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Alfred KERN

Gel et Feu

Image de couverture de Pascal Kern

Collection Les Cahiers d'Arfuyen
n°53, ISBN 2903941503

7,62 €

« Le rire d’Irina / sonorité d’azur / de cristal / parole gelée / tout est là / sans commencement / ni fin / l’immédiat / ciel limpide / matin étincelant »

C’est en 1964 qu’a paru aux éditions Gallimard Le Viol. Après deux premiers livres publiés aux éditions de Minuit au début des années cinquante, c’est le cinquième roman d’Alfred Kern. Alfred Kern n’est alors âgé que de 45 ans.

En 1957, Le Clown, immense errance à travers une Mitteleuropa foisonnante de personnages déplacés et de villes insaisissables, a affirmé avec puissance son univers d’écrivain. Le prix Renaudot attribué en 1960 à son roman Le Bonheur fragile, a attiré sur son travail l’attention du public. Une œuvre existe déjà, que la richesse et l’originalité de son tempérament littéraire semblent devoir année après année accroître de nouveaux opus.

C’est le contraire qui se passe. Pendant un quart de siècle, aucun livre ne paraît plus. Puis ce seront coup sur coup deux recueils de poèmes complémentaires, Gel & Feu, en 1989, et Le Point vif, deux ans plus tard. Poèmes envahis par la contemplation des choses et la fascination de la langue, comme de longs continuum où le poète, mot à mot, pierre à pierre, récite le mystère du monde.

Du Lac Noir, dans la vallée d’Orbey, au hameau d’Haslach, perché au-dessus de Munster, il n’y a guère que deux heures à pied. De l’immense salle de séjour entourée de fenêtres, la vue s’étend du Hohneck au Petit Ballon d’Alsace. C’est là que depuis tant d’années Alfred Kern et sa femme Halina recevaient leurs amis : Marcel Arland, André Dhôtel, Henri Thomas, Pierre Klossowski…, les uns après les autres disparus. 

La poésie a été pour Alfred Kern un autre espace imaginaire où le paysage tout entier était recueilli. Tout au long des marches autour de sa maison vosgienne, chaque pas est pour lui l’occasion de rencontres nouvelles, sources d’émerveillement autant que de perplexité ; chaque jour se déposent, au seul gré du hasard, sensations, ébauches, fragments comme les improbables pièces d’une chaîne sans fin de haïku ou de tanka.

Observations à ce point détachées de tout regard, à ce point abandonnées, qu’à la manière des poèmes des anciens sages bouddhistes ou taoïstes il ne s’y trouve presque plus de place pour un seul verbe, pour un sujet ou un complément.