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HART CRANE

(1899-1932)

Hart Crane est né en 1899 dans un village de l’Ohio. Son père, fils d’un banquier, possède une fabrique de sirop d’érable. En 1915, la famille séjourne dans sa propriété sur la côte sud de Cuba. Crane tente de se suicider à la suite de disputes entre ses parents, qui divorceront en 1917.

En 1916, Harold publie en revue. En 1918, il découvre Rimbaud et écrit l’essai « Le Cas Nietzsche ». Il travaille dans une usine de munition, dans un chantier naval, puis dans l’usine paternelle, où il noue une liaison avec un ouvrier. Il rompt avec son père en 1922, et vit de petits boulots.

À la fin de 1923, il rencontre Emil Opffer, commissaire de la marine marchande. Il loue une chambre à Brooklyn auprès de lui, d’où il a une vue sur l’East River et le Pont de Brooklyn. En 1926, il s’installe à Cuba, dans la maison familiale abandonnée. De plus en plus dépendant de l’alcool, il rejoint sa mère à Hollywood en 1928.

Grâce à un héritage, il part en 1929 pour la France. The Bridge sort à Paris en janvier 1930 avec des photos de Walker Evans. Une bourse Guggenheim lui permet de partir pour Mexico.

À l’expiration de sa bourse, il quitte le Mexique sur l’Orizaba. Le 27 avril 1932 vers midi, devant plusieurs témoins, il enjambe la rambarde et plonge dans les eaux du golfe du Mexique en criant : « Goodbye, everybody ! »

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

L’Œuvre poétique

REVUE DE PRESSE

"L’Œuvre poétique", de H. Crane, lue par L. Wasselin (Europe)
Europe (01/04/2016), par Lucien Wasselin

Mort en 1932 à l’âge de 33 ans, Hart Crane a laissé une œuvre réduite et en partie inachevée. Hoa Hôï Vuong l’écrit dans sa préface : les périodes de basses eaux deviennent de plus en plus fréquentes à partir de 1929-1930. Ce qui ne l’empêche pas d’être considéré aujourd’hui comme un poète majeur des États-Unis et ce en dépit d’une critique inégale à son égard. La réception de son œuvre sera sujette à de nombreuses méprises et approximations. […]

L’œuvre de Crane comporte trois livres : Bâtiments blancs (White Buildings), Le Pont (The Bridge) et Key West/Une liasse d’îles (Key West I An Island Sheaf) à quoi il convient d’ajouter 74 poèmes hors volume dont certains furent publiés en revues ; la présente édition en retient 20 (dont « La Tour brisée » qui est considérée comme une œuvre testamentaire) pour leur aspect significatif et parce qu’ils « offraient parfois une image complémentaire aux trois recueils ». La relative minceur de l’œuvre fait irrésistiblement penser à Arthur Rimbaud dont Hart Crane était un grand admirateur et dont un vers tiré d’« Enfance » (« Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant ») sert d’exergue aux Bâtiments blancs. Il faut ajouter à cela la vie tumultueuse de Crane (il était homosexuel, alcoolique, instable professionnellement...), ce qui peut expliquer que la légende ait occulté en partie l’œuvre.

L’occasion est donc offerte de (redécouvrir Hart Crane dans le texte. Le lecteur est confronté à une poésie tourmentée, aux références bibliques nombreuses et au vocabulaire hérissé de termes rares ou archaïques : eidôlon (simulacre ou fantôme en grec), lutitant (lutitare signifie en latin « couvrir de boue »), ou encore le verbe vigner... Crane fait aussi « sonner, claquer les noms des Indiens qui sont le cœur du pays », comme l’a noté Jean-Charles Depaule. Même les choses les plus simples, les plus banales deviennent énigmatiques comme dans le poème « Jardin, abstraction ». C’est pourquoi le traducteur a pourvu l’ouvrage de notes éclairantes (p. 321-358).

Les images foisonnantes et les métaphores saisissent d’emblée le lecteur. C’est une poésie complexe comme le dit si bien Hoa Hôï Vuong dans la note consacrée au poème « Récitatif ». Complexité qui atteint son paroxysme quand le poète décrit le monde qu’il a sous les yeux en ayant présents à l’esprit (et sous la plume) les mythes antiques. Ainsi avec « Pour le mariage de Faust et d’Hélène » ; c’est là que les notes du traducteur sont les plus utiles.

Dans Le Pont, beaucoup plus élaboré que Bâtiments blancs, Hart Crane ne se contente pas d’une succession de pièces de vers. C’est un grand poème épique en huit chants qui reprend le mythe des États-Unis sur un mode à la fois historique et métaphysique. Le poème liminaire, « Au Pont de Brooklyn », dit l’émerveillement du provincial nouvellement arrivé à New-York. « Ave Maria » (le premier des huit chants) reprend la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. « La Fille de Powhatan » est le chant le plus important de ce livre ; il explore la terre que les colons vont découvrir. Les obscurités du poème sont alors telles que Hoa Hôï Vuong les explique en 7 pages de notes : c’est dire que la lecture de Crane n’est pas aisée ! […]

Quant à Key West, c’est un recueil inachevé sur lequel travailla Crane à partir de 1926 et consacré aux Caraïbes. Dès 1927, Hart Crane boit de plus en plus et sa production poétique s’en ressent. Malgré ses divers problèmes, il trouve le temps de terminer Le Pont mais après la publication de ce livre, comme l’écrit Hoa Hôï Vuong, « son comportement social est de plus en plus déréglé. Il s’embarque régulièrement dans des rixes qui se terminent par une expulsion ou un emprisonnement... » En 1931, il obtient une bourse de la fondation Guggenheim et part pour le Mexique où il ne termine pas Key West mais écrit « La Tour brisée », un poème qui ne sera pas repris dans ce dernier recueil. Il se suicide le 27 avril 1932 en enjambant le bastingage du bateau qui le ramène à New York.

Il reste aujourd’hui une œuvre inclassable considérée comme novatrice en son temps. Crane est sans doute l’un de ceux qui ont le plus marqué le modernisme aux États-Unis. Il fut admiré par quelques-uns des poètes majeurs du XXe siècle comme E. E. Cummings et William Carlos Williams, tandis que Robert Lowell ou John Berryman ont reconnu leur dette envers lui.

« Hart fut un ange noir », a écrit Gérard Titus-Carmel dans le beau livre qu’il lui a consacré. « Par trop d’impatiences et de colères, il se brûla les ailes dans ces hautes sphères où l’air se fait rare et le soleil définitif. Mais avant cela, il aura légué au monde quelques pépites de fort carat, et, si nous ne pouvons plus aujourd’hui les lui payer, qu’il nous reste au moins le bonheur amer de conjuguer certaines de nos soifs avec les siennes. »

[L’article de Lucien Wasselin dont nous reproduisons ici des extraits a été publié dans la revue Europe, n° 1044, avril 2016].