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Khalil GIBRAN

(1883 - 1931)

 Khalil Gibran est né en 1883, au nord du Mont Liban. 
 Son père est éleveur de moutons, son grand-père maternel prêtre maronite.
 En 1894, il fuit la pauvreté avec sa famille pour chercher une nouvelle vie aux États-Unis. Il revient suivre des études à Beyrouth trois ans plus tard. Il étudie le dessin à Paris en 1901, puis à nouveau en 1908.
 Installé définitivement à New York en 1910, il se consacre à la peinture et à l’écriture. En 1919 paraît Le Livre des Processions, écrit en arabe, puis, quatre ans plus tard, Le Prophète, écrit en anglais, qui remporte aussitôt un immense succès.
 Gibran meurt à New York en 1931. Il est enterré au monastère de Mar Sarkis, dans son village natal.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Le Livre des Processions

REVUE DE PRESSE

Khalil Gibran
Poésie 99 (04/01/1999), par Sylvie Jaudeau

 Khalil Gibran n’a certes pas besoin d’être présenté. Mais on sait moins que ce poète libanais émigré aux États-Unis que le Prophète, écrit en anglais, a rendu mondialement célèbre a laissé en arabe le meilleur de son oeuvre poétique.
 C’est en retournant à ses sources que Gibran reconquiert sa puissance poétique. Le Livre des Processions, publié à New York en 1919, renoue en effet, seul exemple dans toute son oeuvre, avec la tradition arabe classique tout en inventant une forme personnelle, en rassemblant les strophes de son poème par groupe de trois, chacune constituant une sorte de « canto ».
 
Du Prophète à ce livre le ton change, bien que les deux oeuvres aient été composées durant la même période. La formule ici se fait évidence. Poésie et vérité y sont indiscernables et le contenu de sagesse lui-même se radicalise : plus de manichéisme, plus d’humanisme, l’homme est invité à se situer par-delà le bien et le mal, en puisant à l’élan primordial qui gouverne les « forêts » :
 Dans la forêt, point d’espérance
 Et point d’ennui
 Comment la forêt pourrait-elle désirer une part
 Alors qu’elle a le tout ?
 Ne nous méprenons pas sur le sens du titre, nulle connotation religieuse ne s’y trouve. Plutôt une avancée graduelle vers un tout autre horizon que celui fixé par nos religions trop humaines. Véritable célébration du Chant en son acception supérieure, tel se présente à nous ce livre dont Anne Wade Minkowski nous restitue superbement en français l’âpre et altière musique : 
 Le chant est la force des âmes 
 et la plainte du nay survivra 
 À l’anéantissement des soleils.

Khalil Gibran, les prophéties d’un esthète
Le Monde (19/02/1999), par René de Ceccatty

 Comme Salah Stétié qui a traduit (de l’anglais) et remarquablement présenté Le Prophète, Adonis consacre un poème-préface aux Processions que vient de traduire avec lui (de l’arabe) Anne Wade-Minkowski.
 Un lecteur attentif appréciera la beauté (française) de vers simples et justes, où s’expriment une ironie désenchantée (« Tu vois quelqu’un de sobre et de vigilant, étonne-toi ! / La lune va-t-elle prendre refuge sous une nuée gonflée de pluie ? »), une critique virulente des accommodements de la religion (« Celui qui aspire au Paradis éternel est un ignorant : / Il craint de voir le feu s’enflammer. »), de la loi, de la force, de la veulerie, de la mièvrerie, du plaisir sans amour, un éloge de la folie d’amour, de l’absolu, mais aussi du corps et des sens, sublimés par l’âme et par la vie naturelle où l’individu perd toute attache au monde : « As-tu comme moi pris la forêt / pour maison, refusé les palais ? »

Le Livre des Processions
La Croix (02/04/1999), par S. R.

 Un petit livre ivoire. Des pages aériennes, où l’arabe et le français comme en écho se répondent, chacune des écritures traçant son sillon propre.
 Publié à New York en 1919, antérieur au Prophète, Le Livre des processions est le seul texte poétique que l’auteur ait écrit selon la tradition arabe classique. Chacun des poèmes, petite procession de papier, ouvre un chemin lerrt, méditatif, d’humanité et de vigilance. 
 « J’ai imaginé qu’à voix basse je demandais à Gibran : qui donc appeler pour panser les blessures de nos jours ? », interroge le traducteur. À cela, le poète ne répond pas. Il laisse des mots. Des mots pour respirer. Des mots de légèreté et de silence.

Le Livre des Processions
Terre du Ciel (03/01/1999), par Jacqueline Kelen

  Donne-moi le nay, et chante !
 Car le chant est une gloire authentique 
 Et la plainte du nay survivra 
 Aux puissants comme aux misérables.
 Ce texte poétique écrit en arabe et publié à New York en 1919 est une suite de vingt "processions", plutôt que de stations : ce sont autant de pas, graves, recueillis, brûlants, sur le chemin de la vie et de l’éternité. Marche souvent arrogante et dominatrice de l’homme, pas léger des gazelles, caresses du vent, des feuilles, furtives traces des nuages et de la rosée. Mais au-dessus de tous ces pas, de ces présences pesantes ou gracieuses, s’élève et demeure le chant, symbole de pure offrande, d’indestructible fragilité, signature de l’âme.
 Si l’on voulait invoquer d’illustres prédécesseurs, on pourrait dire que ce texte poétique et philosophique de Khalil Gibran (qui deviendra célèbre en publiant en anglais Le Prophète, en 1923) tient à la fois du Qohélet et de Tchouang-tseu : méditation sur la vanité de l’hom¬me, sur l’inconsistance de son être comme elle est développée dans le magnifique texte biblique de l’Ecclésiaste ; et confiance faite au naturel, à la spontanéité puissante et simple que représente la nature, comme en parle la philosophie taoïste.
 Car, au long de ces processions, le poète fait se répondre la voix venant de la forêt (innocente, vraie) et une voix plus dogmatique, assurée et mortelle, qui vient de l’homme civilisé. 
 La force des hommes est une ombre 
 Tournoyant dans l’espace de la pensée. 
 Les droits des hommes s’abîment 
 Comme les feuilles de l’automne.
 Nombreuses sont les constatations pessimistes :
 Sur terre, l’homme libre bâtit de ses penchants une geôle.
 Sans s’en rendre compte il en devient prisonnier.
 Et encore :
 Quand les hommes vieillissent et meurent,
 Ils sont arrivés à l’âge du sevrage.
Mais dans la forêt il n’y a ni tyrannie ni désespoir, ni savoir ni ignorance, ni reli¬gion ni impiété, ni blâme ni ivresse. Faut-il s’y réfugier ? Sans doute non. Mais reconnaître le déclin, l’ombre et la bles¬sure et se savoir passant, tel un mot écrit sur l’eau.
 Un livre rare et élégant.