Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Biographie Bibliographie Liens Revue de Presse Petite Anthologie

Marwan HOSS

(1948)

Marwan Hoss a peu écrit, mais ses quelques précieux recueils ont paru dans des maisons renommées pour leur souci de qualité : son premier recueil, Le Tireur isolé, chez GLM, en 1971 ; Messine où je passe, chez Fata Morgana, en 1980 ; puis deux recueils chez Arfuyen : Le Retour de la neige (1982) et Absente retrouvée (Arfuyen, 1991). En 1998 a paru en Espagne un ouvrage hors commerce illustré de gravures du peintre Yagües, Ruptures.

Marwan Hoss est né à Beyrouth en 1948 de père libanais et de mère italienne. En août 1968, il décide de s’installer à Paris. Il est naturalisé français en 1980.

Après avoir dirigé durant plusieurs années la prestigieuse Galerie de France, il a créé au début des années 80 sa propre galerie, la Galerie Marwan Hoss, qui s’est affirmée rapidement comme l’une des plus remarquables galeries parisiennes, avec des peintres comme Soulages, Zao Wou Ki, Zoran Music, Alechinski, Geneviève Asse, Pincemin, etc.

En 1971 paraît chez GLM son premier recueil, Le Tireur isolé, grâce au soutien de son ami René Char.

La totalité des textes ultérieurement publiés sera reprise avec de nombreux poèmes inédits dans Absente retrouvée, qui a été publié aux éditions Arfuyen en 1991.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Le retour de la neige

Absente retrouvée

Déchirures

La Lumière du soir

REVUE DE PRESSE

Absente retrouvée
Arabies (09/01/1991), par S. A.

Marwan Hoss ne se contente pas de diriger, avec un goût très éclectique, la prestigieuse galerie d’art qui porte son nom : ce Parisien né à Beyrouth en 1948 est aussi, et avant tout, poète. Les éditions Arfuyen avaient déjà publié un recucil de Marwan Hoss Le Retour de la neige, accompagné d’une encre de Pierre Soulages (1982).

Dans Absente retrouvéele poète a réuni de nombreux inédits de ces dix dernières années ainsi que des extraits revus et et fixés dans leur forme définitive de ses trois précédents recueils Le Tireur isolé paru en 1971 chez GLM grâce à la complicité de René Char – Messine où je passe (1980, Fata Morgana) et Le Retour de la neige.

Un extrême dépouillement, une nudité du texte proche de l’ascèse, une poésie très secrète : deux on trois vers au coeur de la page blanche où le dit, rare, n’est que signe vers le non-dit. Et pointant, dans le frémissement des marges, l’émotion affleure, et une douleur, très lointaine mais jamais « absente ». Encore faut-il, pour entendre « Au fond de l’océan / L’Enfant le plus profond du monde », plonger dans les silences du poète comme y invite ce quatrain en forme d’adage oriental : « Il est important / Pour /a mer sourde / Et la perle muette / Que le plongeur soit aveugle. »

Remontent alors du pays des profondeurs, du pays des origines –du Liban de l’enfance petit-être – une couleur retrouvée, une neige ancienne, et parfois, comme un écho de Georges Schéhadé dont Marwan Hoss fut proche : « Sur le sable de ses mains / Où marchent des villages / La neige a déposé le soir. »
 

La Lumière du soir, lu par Fady Noun
L’Orient-le Jour  (03/07/2014), par Fady Noun

Assis dans son studio de la rue d’Alger comme dans la cabine d’un grand voilier, Marwan Hoss continue à 66 ans sa traversée de la vie en solitaire. Un nouveau carnet de bord, La lumière du soir, paru chez Arfuyen, rend compte de sa dernière étape en date. Le jeune homme qui débarquait à Paris à 20 ans avec un recueil, Capital Amour, salué par Nadia Tuéni et Georges Schéhadé, garde ce quelque chose de précieux, de fragile et en même temps de vital et d’indestructible qui est sa marque.

Parti en 1968 « faire des études en France », Marwan Hoss n’est plus « rentré au Liban », comme le souhaitaient son père libanais et sa mère italienne, avec un diplôme et un avenir. Il a fait mieux. Il s’est fait lui-même, il s’est forgé un destin comme poète, puis galeriste.

C’est sur une boutade que Marwan Hoss est entré dans le monde de l’art, après avoir usé les seuils des galeries, collectionnant affiches et lithos au petit bonheur. Un jour, il force le destin et décroche la direction de la galerie Le Soleil dans la Tête. C’est là qu’il fera son apprentissage de galeriste qui allait le propulser à la tête de la Galerie de France puis le conduire à fonder sa propre galerie, que des problèmes de santé l’obligent à fermer en 2008.

« J’avais 20 ans, se souvient le poète. Je n’avais rien. Je m’étais inscrit à l’Ecole pratique des Hautes études et à l’Institut catholique, mais je séchais l’université. J’ai dû faire de petites études sur le confessionnalisme, mais c’est vraiment tout. Et puis un jour, j’étais au Soleil dans la Tête, dont j’étais le client, et voyant la galerie déserte, je dis à Nadine Lévesque : Vous avez l’air de vous ennuyer beaucoup, pourquoi vous n’embauchez pas quelqu’un de dynamique, pour diriger la galerie ? Elle m’a engagé sur le champ. Et j’ai vite travaillé. »

Marwan Hoss retrace pour nous sa traversée, avec les mots choisis et la voix précieuse d’un homme entier qui n’a plus rien à prouver, et depuis longtemps. En fait, depuis ce jour d’octobre 1969 où il trouve, glissée sous la porte de sa chambre d’étudiant de la rue Soufflot, le plus beau cadeau qu’un poète de vingt ans peut rêver de recevoir, une lettre de René Char à qui il avait adressé ses poèmes ; une lettre qui le fixe définitivement dans son aventure intérieure et sa vocation d’écrivain. « L’oiseau-blé n’a rien à envier au coquelicot ou au rare bleuet, ses couleurs sont de neige à midi, de cette neige de juin jamais tombée. Je vous remercie de Capital amour, de votre pensée, Marwan Hoss », lui écrit Char, qu’il va rencontrer à l’Isle-sur-Sorgue.

À la suite de cette rencontre, un premier recueil, Le tireur isolé, paraît chez Guy Levis-Mano. Un recueil que Marwan Hoss emporte avec lui à Beyrouth, à bord d’un navire de croisière, avec la joie folle d’un enfant sérieux ayant réussi sa composition.

« J’ai fait un voyage d’artiste, raconte-t-il. Je regardais les étoiles, la mer, je voulais absolument entrer dans la peau du personnage dans lequel on m’avait mis. C’était une comédie. Je savais pertinemment que je n’étais pas Rimbaud, mais je revenais avec un recueil salué par René Char, des lettres... L’arrivée à Beyrouth fut drôle. Curieusement, je m’attendais à ce qu’il y ait foule. J’ai vu mon père, ma grand-mère et mon frère, qui m’attendaient sur le quai du port. Et je leur ai dit “Regardez, regardez !”. Ils m’ont fixé d’un air terne, sans saisir l’importance de ce qui s’était produit. Et voilà, je suis rentré au Liban avec une force et un éclat dont je ne demandais à personne de me renvoyer le reflet. Mais l’absence de joie partagée a rendu ce retour misérable. Et voilà ! C’était fini. »

« Je suis ensuite rentré à Paris, enchaîne Marwan Hoss, et j’ai rencontré infiniment de monde, des gens très cultivés. Mon second grand choc, ça a été Pierre Soulages. Mais Pierre a été beaucoup plus important que Char sur la durée, parce que Char je l’ai fréquenté quelques mois seulement, alors qu’avec Pierre, cela nous fait quarante ans. C’est quelqu’un de la même trempe que Char. Et ce qui est extraordinaire, c’est qu’ils ne se sont jamais rencontrés. Char n’aimait pas Soulages. Il disait : “Soulages peint des planches”. Soulages l’a peut-être lu ou entendu quelque part, mais il faisait semblant de ne pas comprendre pourquoi Char ne l’aimait pas. Et je n’ai jamais osé lui répéter ce qu’avait dit Char ! »

Naturalisé Français, en 1980, Marwan Hoss, assure : « Je n’ai pas renié mon appartenance au Liban, mais je dis simplement que j’ai eu, à Paris, de nombreuses responsabilités et des liens très forts, non pas avec la terre de France, mais avec des êtres exceptionnels. »

Les recueils que Marwan Hoss publiera par la suite chez Fata Morgana et Arfuyen, témoigneront de l’authenticité de race que René Char avait saluée, et qu’il confirmera dans une lettre à rendre jaloux tous les poètes du monde : « Excusez-moi de ne pas encore vous avoir remercié de votre envoi de poèmes. Ceux-ci ne m’ont pas déçu. Ils sont de vous et sur la ligne d’horizon où vous m’êtes apparu, je ne vous confonds avec aucun autre, car les apparitions justes sont rares ».

De fait, comme le poète de l’Isle-sur-Sorgue en avait eu l’intuition, l’étrange et grave tonalité de l’œuvre poétique de Marwan Hoss rend chacun de ses vers immédiatement reconnaissable, que sa facture soit imagée ou, au contraire, réflexive et proche de la prose. Après Le tireur isolé, ce sera Le retour de la neige (1982), Absente retrouvée (1991), Ruptures (1998), Déchirures (2004) et aujourd’hui La lumière du soir (2014). En fait, tout l’œuvre poétique de Hoss tient en quelque deux cents pages d’écriture, avec beaucoup d’espace de respiration entre un recueil et l’autre. Cette authenticité devait le mettre à l’abri – une fois pour toutes et à un prix exorbitant – du grand monde frivole où pourtant il a évolué avec la grâce d’une girafe dans un zoo.

« C’est vrai, dit-il, j’ai eu une vie mondaine en ayant géré ma galerie pendant 35 ans et, auparavant, en dirigeant la Galerie de France. C’est évident que j’ai rencontré la terre entière ! Et que j’ai fait beaucoup d’argent à un moment ! Tout ça a été très important pour moi ; pour me prouver que j’étais capable de faire les choses tout seul, puisque je n’avais personne pour m’aider. Mais aujourd’hui, je me tiens loin de ceux qui sont à la fois dans la poésie et dans le grand monde. »

« Personne n’a aucun droit sur moi, ajoute Marwan Hoss. Mais moi j’ai tous les droits sur ma personne ; et j’ai des devoirs. Des devoirs envers ceux qui ressentent quelque chose en ma présence. Ou à l’égard de quelqu’un qui me demande de l’aider. Je trouve que c’est un signe d’amitié. C’est merveilleux. Du reste, chacun de nous a des obligations. Les miennes, c’est de survivre où je me sens le mieux armé. »

Comme chez Pierre Soulages, ce qui marque dans la poésie de Marwan Hoss, c’est le trait de lumière souligné par le noir. Saluons la lumière pure de certains poèmes. Saluons l’humanité et le métier de certains autres. S’il faut se faire l’avocat de la beauté sombre de La lumière du soir, c’est qu’il est écrit, comme tous les autres, en fonction de la mort, avec une charge lumineuse nouvelle qu’il cache et révèle en même temps.

« Pourquoi j’écris ? Parce que c’est vital, répond Marwan Hoss à la traditionnelle question. L’écriture met en perspective ma vie. Ce faisant, je vis d’une plus brûlante lucidité. Les mots sont le plus court chemin pour atteindre des vérités. En les façonnant, en les brusquant même, je les mets à distance. Sans quoi ma vie serait infernale. Lorsque l’incendie reprend embrasant la terre, les mots sont mes repères, ils désamorcent le danger. »

La lucidité de Marwan Hoss est totale. C’est un trait caractéristique de ses vers. C’est l’homme de l’adéquation entre le verbe et la vie. Aucune gratuité du verbe, mais seulement le mot intérieurement éprouvé et vécu… Avec des vers brefs, Marwan Hoss ne dit que le nécessaire. Comme un masque à oxygène. Tout le contraire d’un Saint John-Perse, l’une de ses grandes références poétiques.

« J’ai conduit ma vie / Jusqu’au bout de ses mots/ Aujourd’hui la fatigue / Paralyse mes gestes / Plutôt que de compagnons / Je m’entoure d’objets/ Ils ne savent rien de moi / Sauf quand je leur parle. » Ou encore : « J’irai à la recherche/ Du Grand Coudoux de Namibie / Et de son peuple. / Il me dira peut-être / Avec des mots nouveaux / Et le roulement des tambours/ Comment faire pour traverser le fleuve/ Qui traverse ma vie » Et cette autre merveille : « D’Indonésie je possède une statuette/ En bois d’acajou, / Le visage effacé/ Et le corps dépourvu de membres/ La tête est inclinée / En position de prière/ Tandis que son regard sans yeux/ M’observe en silence. »

Un homme qui s’est approprié sa vie, ses douleurs, sa solitude. C’est dans cette densité de vie et d’écriture que Marwan Hoss continue de vivre et d’écrire, dévisageant la vie, engageant un dialogue permanent avec des objets lourds d’un passé mort, et pourtant… Sa voix réveille en nous les échos de sa traversée, de ses orages et des plages vierges dont il a eu le bonheur d’être le premier à fouler le sable étincelant : « L’écriture s’interpose / Entre lucidité et folie » Ou encore : « La mort/ Est une science exacte »

L’une des grandes joies qu’on tire à lire Marwan Hoss tient à ses rapports à l’écriture et aux mots, où il est indépassable : « Soudain, un mot apparaît / Tous les mots s’y agglutinent / Comme dans une ruche les abeilles / Il me faut trouver leur reine / Alors seulement commencera / Le travail de l’écriture ».

PETITE ANTHOLOGIE

Absente retrouvée
(extraits)

J’ai rencontré sur mon chemin
Les hauts minarets de l’absence
Les sables et les vents évadés
Les pierres se taisent à mon passage
J’ai des soleils pour oublier
Et tout sera poussière
Et tout sera passé

*

Ce soir la mort me parle
L’enfant qui rit dans le noir
Ne rêve pas
Il marche dans ma tête
Comme un gros diamant

*

Je penserai à toi plus volontiers les matins
Comme en cette heure
Ainsi le jour ne saurait plus tarder et je pense pouvoir
rejoindre tous les bruits de la tristesse et me rapprocher
plus encore de tous les bruits de la vérité

Grâce à toi aucune ville aucun pays ni par ses vacarmes
ni par ses silences ni par ses odeurs ne saurait plus
me troubler

Je vivrai ainsi plus sereinement
Les difficultés et les mystères prendront d’autres couleurs
J’aimerai mieux ce qui me sera donné
Parce que j’aurai compris plusieurs fois la mort
Et plusieurs fois la vie.


Déchirures
(extraits)


D’une main la mort ouvre
La porte à une vie nouvelle
De l’autre
Elle la referme.

*

Les mots touchent à leur fin
Le jour se lève sur le même jour
Il ne me reste plus
Que les images.

*

Dans une cage à grillons
Je ferai déposer mes cendres
Et des gouttes de mon sang.

*

Je suis encerclé par des mots
Jusqu’à l’épuisement.

*

Les yeux de la nuit se referment
Les voiles de mes songes
Glissent le long de ton corps
Il est l’heure du vent
Et des grandes insomnies.