours refusent de le suivre. En butte à de vives hostilités, ulcéré de n’avoir pu mener à bien son projet, il se donne la mort, le 17 avril 1970.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Matière du temps

PETITE ANTHOLOGIE

Matière du temps
(extraits)


Le Peyrot

 

Terre tout enveloppante, matrice,
dont je suis l’œil sous la paupière,

bercé dans les bras des horizons
le lait qui sourd à ta mamelle
chemine par les ruisseaux
de cette mystérieuse chair mienne

jusqu’à ces signes sans adresse
tremblés autour d’une émotion
que rien ne suscite qu’absence.

Je dors la joue contre ta courbe,
je m’éveille à ta fragile pulsation ;
les veines que ton poids tire,

terre, maternelle épouse,
grappe d’infinie vulnérabilité,
irriguent la dépense d’un vivre

en attention désolée
la déchirure qui nous déchire

La fête sans fin que tu prodigues,
l ’appel vibrant des échappées
ta nappe ardente de silences,
tu possèdes un dépossédé.(...)
 

Comprendre et pâtir
inversement proportionnels


... Forme du rien, évanescence de ce qui urge,
que je palpe dans l’insensible,
demeure vide, sourire navré, que hante l’évidence disparue.
Tant est absurde la souffrance
que toute chose nous rejette.
Seuls les arbres la bercent
sous le soleil qui darde
et frémissent à l’unisson.
En même sol sommes plantés,
du même humus épais de détresse nourris. 
Mais dans l’instant qui me traverse
déchirement sans terme
un glaive noir perce ;
son pommeau diamant suspendu
vibre brillance moi dans la nuit obscure,
dans la nuit déserte m’allie à tout.

Je parcours dans la Grande Ourse
les détours exacts de l’allée
que mes pas inventent et découvrent. 
Le poème relève un cadastre,
décrit une terre oubliée,
mesure sans mesure.

A G. W.

Le poème est ce qui se laisse choir dans le fluctuant,
et d’abord il est chute confiante du corps,
abandon des fonctions et des postes du corps.
Une venue du dedans va prendre la relève.
Un au travail du dedans et l’écorce doit s’enlever.
De toutes les places fortes du corps les forces se retournent
vers où se forge leur sens et leur espoir commun.

Le poème est ce qui se laisse choir dans le fluctuant
et y féconde un commencement.
Il n’y a nulle part d’autre assise
qu’à cet instant
nécessaire et fortuit
où la distribution du souffle
et sa résonance
dans la disponibilité des régions du corps
rassemble les fiefs pour l’élection d’une royauté
précaire décisive tranquille.(...)