• Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Biographie Bibliographie Liens Revue de Presse Petite Anthologie

Paavo HAAVIKKO

(1931)

 Paavo Haavikko est né à Helsinki le 25 janvier 1931 d’une famille de commerçants.
 Il s’inscrit en 1951 à l’université et publie la même année son premier recueil de poèmes Chemins vers les lointains.
 Il entreprend une activité dans le secteur de l’immobilier qu’il poursuivra durant seize ans.
 En 1955, il épouse Marja-Liisa Sairanen, elle-même poète et romancière,. Une fille leur naît l’année suivante.
 Le Théâtre National de Finlande présente en 1958 sa pièce, Münchhausen. Haavikko ne cessera d’écrire pour le théâtre, l’opéra et la radio.
 En 1959 paraît Talvipalatsi (Le Palais d’Hiver) qui s’impose immédiatement comme l’un des textes les plus importants de la littérature finlandaise d’après-guerre.
 L’année suivante est publié son premier roman, Affaires privées. L’épouse de Paavo Haavikko meurt en 1966. Il se remarie cinq ans plus tard avec Ritva Hanhineva, universitaire et critique littéraire.
 En 1967, Haavikko est nommé directeur de la deuxième maison d’édition de Finlande, Otava.
 Avec les aphorismes de Puhua, vastata, opettaa (Parle, réponds, enseigne), il étend le domaine de sa création littéraire à une réflexion sur al politique et sur l’argent. Il livre quelques années plus tard, dans son livre La ligne nationale, une vision intéressante de l’histoire de la Finlande.
 Haavikko reçoit en 1984 le prix Neustadt. Dans le discours qu’il pronoce le 30 mai à l’Université d’Oklahoma, il souligne la solitude de l’écrivain qui n’a aucune institution pour le soutenir, aucun autre choix que celui de "l’individu, détaché et libre".
 Paavo Haavikko a récemment créé sa propre maison d’édition, Arthouse.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Le Palais d’hiver

REVUE DE PRESSE

Le Palais d’hiver
L’Indépendant (03/09/1989), par Charles Greiveldinger

 Les éditions Arfuyen viennent de publier, dans leur collection des textes nordiques, Le Palais d’hiver, poème en neuf mouvements de Paavo Haavikko, traduit du finnois par Mirja Bolgar et Lucie Albertini.
 C’est le quatrième cahier de cette collection, après Le Jour cède de Bo Carpelan, Le Silence du monde avant Bach de Lars Gustafsson et Pays du soir de Pär Lagrkvist.
 Quel étrange texte, que l’auteur justifie par son désir d’écrire comme on parle, qui a contribué fortement à la renommée de ce créateur, et qui raconteen une sorte de transparence ahurissante, la problématique prénatale de Haavikko !
 Chacun pressentira ou décryptera à sa guise, mais cela confère au texte une sorte de dimension tragique à échelle de mythe, dont les quelques extraits qui suivent ont force d’éclats.
" Je suis en route vers un pays qui n’est pas un lieu" ("minä olen matkalla kohti seutua joka ei oie paikka"), "je veux taire tout ce qui fait la langue"’  ; "je veux retourner là d’où je viens" ; "je donne à voir la femme qui vous regarde les yeux ailleurs" ; "tout est triste"  ; "Lorsque j’étais enfant, les hirondelles traversaient les carreaux cassés de la remise" et, dit la femme : "Je voulais en finir ! me vider ! avorter ! Lorsque je me suis vu, moi qui suis un monde, moi cassée comme les carreaux"  ; "Fais que ce poème soit habitable en hiver" :.. "Voix à habiter, maison" ; "Tout est rêve" ; "Je me déplais dans ce monde hors commerce" ; "Viens te chauffer" ; "Le ciel est ténu, il ne tient pas et l’âme se détache".

Perles du Septentrion
La Wallonie (04/07/1989), par Marc Baronheid

 Traduit par le même tandem que Holappa, Paavo Haavikko, né en 1931, a été proposé au lecteur français pour la première fois en 1976, époque où son audience était déjà Internationale. Encore plus multiple que Holappa, il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont dix recueils de poèmes.
 La suite que propose Arfuyen s’inscrit dans une collection dont l’importance va croissant. Les textes datent de 1959. On pourra trouver des points de convergence, mais sans plus, avec l’oeuvre de Holappa, dans ces poèmes que leur postfacier range parmi les oeuvres centrales de la littérature finlandaise des années cinquante. Très clairvoyant en matière de langage dont il s’attache à forger une métaréalité, Haavikko présente id une partition en neuf mouvements ou, comme l’explique un poème, "une pièce de théâtre où les années ne font qu’une ligne, soudain la pièce commence". Cette fusion du passé, du présent, de la scène, du livret d’opéra véhicule assurément une énergie originale, demeurée étonnamment présente, trois décennies après sa première publication.

Le Palais d’hiver
Libération (16/02/1989), par ---

 Influencé par le Kalevala, considéré comme le chef de file des écrivains modernistes, Haavikko, né en 1931, a touché à tous les genres : théâtre, poésie, roman, opéra, radio.
 Vient de créer sa propre maison d’édition.
 C’est la première fois que son recueil le plus célèbre est totalment publié en français.

PETITE ANTHOLOGIE

Le Palais d’hiver
traduit par Mirja Bolgar et Lucie Albertini


Ce poème se veut une description,
et moi je veux une poésie quasiment sans saveur,
 et j’imagine que
je suis quelque chose qui espère comme l’herbe,

 

ces lignes ont peu de vraisemblance, car
il s’agit d’une excursion à travers une langue familière
 vers un pays qui n’est pas un lieu,
ce poème doit être chanté debout
 ou lu dans la solitude :

j’ai dit aussi que tout
 est dehors et moi ici
pendu aux arbres comme aux arbres les oiseaux
 et toutes portes verrouillées-ouvertes,
et jour et nuit qui passent je les signe
 sans les lire comme une page de journal
un papier inutile, sans les lire,
 et tandis que le sommeil veille je dors,
 et dans mon sommeil je dis : moi.

Cette forêt dense, de rares arbres et leur peur,
 et dans cette forêt
la voix humide de sueur,

ce pays où éclosent les arbres et ici à l’intérieur
 l’arbre aveugle oublie qu’il est vu,
ce lieu creux avec tout ce qui s’ensuit, la forêt
 sa floraison ma confusion,

et me comparerais-je à qui n’est pas né
 qui a mal tourné
englouti dans une chair toute souplesse, toute tendresse
 et pleinement femelle.

Je ne savais pas ce que c’est qu’être là,

je voulais me taire,
avaler les mots et changer pressé comme à la naissance.

Je suis venu jusqu’ici :
 au centre la maison,
la table et la plume et le papier,
ici il fait très nord mais mon esprit est dense,
j’écris ce poème, c’est l’automne, il fait nuit, je suis seul
 et qui n’est pas moi ?
ici tout est ordinaire, ici ? ici aussi :

qui s’éloignerait est ravi avant terme.

Dans ce poème je suis une simple image pleine de sens
 je ne demande pas pourquoi le fruit n’est pas en fleur
et je doute que quiconque s’intéresse à ces affaires, à ce sens,
 à tout ce que je jette dans la balance,
qui flotte dans l’air comme un bâtiment rond, qui s’attarde,
 navigue dans le vent,

j’ai traversé la forêt et je suis passé de ligne en ligne,
à peine né on peut voir si les étoiles sont là
triste et soudain mon avidité effrénée, il a plu à verse
 et qu’est-ce que la poésie ?

je veux le dire :
une petite maison étroite et haute et une pièce
 où je suis en train d’écrire,
j’exagère !
 mais j’imagine que tout arrive
et qui n’est pas seul et qui n’est pas un monde ?

Je veux taire toit ce qui fait la langue.

Je veux retourner là d’où je viens.