Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Biographie Bibliographie Liens Revue de Presse Petite Anthologie

André FESTUGIÈRE

(1898 - 1982)

 Le Père A. J. Festugière (1898-1982), religieux dominicain et l’un des plus féconds hellénistes de notre siècle, a consacré sa vie à étudier les religions païenne et chrétienne dans la période que l’on nomme "d’Antiquité tardive", par opposition à l’Antiquité classique. Plutôt qu’à l’étude de la religion officielle, largement traitée par ailleurs, le Père Festugière préférait poursuivre ses recherches à la découverte des traces secrètes du sentiment religieux et de la piété personnelle des Anciens.
 Le Père Festugière a été, à la Sorbonne, Directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études de 1943 à 1968. C’était son habitude de proposer chaque année à ses étudiants l’enseignement d’un nouveau texte philosophique ou religieux qui devait être complètement expliqué dans le cours. Sa méthode consistait à établir en premier lieu une traduction complète du texte choisi, en l’illustrant de notes philologiques et doctrinales. 
 Son oeuvre est immense, puisque la bibliographie du Père Festugière ne compte pas moins de 350 numéros dont 73 livres.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Trois dévots païens

Discours du discernement

PETITE ANTHOLOGIE

Firmicus Maternus
Mathèsis

 Prière au Dieu Suprême

Qui que tu sois, ô Dieu qui, chaque jour, fais que le ciel pour¬suit sa course d’un même élan rapide,
qui prolonges indéfiniment le mouvement des flots agités de la mer,
qui as consolidé la terre en lui donnant un fondement inébranlable,
qui, par le sommeil nocturne, restaures les corps accablés des êtres de la terre,
qui, de nouveau, quand on a recouvré sa force, rends le bienfait infiniment doux de la lumière,
qui soutiens la fragilité du corps en y insufflant un esprit divin,
qui vivifies toute la substance de ton ouvrage grâce à l’haleine salutaire des vents,
qui fais couler les eaux des sources et des fleuves en vertu d’une nécessité que rien ne lasse,
qui ramènes le cours divers des saisons par la marche fixe des jours,

 

seul Gouverneur, seul Chef de toutes choses, seul Maître suprême et Seigneur,
devant qui plie tout entière la souveraineté des puissances divines, de qui le vouloir est la propre subsistance d’une ouvre parfaite,
dont les lois incorruptibles sont suivies par la nature qui, en vertu de cette obéissance, a conféré à tous les êtres une force de perpétuité,

Toi, père et mère ensemble de toutes choses, toi qui, par une seule et même alliance, es pour toi tout à la fois père et fils,
nous tendons vers toi nos mains suppliantes, nous t’adorons par l’hommage craintif de nos prières solennelles. (...)

Vous aussi, étoiles à la course éternelle, Lune, mère des corps humains,
et toi, ô prince de tous les astres, qui, chaque mois, enlèves et rends à la Lune sa lumière, Soleil souverainement bon, souveraine¬ment grand, qui, chaque jour, par la conduite bien réglée de ton pouvoir suprême, ne cesses de faire succéder création à création, grâce à qui, par une divine disposition, tous les êtres vivants reçoivent en partage une âme immortelle, qui seul ouvres les portes du séjour d’en haut, qui gouvernes à ton gré l’ordre des destinées

pardonne, si mon discours chétif a pénétré les arcanes de ta puissance souveraine. Ce n’est pas un désir sacrilège ou l’ardeur d’une curiosité profane qui m’a poussé à cette étude, mais mon esprit, sous l’influence d’une céleste inspiration, a tenté d’exposer tout ce qu’il avait appris, pour porter jusqu’aux temples de la roche Tarpéienne tout ce que les divins Anciens ont découvert dans les chambres secrètes des sanctuaires de l’Égypte.

Donnez-moi donc l’assistance de votre décret, et fortifiez par votre majesté mon esprit qui hésite et tremble, de peur que, privé du secours de votre divine puissance, je manque à trouver l’ordonnance de l’ouvrage que j’ai promis.


Porphyre
Lettre à Marcella

 Bien que tu fusses chargée déjà de cinq filles et de deux garçons, les uns encore tout petits, les autres tendant à l’âge des noces, je t’ai épousée, chère Marcella, sans craindre les lourdes dépenses que nécessiterait leur entretien : non pas pour avoir de toi une postérité charnelle, car je tiens déjà pour mes fils les amants de la vraie sagesse et tes propres enfants, s’ils embrassent un jour la droite philosophie quand nous les aurons élevés ; et non plus certes pour l’abondance de ressources qui nous viendrait ainsi à vous ou à moi, car même le plus ordinaire des biens indispensables est assez pour nous, qui ne sommes pas riches ; ni parce que je comptais sur ton assistance pour me ménager une vie plus facile alors que j’incline vers la vieillesse, car je savais que, maladive, tu as plus besoin des soins des autres que tu n’es capable de les secourir ou de veiller auprès d’eux ; ni pour quelque autre avantage pratique ou par le désir d’avoir bon renom et flatteuse réputation auprès de gens qui ne se charge¬raient pas volontiers d’un tel poids par seul amour de la vertu - au contraire, si grande est la sottise de tes concitoyens, ils vous voient d’un ceil jaloux, que j’ai été en butte à mainte calomnie et, contre toute attente, encouru péril de mort par leur faute à cause de vous.
 
Ce n’est donc pour rien de tout cela que j’ai pris une compagne de vie. Deux raisons m’y ont poussé, toutes deux dignes d’éloge. La première est que j’ai jugé bon d’apaiser les dieux gardiens de la famille, comme Socrate le fit en sa prison, qui aima mieux s’adonner aux Muses vulgaires que de suivre son penchant habituel pour les travaux de la philosophie, en vue de s’assurer une mort tranquille. Ainsi, à mon tour, pour apaiser les dieux qui veillent sur la tragi-comédie de la vie, n’ai-je point hésité à jouer mon rôle dans l’hymne des noces, acceptant de plein coeur et le grand nombre de tes enfants et les dures conditions de vie qui en résulteraient et la méchanceté des calomniateurs. – Rien n’est omis en effet de ce qui a coutume de se produire dans les représentations tragiques, ni la jalousie, ni la haine, ni le rire mauvais, ni l’altercation, ni les mouvements de colère, – avec cette différence toutefois que ce n’est pas à moi, mais à d’autres, que je rends service, dans cette pièce de théâtre que je joue pour les dieux.
 La seconde raison, plus noble, bien éloignée de ce premier motif vulgaire, c’est que, charmé de tes dispositions naturelles pour la droite philosophie, je n’ai pas jugé convenable de t’abandonner, privée comme tu l’étais d’un époux qui fût mon ami, sans nulle personne de sage caractère et accommodée à tes moeurs qui te servit de patron et de protecteur. Pour avoir chassé tous ceux qui, sous un spécieux prétexte, cherchaient à te nuire, j’ai eu à souffrir d’incroyables outrages, j’ai supporté vaillamment des embûches. D’autre part, en te libérant, autant qu’il était en moi, de tous ces futurs despotes, je t’ai rappelée à ta propre manière d’être, car je t’ai communiqué l’amour de la sagesse et t’ai montré une doctrine conforme à ton genre de vie. Et qui donc en témoignerait plus exactement que toi-même, toi à qui je rougirais, dans un sentiment d’horreur, soit de cacher ce qui me concerne, soit de ne pas rappeler en toute vérité, d’un bout à l’autre – toi qui as honoré la vérité plus que tout et qui, à cause d’elle, as tenu notre union pour un bienfait – tout ce qui s’est passé jusqu’à ce mariage et durant son cours ? (...)
 
Ainsi donc, il n’est pas possible à l’homme injuste de rendre culte à Dieu. Mais le fondement de la piété, reconnais-le dans l’amour des hommes et dans la maîtrise de soi-même.

Sallustius
Des dieux et du monde

 Des mythes

 Pourquoi donc, négligeant ces enseignements, les anciens se sont-ils servis de mythes ? Il vaut la peine de le rechercher, et de tirer des mythes ce premier avantage que du moins nous nous mettons à la recherche et ne laissons pas inactive notre pensée.
 Que les mythes soient divins, on peut le dire, rien qu’à consi¬dérer ceux qui en ont fait usage : car ce sont les plus divinement inspirés des poètes, les plus excellents des philosophes, les fondateurs d’initiations et les dieux eux-mêmes dans leurs oracles qui se sont servis des mythes.
Maintenant, pourquoi les mythes sont-ils divins ? C’est une question qui revient à la philosophie. Puisque tous les êtres prennent plaisir à ce qui leur ressemble et se détournent de ce qui leur est dissemblable, il convenait donc aussi que notre doctrine des dieux eût ressemblance avec eux, pour être digne de leur essence et les rendre ainsi favorables à ceux qui professent cette doctrine. C’est à quoi l’on ne peut atteindre que par le moyen des mythes. Car, pour ce qui regarde les dieux eux-mêmes, les mythes les représentent selon ce qui peut s’en dire et ce qui est indicible, ce qui est obscur et ce qui est apparent, ce qui est manifeste et ce qui est caché ; ils représentent aussi la bonté des dieux – car, de même que les dieux ont fait participer tous les hommes également aux biens tirés des sensibles, mais n’ont donné qu’aux sages les biens tirés des intelligibles, ainsi les mythes : que les dieux existent, ils le proclament devant tous ; ce que sont les dieux, et de quelle sorte, ils ne le disent qu’aux gens capables de le savoir. Enfin les mythes représentent les opérations des dieux : car ce monde lui aussi, on peut l’appeler un mythe, puisqu’en lui les corps et les objets sont visibles, les âmes et les esprits, cachés.
 En outre, vouloir enseigner à tous la vérité sur les dieux, c’est donner aux insensés occasion de mépris parce qu’ils ne peuvent s’instruire, aux disciples zélés, occasion de paresse : au contraire si l’on cache la vérité sous le voile des mythes, on ôte aux uns tout lieu de mépriser, on force les autres à philosopher. (...)
 Parmi les mythes, les uns sont théologiques, les autres physiques ; et il y a encore des mythes psychiques, et des mythes matériels, et d’autres où ces éléments se mêlent. (...) Les mythes théologiques conviennent aux philosophes, les mythes physiques et psychiques aux poètes, les mythes du genre mixte aux cérémonies d’initiation, puisque toute initiation a pour but de nous unir au monde et aux dieux.