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Didier AYRES

Flamme ou le travail de nudité

Collection Cahiers d'Arfuyen
n°215, 188 pages, ISBN 978-2-845-90201-5

14 €

Après un premier recueil paru aux éditions William Blake (« Nous », 1997), Didier Ayres a publié ses trois livres suivants aux Éditions Arfuyen : Comme au jour accompli, avec une postface de Jean-Yves Masson (2003), Le Livre du double hiver (2005), Monologue depuis le refuge, avec une postface de Jean Maison.

Plus ample que les précédents, ce nouveau recueil, Flamme ou le travail de nudité, est le quatrième qui paraisse aux Éditions Arfuyen. Il confirme la force et la singularité de cette écriture sans complaisance comme sans consolation. Désormais, la voix de Didier Ayres, d’une exigence brûlante et douloureuse, est reconnaissable entre toutes. Chacun de ses livres nous fait entrer dans l’aventure fascinante et risquée de vivre, d’écrire. Sans chemin tracé, sans espoir d’aboutir. Car à cette traversée, il n’est pas de port. À ce questionnement, pas de réponse.

Didier Ayres maîtrise de nombreux registres de l’écriture et excelle à les faire coexister dans une même composition musicale, lui conférant ainsi diversité de rythme et de tonalités. C’est particulièrement le cas dans ce nouveau livre en six mouvements. Le premier, « Cœurs et couronnes », est une suite de poèmes d’une dizaine de vers et d’une grande puissance évocatrice. Comme ceux-ci qui ouvrent le recueil : « Ce sont sept divinités qui enjambent nos âmes /comme un polygone de cendres / de grands chiens rouges dans le jardin / l’agneau et l’escalier des feux / et toute la fraternité hermétique de la nuit. »

En symétrie avec le premier mouvement, le dernier est d’une plus grande amplitude et comporte deux suites de proses, certaines continues, d’autres discontinues, comme les notes d’un journal de bord. De l’une à l’autre comme à travers tous les poèmes, une même acuité de conscience est à l’œuvre, sans illusion ni complaisance. Toujours ouverte cependant à l’émerveillement.

Qu’on lise par exemple le début d’une prose longue : « Être en devoir de. Une fatigue, consentie. Comme pour me préparer à la mort. N’attendre pas, mais être en demeure de. Accepter que cela soit éphémère. Mettre à jour. Et ne pas empêcher la destinée. Savoir que cela ne dépend de rien. Une figure pour la simple beauté d’une figure. Car je n’ai pas de visage. Oui, vaincre. Avec celui-là que j’étais, qui est déjà moi-même. Donner. Représenter l’effet intérieur. Voir. […]  »

Ou bien cette brève notation : « Je brûle d’une flamme lente et hivernale. Rien n’a changé depuis les copistes, sinon les lettrines qui renvoient à l’histoire d’écrire. De fait, je n’ai pas de réponse. Je fais le livre comme il vient. Au pire, c’est la mort qui tranche. L’heure est brève, déjà, et qui s’altère. Mon âme est bien calme aujourd’hui, comme patiente. L’espérance qu’il faut tirer comme au milieu du feu. »