Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Biographie Bibliographie Liens Revue de Presse Petite Anthologie

Ernest HELLO

(1828 - 1885)

 Ernest Hello est né le 5 novembre 1828 à Lorient, dans le manoir familial de Kéroman où il vivra une grande partie de sa vie. Il est le dernier des trois fils d’un magistrat qui terminera sa carrière comme conseiller à la Cour de cassation de Paris.
 Après une scolarité brillante à Rennes puis à Paris, il entreprend des études de droit. C’est en écoutant, dans les années 1845-1850, les sermons de Lacordaire, puis l’enseignement de Charles-Théodore Baudry au séminaire de Saint-Sulpice, qu’il décide de consacrer au service de la foi catholique.
 En novembre 1857, il épouse Zoé Berthier, de six ans son aînée, auteur de textes édifiants. Le couple vit entre le quartier d’Auteuil à Paris, et Kéroman. En 1859, Hello fonde un hebdomadaire, Le Croisé. Louis Veuillot salue les attaques que lance Hello contre La Vie de Jésus de Ernest Renan. Ce dernier restera la cible privilégiée d’Hello.
 A partir de 1861, Hello collabore à la Revue du monde catholique. Ses livres seront, pour la plupart, des recueils de ses articles. Entre 1868 et 1870, il publie trois traductions d’auteurs mystiques : le Livre des Visions et Instructions d’ Angèle de Foligno, des oeuvres de Ruysbroeck l’Admirable et un choix d’écrits de Jeanne Chézard de Matel. Suivent Physionomie de saints (1875) et Paroles de Dieu (1877). Paraissent également des Contes extraordinaires (1879), sa seule tentative dans le domaine de la fiction.
 C’est à la fin de l’année 1875 que Léon Bloy rencontre Hello. Ernest Hello devient pour lui une sorte de symbole. Il l’évoquera de manière vibrante dans deux textes : Le Fou (1889), et Ici on assassine les grands hommes (1894). De manière moins visible, sa figure sera présente dans toute l’oeuvre de Bloy.
 Hello est mort à Kéroman le 14 juillet 1885.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Prières et méditations

REVUE DE PRESSE

Ernest Hello
Catholica (02/01/1994), par C.B.

  « Risquons cette énormité : Hello m’attendait », écrit Patrick Kéchichian, critique littéraire au Monde, auteur de ce livre très construit, mais dont la forme est étonnante. Ni d’histoire de la littérature, ni de critique, la démarche ressemble à celle des Confessions  : comme saint Augustin cherchait parce qu’il a « déjà trouvé », Patrick Kéchichian reconnaît une présence, et plus encore une sensibilité, « proche avant d’être approchée ».
 Ernest Hello, dans la dernière partie du XIX° siècle, celle du triomphe de la République et du positivisme, était à la jointure du catholicisme intransigeant (Veuillot vieillissant, le P. Ventura, les Religieux de Saint-Vincent-de-Paul) et des écrivains catholiques (Barbey d’Aurevilly, Huysmans, Bloy). « Je crois que j’ai le monopole de la faiblesse infinie »  : triste, maladif, un visage « d’une laideur hyperbolique » (Bloy), se plaignant lamentablement de ce qu’on parlait si peu de ses écrits, marié avec une femme qui était un peu comme sa mère et lui servait de garde-malade. « Démantibulé sublime » pour Bloy, « fou » pour le grand nombre, il exerçait son « apostolat » par des articles qu’il rassemblait ensuite en livres. Il avait même fondé une revue éphémère, Le Croisé, pour combattre les « mauvaises idées » (Renan, Hugo).
 C’était en fait un écrivain spirituel, dont l’écriture était, comme il le voulait lui-même, « revêtue de magnificence ». Son style est sobre, mais palpitant, angoissé, avec ce « tremblement de la prière » que P. Kéchichian ne cesse de relever. Il a trouvé des défenseurs, Bernanos (« Ils ont trahi Hello pour un baiser »), Claudel, Michaux, Léon Bloy avant eux, dans la vie duquel il a occupé une place étonnante. Et aujourd’hui Patrick Kéchichian : sa compassion pour ce personnage baigné de larmes, noyé dans ses larmes, et cherchant de ses yeux éberlués « la gloire », la lumière divine, s’est muée en tendresse « dans le secret d’une certaine solidarité, celle que la communion des saints commande et agence ». Un livre rare.
 Il est bien vrai que les Prières « ailées et blessées » d’Ernest Hello apprennent plus à son sujet que tous ses autres écrits (à noter aussi que l’un de ses plus beaux livres, Paroles de Dieu, a été réédité en 1992 chez Jérôme MilIon). Elles sont suivies d’un texte de Léon Bloy qui foudroie « la benoîte racaille des écrivassiers vertueux », ces « sérénissimes crétins » qui n’ont pas reconnu le génie d’Hello. Il n’est guère surprenant que l’accueil réservé par la critique à ces hommages, celui de L. Bloy et celui de P Kéchichian, soit un peu gêné.

Prières et méditations
La Marseillaise (21/11/1993), par Christophe Gence

 "Le fou !..." C’est en ces termess que Ernest Hello, mystique, fut accueimli d eson vivant . Les Editions Arfuyen , qui possèdent une collection de textes mystiques, nous propose une réédition de c e texte posthume paru en 1911, d’un auteur déjà plongé dans l’enfer d enotre oubli.
 Le fou... C’est peut-être aussi ce que l’on pensera – mais avec le ton de la tendresse - au début de la lecture de ce livre, avant de saisir qu’il s’agit d’un texte mystique et que les envolées
en alleluias sont vécues par cet homme, non seulement destinées à ornementer son texte d’une manière chrétienne.
 C’est vrai que ces textes sont étranges, et pourraient d’abord prêter à sourire par exemple, ayant développé très rigoureusement des pensées sur l’Infini ou le Sublime, il devient tout à coup lyrique, accélère le rythme de sa phrase, et sa parole philosophique bascule dans une parole poétique pour finir en apothéose sur Alléluia ! Amen ! - ou bien, livrant une réflexion logique sur l’être de Dieu et ses possibilités d’existences, il demande, phrase suivante, miséricorde à ce der¬nier de ne pas pouvoir le saisir dans sa divine totalité.
 Mais n’est-ce pas l’attitude mystique par excellence ? La raison, ayant épuisé tout le possible, est relayée par la foi. Pour le mystique, celle-ci n’est pas une défaite de la raison mais permet de suppléer à son manque, permet de combler le vide qui la sépare de la conception intellectuelle du divin – vide donc non seulement intellectuel, mais également ontologique. Pour le mystique, la foi est le comblement du non-être de la manifestation de façon à atteindre l’être dans sa plénitude.
 Dans ces textes d’Hello, rien de l’adhésion aveugle au dogme, rien de la rigidité que les catholiques opposaient à cette littérature particulière de l’un d’eux. Rien d’un dieu anthropomorphe qui rassure les uns et permet d’effrayer les autres : Dieu est inaccessible, n’est pas pensable, est infiniment absolu. Hello remet toujours tout en question et n’a de cesse de dire : je ne sais rien ; je ne comprends : ni cette fleur, ni ce grain de sable, ni encore moins Celui qui Est. Mais pourtant je veux me tendre vers lui et je veux qu’il s’abaisse à moi, qu’il m’appelle par mon nom.
 Et puis, il y a des textes qui sont proprement prières. Comment sommes-nous touchés ? La question peut se poser longtemps, jusqu’à ce que la poésie de ses phrases fasse surface dans notre lecture. Oui, Hello sait faire sentir une humilité devant le monde, l’esprit d’une re¬cherche continuelle dénuée de toute vanité, avec la même chaleur, la même puissance d’appel et le même luxe de l’image que Baudelaire, son contemporain, quand il écrit : Là, tout
n’est qu’ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté.
Pour un lecteur profane comme nous, il faut saisir que son attachement aux mots de la religion est celui d’une symbolique mystique. Il invoque Nazareth (ou Jérusalem ailleurs) comme d’autres aujourd’hui invoquent le verbe, la chair, le néant. Il dit : "Nazareth", et résonnent immédiatement cette paix et cette humilité que notre culture a forgée au¬tour de ce lieu mythique. Il y a encore dans sa voix de cette espérance tenace, de cet optimisme émouvant, certitude de la justice, confiance absolue en la bonté et en la capacité de devenir bon.
 Après cet ensemble de courtes réflexions et prières, vient un texte de Léon Bloy qui a connu Hello, qu’il présente comme ayant la "haine de l’erreur". Puis une postface de Patrick Kéchichian (confrère du journal Le Monde ayant sorti il y a peu une étude sur Hello) donnant quelques renseignements supplémentaires et essentiels sur celui qui fut admiré par Claudel, Bernanos, mais également par le poète Henri Michaux.

Les Usages de l’éternité, de Patrick Kéchichian
Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques (06/01/1994), par J.-P. Jossua

 Ernest Hello est oublié. Ceux qui se souviennent de son nom l’associent à Léon Bloy – faux prophète, adepte d’un catholicisme doctrinaire, intraitable et pervers –, en lui déniant le talent de ce dernier. Quelle mouche atiqué Patrick Kéchichian, critique perspicace, à lui consacrer ses efforts ? Il s’agit d’un livre étrange, en vérité. Livre de compassion et de gratitude, qui devient intéressant grâce à cette sympathie, à la précision du travail, à la vivacité de l’écriture.
 P. Kéchichian ne se propose pas d’accomplir la tâche impossible de donner à Hello une place dans les Lettres, mais de faire écouter sa voix et d’abord, dans une première partie, de retracer sa silhouette – il est désarticulé, éberlué de n’être pas entendu, évidé de l’intérieur par ce vers quoi il s’oriente – et de reconstituer son existence de façon non hagiographique et méme non biographique. Il en manifeste les contradictions : affamé de gloire et voué à l’échec, plein de colère et d’intolérance en professant la charité, converti par Lacordaire et refusant sa sympathie au siècle, antilibéral intégraliste mais étranger aux combats de l’Eglise réactionnaire, d’une piété allant à l’évidence immédiate du surnaturel mais obsédé par la corporéité qui lui manque, tenant d’une conception utilitaire de la littérature et critique doué de sensibilité et d’intuition.
 De son œuvre – dont furent connus ses écrits contre Renan, les ouvrages composites L’Homme et Physionomie des saints, les adaptations de Ruysbroeck et d’Angèle de Foligno –, P. Kéchichian retient surtout Paroles de Dieu. C’est un livre fort, miroir du Verbe incarné écrit à partir d’une Écriture lue de façon symbolique sous l’influence de l’abbé Tardif de Moidrey ; elle marquera Bloy et, un jour, Claudel. La deuxième partie est un bref et vigoureux essai sur l’attitude spirituelle essentielle et constante d’Hello : le chant de la gloire divine et, paradoxalement, la passion malheureuse d’une gloire humaine, passion qui va jusqu’à user de flagornerie.
 P. Kéchichian essaye de comprendre, de « s’agenouiller » avec Hello, au titre « d’un amoureux respect ». Hello est le désir de Dieu fait homme, désir qui absorbe tout. Or il veut, de cette gloire, et par désir justement, bàtir dès ici-bas la demeure, voir l’idéal rendu tangible. Cela entraîne d’une part, dans l’ordre personnel, la volonté d’être reconnu comme disant la Parole de Dieu. Et, d’autre part, dans l’ordre social, l’attente – avec Bloy – d’un « Événement-Avènement » (Hello), du « Grand éclat de la gloire de Dieu » (Bloy), d’une manifestation extraordinaire annoncée par La Salette et les visions d’Anne-Marie (compagne de Bloy). Le monde refuse cette reconnaissance, et l’événement n’a pas lieu : horrible déception, destructrice, qui va jusqu’à condamner au mutisme, à la tentation de désespérer.
 Il y a donc là trois points décisifs : Hello pense que c’est dans un oubli total de lui-même qu’il veut remporter une victoire sur le monde (ce qui est tout à fait fallacieux !) ; Hello éprouve la nécessité absolue de faits, qu’il exige, de témoignages terrestres dont l’absence l’affole, de la possibilité de voir et de toucher (nous voilà bien loin de la foi !) ; Hello conçoit l’abîme d’inconnaissance auquel se heurte celui qui approche Dieu, et il en est désespéré à proportion de la force de sa perception.
 La troisième partie du livre est une méditation, un témoignage de la dette de P. Kéchichian envers Hello, émouvant si l’on en supporte le zeste de pathétique. Les larmes et le désert d’Hello ont résonné au profond de lui et lui font reconnaître cette « dette de charité » dans la communion des saints. Le regard d’Hello indiquait la gloire de la face du Christ mais, pour le suivre, il faut aussi accepter de reconnaître en son destin l’Homme de douleurs.

PETITE ANTHOLOGIE

Prières et méditations
(extraits)

 L’Infini

 Nous sommes tellement finis que, pour exprimer l’Infini, nous nous servons d’un mot négatif : irifini, non fini. Nous sommes obligés de prendre le fini pour base du mot, et puis de le nier. Le mot Infini a trois syllabes, et le fini occupe deux d’entre elles. Deux sur trois, c’est beaucoup. Quand nous essayons de parler de l’Infini, le fini nous remplit la bouche. L’affirmation absolue devient entre nos lèvres une négation. Autant faut-il en dire de l’Immense. Nous sommes obligés de parler de mesure pour dire qu’il n’y en a pas. Notre limite éclate et s’affirme par les efforts mêmes que nous faisons pour parler d’autre chose. Pour parler d’infini, on dirait qu’il nous faut prendre le mot fini comme victime et l’offrir en sacrifice. Est-ce qu’il y aurait quelque rapport entre cet acte de la langue humaine et cet acte de la flamme qui, voulant parler d’Infini à sa manière, cherche une victime pour la brûler ? Dans un cas comme dans l’autre, est-ce que l’Infini nous dirait :
 « Qu’y a-t-il de commun entre vous et moi ? »

 Prières à Lazare

 
Lazare, parlez à Celui qui tient la vie dans sa main droite. Je suis rien. Je suis rien, et voilà tout, et j’ai de l’amour propre et j’ai la souffrance, et quand je passe de l’amour propre à la souffrance, je suis comme un mort qui se tournerait à droite et à gauche dans son tombeau. Ô Dieu qui tenez la vie, ouvrez votre main droite : que je ne pense plus à moi, ni dans la souffrance, puisque vous me l’ôtez, ni dans la joie, puisqu’elle sera pleine de vous.
 Mon Dieu, j’allais de l’amour-propre au désespoir, et du désespoir à l’amour-propre, du néant au néant, incapable de supporter ni vos faveurs que je m’attribuais, ni leur absence que je vous attribuais, tandis qu’au contraire vos faveurs venaient de vous et leur absence venait de moi. Puis j’allais de la colère au désespoir et du désespoir à la colère, noyé dans mon néant et sous le néant des autres. 
 Ô Dieu, je pardonne leur néant à mes frères ; délivrez-moi du mien. Que jamais je ne me sente, ne perdant plus jamais votre lumière ; mais que jamais je ne me l’attribue, que toujours je vous renvoie la grâce en gloire, la joie en gloire.
 Anges qui montez et descendez incessamment l’échelle de Jacob, portant et reportant nos prières de la terre au ciel et du ciel à la terre, séraphins qui chantez l’éternel Sanctus et qui le chantez incessamment, incessabili voce, je me prosterne et je m’abrite sous vos ailes de feu, afin de disparaître à mes regards, suppliant au nom de la gloire de Dieu qu’éternellement vous proclamez trois fois saint, vous suppliant, dans tout l’anéantissement dont mon âme est capable, de m’obtenir une joie fidèle, fidèle quant à elle, fidèle quant à moi, une joie qui ne m’abandonne jamais, que je n’abandonne jamais, qui ne me trahisse jamais, que je ne trahisse jamais, qui ne cesse jamais de pleuvoir sur moi, qui ne cesse jamais de remonter à Dieu, une joie sans démenti, une joie sans mélange, sans crainte, sans rétractation et sans ombre.
 Amen, amen, amen.