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Joseph JOUBERT

(1754 - 1824)

 Joseph Joubert est né en 1754 à Montignac-sur-Vézère.
 A 14 ans, il est inscrit au collège de l’Esquille, à Toulouse. A 18, il poursuit ses études au noviciat des frères doctrinaires, avant de revenir enseigner comme frère laïc au collège de l’Esquille.
 En 1778, il quitte la maison familiale pour tenter l’aventure parisienne. Il fait la connaissance de Diderot et Fontanes. En 1786, il commence à consigner ses notes dans un petit carnet.
 En 1793, au milieu des pires déchaînements révolutionnaires, il se marie et s’installe à Villeneuve-sur-Yonne. C’est là qu’il fait la connaissance de Pauline de Beaumont, avec qui il restera très lié. Il la présente à Chateaubriand, rencontre décisive, pour l’auteur des Mémoires d’outre-tombe.
 En 1808 Fontanes devient Grand Maître de l’Université. Joubert est nommé Inspecteur de l’Université et assume ses missions à travers la France avec le plus grand scrupule. Mais, en mars 1821, Fontanes est emporté par une crise d’apoplexie. Dès lors Joubert vit de plus en plus en reclus.
 Il meurt en 1824, âgé de soixante-dix ans.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Le Repos dans la lumière

REVUE DE PRESSE

Le Repos dans la lumière
Revue des Sciences Philosophiques et héologiques (04/01/2008), par J.-P. Jossua

 Les éditeurs de Joubert rencontrent perpétuellement le même problème. Ou bien l’on publie des « pensées », classées ou non selon un ordre systématique, et il en résulte deux grands inconvénients : on manque l’évolution humaine et spirituelle inscrite dans ses carnets qui forment un véritable journal, et l’on risque de donner une portée assertorique à un ensemble de notations légères et ouvertes. Ou bien l’on édite l’ensemble des Feuillets et Carnets sous une forme chronologique et complète, comme l’a fait Beaunier, et l’on a les deux volumes admirables d’un itinéraire de vie, mais ils sont pesants et contiennent nombre de scories. L’option prise par Jean Mambrino est heureuse : un choix, mais donné dans l’ordre chronologique et pratiqué avec la sensibilité d’un poète et d’un excellent critique. Un article, publié dans Études en 1996 mais inédit en volume est offert comme préface : un beau texte, fait de citations et en même temps très personnel, qui caractérise finement le style de Joubert comme homme et comme écrivain. 
 Dans le choix, le moraliste (souvent inattendu), le chercheur de Dieu (tellement spiritualiste qu’il nous essouffle un peu – mais tant de fragments sont magnifiques par leurs intuitions et leur frappe), le poète et l’esthéticien (peut-être les instantanés sont-ils un peu trop avantagés en regard des méditations plus longues) sont bien représentés. Joubert est tout entier dans cette phrase : « Parler plus bas pour se faire mieux écouter d’un public sourd ».

Le Repos dans la lumière
Exigence Littérature (02/08/2007), par *Françoise Urban-Menninger

 C’est Chateaubriand qui révéla en 1838 le « génie » de Joseph Joubert, aujourd’hui c’est le poète Jean Mambrino qui, dans une préface éblouissante, nous rend sensibles « à la splendeur de la pensée » de cet auteur.
 Tirés des Carnets de Joseph Joubert rédigés de 1786 à 1824, les textes de ce dernier sont d’une étonnante modernité. D’une grande et rare tolérance envers les plaisirs de la chair, il s’écrie : « Ô mes amis ! J’ai bu l’amour... » et dans le même temps, il constate que « La pensée se forme dans l’âme comme les nuages se forment dans l’air. » Ses réflexions sont d’une limpidité et d’une telle évidence que c’est en cela qu’elles nous surprennnent et nous ravissent tout à la fois car rien n’est plus ardu que d’atteindre la simplicité.
 L’auteur n’a de cesse d’atteindre le langage à l’état pur, il tend vers l’épure qui se donne tout en transparence et en lumière. « Un esprit qui se joue des flots de lumière où il n’aperçoit rien mais où il est pénétré de joie et de clarté... », voilà sa définition du « repos dans la lumière ». Cependant Joubert n’aspire pas, contrairement à d’autres penseurs à n’être qu’un pur esprit, il possède l’art d’accorder l’âme et le corps. Lorsqu’il s’exclame : « Il faut bien que l’âme respire », c’est un être de chair qui parle. Et lorsque Joubert transcende toute matérialié pour tendre vers l’infini, il nous parle d’un Dieu que « l’on sent avec l’âme comme on sent l’air avec le corps ». Ce Dieu universel et intemporel est de l’autre côté des mots, seule la poésie permet d’appréhender cet ailleurs dont Joubert dit : « Il faut que quelque chose soit sacré. » C’est le poète qui a le don d’insuffler dans le langage « le sacré » car son rôle n’est-il-pas de « donner un corps aux vents, une âme aux pierres » ? Si Joseph Joubert nous touche autant aujourd’hui, c’est bien parce quil confère à ses pensées une poésie aveuglante de beauté. Jean Mambrino ne s’y trompe pas lorsqu’il clôt sa préface sur cette phrase splendide de Joubert : « Le soleil peint dans une goutte de rosée. »

PETITE ANTHOLOGIE

Le Repos dans la lumière
(extraits)


Ecrire, non seulement en peu de mots, mais en peu de pensées.

Chaque corps a son avant-corps. Chaque sens a son avant-sens. Le tact est celui du toucher, la pudeur est le tact de l’âme.

Lumine vestit.Nous sommes tous et toujours vêtus de Dieu, et investis de sa lumière. Nous pouvons cependant n’y pas penser, comme nous pouvons ne pas penser à nous-mêmes.

« Adieu, soleil, je ne te verrai plus. » J’en verrai bien un autre, et qui sera plus beau. L’âme entre avec horreur dans ce moment d’obscurité, mais il sera suivi d’une éternité de lumière.

Dieu en vieillard, inconvenance.

La vieillesse devant l’éternité n’est qu’une aurore, le premier instant d’un matin. (Le centenaire n’est qu’un enfant aux yeux de Dieu.)

Cette prose est de l’ambre qui a demeuré avec la rose.

Ces pensées qui nous viennent subitement et qui ne sont pas encore à nous.

Le poète a un souffle qui enfle les mots, les rends légers et leur donne de la couleur : une teinture, une liqueur, comme ce nectar de l’abeille qui change en miel la poussière des fleurs.

Suspendue. Cette idée entre essentiellement dans toute idée d’enchantement. L’éclat y entre aussi. Et la légèreté, et le peu de durée. Ravissement, est la suspension de l’âme.

La pointe d’aiguille demandée pour le poème est nécessaire au merveilleux, car il faut que tout y soit fait avec rien ou avec peu. Et (chose remarquable !) il faut au poème peu de matière.

L’extrême bonté est un véritable génie.

Appelons le corps la baraque où notre existence est campée.

La joie vaut mieux que le plaisir, puisque c’est un plaisir qui est commun à nous et aux autres.

… et que je couve mes petits œufs, mon nid d’oiseaux ; car mes pensées et mes paroles ont des ailes.

Le ciel est pour ceux qui y pensent.

Penser à Dieu est une action.

Le style avec lequel on parle à Dieu. Comme il est clair !

Quiconque ne voit pas ses amis en beau les aime peu.Voir en beau. – Qui ne voit pas en beau est mauvais peintre, mauvais ami, mauvais amant. Qui ne voit pas en beau n’a pas pu élever son esprit, jusqu’aux natures, ou son cœur jusqu’à la bonté.

Un visage sans traits, un livre dont rien ne peut être cité.

Quelques écrits dont le caractère est d’être sans tache. Beauté de ces sortes d’ouvrages quels qu’ils soient.

La bonté nous rend meilleurs que la morale.

Cette espèce de poésie de pensée qui n’a besoin ni du secours des vers ni du secours des passions et des mouvements pour être telle.

Porter en soi et avec soi cette indulgence et cette attention qui fait fleurir les pensées d’autrui.

Prières. Que les meilleures sont celles qui n’ont rien de distinct et qui participent ainsi de la simple adoration.

Le bonheur est de sentir son âme bonne. Il n’y a point d’autre bonheur proprement dit que celui-là. Et il peut exister dans l’affliction ; il peut même exister dans le remords. De là vient qu’il y a des douleurs préférables à toutes les joies et qui leur seraient préférées par tous ceux qui les ont ressenties.

Dieu se sert de tout, même de nos illusions.

Il ne consultait pas le ciel, mais le ciel cependant le conduisait.

Notre vie est du vent tissé.

Examiner toujours si ce qu’on dit et ce qu’on pense est vrai devant Dieu. – N’écrivez rien, rien dont vous ne puissiez croire que cela est vrai devant Dieu.

Avec Dieu, il ne faut être ni savant ni philosophe, mais enfant, esclave, écolier, et tout au plus poète.

Dieu est une lumière qui voit. Une lumière qui voit tout.

Le soleil peint dans une goutte de rosée.

La sagesse est le repos dans la lumière.