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Jeanne-Françoise Frémiot, dite
JEANNE DE CHANTAL

(1572 - 1641)

 Jeanne-Françoise Frémyot est née à Dijon en 1572 et morte à Moulins en 1641.
 Son père, président à mortier du parlement de Bourgogne, la marie en 1592 à Christophe de Rabutin, baron de Chantal.
 De leurs six enfants, quatre survivront dont l’aîné sera le père de la marquise de Sévigné. En 1601, le baron de Chantal est victime d’un accident de chasse.
 Se sentant appelée par Dieu et désireuse d’être guidée, la jeune veuve ne trouve d’abord qu’un directeur tyrannique et maladroit. Mais en 1604 l’évêque de Genève, François de Sales, vient prêcher le carême à Dijon : elle s’ouvre à lui, il accepte de la diriger.
 Libérée en 1610 de ses obligations familiales, c’est sous son impulsion qu’elle fonde à Annecy une congrégation nouvelle, la Visitation.
 À peine remise, en 1618, d’une grave maladie, elle crée de nouvelles maisons : à sa mort il en existera 87.
 Sécheresses et angoisses l’assiègent cependant : elles redoublent à la mort de François de Sales en 1622 et elle cherche conseil auprès d’un Vincent de Paul ou d’un Saint-Cyran (1640).
 En 1641, la reine Anne d’Autriche lui envoie à Moulins une litière pour qu’elle vienne s’entretenir avec elle à Saint-Germain-en-Laye.
 Jeanne de Chantal meurt quelques jours après son retour. Soupçonnée un temps de sympathies jansénistes et de quiétisme, elle est béatifiée en 1751 et canonisée en 1767. 

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Le Petit Livret

REVUE DE PRESSE

Le Petit livret
Etudes (02/01/2002), par Dominique Salin

 Petits volumes, précieuse collection : des textes significatifs de maîtres spirituels, perdus dans des éditions monumentales, deviennent accessibles au grand public. Ainsi du Petit livret où Jeanne de Chantal notait pour elle-même de brèves consignes de vie spirituelle que lui donnait son directeur, François de Sales, oralement ou par lettres. Formules d’apai¬sement et d’encouragement pour cette âme d’élite, prompte au tourment : « La peur est un plus grand mal que le mal lui-même. »« Notre ennemi est un grand clabaudeur, ne vous mettez en peine, il ne vous saurait nuire. » Entre les lignes de ce vade-rnecum, la sagesse d’un saint.
 Le premier ouvrage reproduit le Discours sur la vie cachée en Dieu, rédigé par Bossuet a la demande de Madame d’Albret, sa dirigée. Il ne s’agit pas d’une pièce oratoire, contrairement à ce que suggère l’usage moderne du mot discours, mais d’une méditation sur le verset de saint Paul qui était la référence favorite des mystiques : « Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. »
 
Le registre, ici, n’est pas celui de la direction spirituelle – ou Bossuet pouvait exceller, contrairement à ce que laisse supposer son image le pourfendeur des mystiques , c’est plutôt celui du moralisme grand siècle. Cette superbe variation sur l’amour-propre et l’humilité (§9 2 et 4, notamment) soutient la comparaison avec les pages les plus subtiles de La Rochefoucauld.

Le Petit livret
Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques (06/01/2002), par J.-P. Jossua

 Le Petit livret est un texte de Jeanne de Chantal réparti entre le tome 2 et le tome 3 de ses Œuvres. Il s’agit de notes prises pour conserver les conseils que François de Sales lui a donnés à partir de 1605, paroles transcrites directement et où l’on reconnait le ton du directeur, avec quelques retours sur soi sans doute suggérés par celui-ci. 
 Les réflexions sont pleines de sagesse, bien sûr, un peu élémentaires, un peu décevantes aussi dans la mesure où il est encore peu question de l’oraison de repos à cette époque. Mais une belle surprise (« Ma très chère fille, il faut accoiser notre activité d’esprit, puisque nous voyons manifestement que Dieu nous appelle à cette unique très simple attention de confiance »1, 50) nous montre que la fervente injonction de Jeanne de Chantal, « Accoisez votre âme en Dieu », vient sans doute de François de Sales.

Le Petit livret
Le Monde (11/09/2001), par Patrick Kéchichian

 Ce petit volume est le cinquième d’une nouvelle collection, « Les Carnets spirituels », lancée au printemps par les éditions Arfuyen. Cette heureuse initiative part du constat que de nombreux textes de la tradition religieuse française sont inaccessibles. Or, comme le remarque Gérard Pfister, qui dirige cette maison depuis 1975, c’est tout un chapitre de la littérature – surtout, mais pas seulement, du Grand Siècle – qui est ainsi négligé. A côté de Bossuet, de Fénelon ou de saint François de Sales, une foule d’auteurs, théologiens, mystiques et directeurs spirituels ont, en effet, non seulement approfondi la « science de Dieu » ou rendu compte de leur expérience, mais aussi, souvent, honoré la langue française. La collection veut également s’ouvrir aux autres grandes traditions religieuses. Le parti pris de la série est d’alléger au maximum la présentation et l’annotation des textes. Déjà parus : Lettre à un Gentilhomme, de Saint-Cyran ; La Vie cachée, de Bossuet ; L ’Âme seule avec Dieu seul, de l’Abbé Baudrand ; La Vaine gloire, de Claude de la Colombière ; et enfin ce Livret de sainte Jeanne de Chantal, qui reprend l’enseignement de François de Sales, marqué par une ferme et tendre exigence : « Tenez votre cœur au large. Ne le pressez point trop des désirs de perfection... »

PETITE ANTHOLOGIE

Le Petit Livret
(extraits)

 Pensez que vous êtes un petit saint Jean qui doit dormir sur la poitrine de notre Seigneur et reposer entre les bras de sa divine Providence. Nous n’avons point d’autres intentions ou intérêts que la gloire de Dieu ; car si nous en avions, nous les retrancherions tout aussitôt. Enfin comme un autre saint Jean, demeurez toute remise et abandonnée entre les bras de notre Seigneur, par la remise de tout votre être à son bon plaisir et sainte Providence. Ô Dieu ! quel bonheur d’être ainsi entre les bras et mamelles de celui duquel l’Épouse sacrée disait : « Vos tétins sont incomparablement meilleurs que le vin ».
 Demeurez donc ainsi, très chère sœur, comme un petit saint Jean, et tandis que les autres mangent diverses sortes de viandes en la table du Sauveur, reposez et penchez par une toute simple confiance votre tête, votre amour et votre esprit sur la poitrine amoureuse du cher Sauveur ; car il est mieux de dormir sur ce sacré oreiller, que de veiller en toute autre posture.

 

 Vivez toute à Dieu en la très sainte nudité de toute chose, surtout de vous-même. Jésus vous tienne saintement esclave de sa sainte croix, nue de tout ce qui n’est pas lui-même ; que s’il vous donne des sentiments et consolations de sa présence, c’est afin que sa présence ne tienne plus votre cœur, mais lui et son bon plaisir.

 Adorez Dieu le plus souvent que vous pourrez par de courts, mais ardents élancements de votre cœur. Je vous ai si souvent parlé d’admirer sa bonté, faites-lui des révérences, jetez-vous aux pieds de sa sainte croix, invoquez. son aide, donnez-lui mille fois votre âme, et quelquefois ne lui dites mot, mais jetez un simple regard sur sa douceur.
 C’est ici un des grands articles du profit spirituel, parce que l’esprit s’entretenant si souvent et familièrement avec son Dieu, il se parfumera de toutes ses perfections.

 Voyez-vous, ma fille, nous sommes trop délicats d’appeler pauvre un état auquel nous n’avons ni faim, ni froid, ni ignominie, mais seulement quelques petites incommodités en nos desseins.
 
 Je vous souhaite un courage grand et non point chatouilleux : un courage, lequel, tandis qu’il peut dire bien résolument : « Vive Jésus ! » sans réserve, ne se soucie point ni du doux, ni de l’amer, ni de la lumière, ni des ténèbres. 
 Hardiment, ma fille, cheminons en cet amour essentiel, fort et impliable de notre Dieu, et laissons courir çà et là ces fantômes de tentations : qu’ils entrecoupent tant qu’ils voudront notre chemin.