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Jean de FERRIÈRES

(? - 1588)

 Jean de Ferrières était curé de Saint-Nicolas-des-Champs à Paris.
 On ignore la date de sa naissance, mais le Journal de Pierre de l’Estoile relate son décès au 25 septembre 1588. 
 Le Thrésor des Prières a été publié en 1585 "chez Guillaume Auvray, rue Saint-Jean de Beauvais, au Bellerophon couronné". Il comporte plus de cent prières pour les différentes occasions de la journée et de la vie, dont le ton est frappant de simplicité, de sérénité et de ferveur.
 De nombreux textes sont inspirés des Pères Latins et des Pères Grecs, mais aussi des grands "humanistes dévots" contemporains, tel Erasme.
 La doctrine de Jean de Ferrières, marquée d’un remarquable souci de dépasser les querelles religieuses de son temps dans un esprit de réel oecuménisme avant l’heure, fut toutefois considérée comme irréprochable par les autorités de l’Eglise catholique.
 En porte témoignage que ce Thrésor ait été réédité encore un siècle après sa première édition en 1686, malgré les déchirements intervenus entre temps dans l’Eglise de France.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Le Thrésor des prières

REVUE DE PRESSE


Le Thrésor des prières
L’Echo (22/06/1996), par Jean Borel

 Quel bonheur de retrouver, si bien imprimé, le trésor de ces magifiques prières et oraisons du coeur que maître Jean de Ferrières avait publiées en 1585 et qu’il avait alors composées pour aider tous les croyants à trouver les mots justes et vrais pour invoquer Dieu en toutes les circonstances de la vie, dans l’adversité ou le bonheur, en voyage comme au travail, dans la repentance et l’action de grâces, avant et après les repas, le soir et le matin, dans la santé et la maladie.
 Puissent-elles rendre aujourd’hui ce même service à tous les fidèles désireux de garder constamment le contact avec Dieu !

Le Thrésor des Prières
Catholica (07/01/1996), par Claude Barthe

 Jean de Ferrières, Parisien comme Bérulle, mais de la génération précédente, puisqu’il était curé de Saint-Nicolas-des-Champs à l’époque de la Ligue, composait lui aussi des prières, mais pour la dévotion privée ou para-liturgique.
 On pourrait dire en lisant Le Thrésor des Prières que Jean de Ferrières était en avance sur son temps lorsqu’il composait une sorte de « prière universelle » pour les dimanches (peut-être la prononçait-il lors des « prières du prône », avant le sermon). Elle sonnerait cependant étrangement dans les modernes eucharisties : « Nous te prions donc, Père céleste, pour tous Princes et Seigneurs tes serviteurs, auxquels tu as commis le régime de ta justice [...] ; veuille délivrer toutes tes Eglises de la gueule des loups ravissants et de tous mercenaires [...] ; que tous ceux qui sont étrangers de sa connaissance [de Jésus-Christ] soient réduits à la voie droite de salut [...] ; singulièrement, nous te recommandons tous nos pauvres frères qui sont épars sous la tyrannie de l’Antéchrist ; etc. »

Le Thrésor des Prières
Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques (06/01/1997), par J.-P. Jossua

 Dans la belle collection Ivoire des textes spirituels, Gérard Pfister publie et présente un livre rare du XVI° siècle religieux, le Thrésor de Jean de Ferrières, avec la réédition en postface d’un bel Éloge d’Henri Bremond.
 G. Pfister compare poème et prière, l’un et l’autre formes de dépassement du langage, et leurs histoires parallèles ; chez les réformés comme chez les catholiques, le XVI° s. a connu un intense effort de rapprochement entre la religion et la vie quotidienne. H. Bremond insiste sur l’importance des livres de prière pour qui veut connaître la religion vécue d’un temps : « Une seule et même grâce, un double courant : celui qui, venant de la formule, a réveillé l’âme et celui qui, venant de l’âme a vivifié la formule » ; il souligne aussi l’origine érasmienne et le caractère biblique de beaucoup de ces prières, leur style savoureux et l’étonnante allure irénique – en ce temps de Ligue – du curé de Saint-Nicolas-des-Champs.
 Il s’agit ici du premier de deux volumes, comprenant les trois premières parties de l’ouvrage : une belle exhortation à prier Dieu au long du jour ; une introduction chrétienne comprenant les prières d’usage ; et, de loin le plus long, le recueil de « prières et oraisons chrétiennes pour invoquer Dieu en tout temps ».
 Après sa mort, Jean de Ferrières fut accusé par ses paroissiens d’avoir protestantisé – sans doute n’était-il simplement pas ligueur – et H. Bremond remarque dans le même sens qu’il n’offre pas de prières liées à la confession sacramentelle, mais c’est pour le laver aussitôt du soupçon. Il est vrai que les prières rendent un son plus « évangélique » (péché, Parole, Évangile, prédication, Saint-Esprit) que « dévot » (sacrements, dévotions, saints, Marie). Mais c’est un singulier effet de la victoire de la Contre-Réforme que de penser qu’au XVI° siècle on était moins catholique si l’on était évangélique. Voici un exemple de son style et de son esprit :
 « Par cet esprit tu as accointé les choses terriennes aux célestes, tu as assemblé tant de langues, de nations, de manières d’hommes en un corps de l’Église, qui est conjoint à toi comme à son chef. S’il te plaît le renouveler aux cœurs de nous tous, toutes ces misères extérieures cesseront, ou certes tourneront en bien et au salut de ceux qui t’aiment. Remets en bon état, Seigneur Jésus, cette confusion présente : étends ton esprit sur ces eaux de doctrines incertaines. Et parce que ton esprit, comme dit le Sage, qui contient toutes choses, a connaissance de la voix, fais de sorte que, comme tous ceux qui demeurent en ta maison ont une même lumière, un baptême, un Dieu, un espoir, un esprit, ils aient pareillement une même voix, tous confessant la vérité catholique. »
 Et une étonnante prière écrite en vue de l’unité des chrétiens :
 « Seigneur Dieu, fontaine de toute miséricorde et bonté, aie pitié de nous, que la parole de foi sorte de ta bouche pour entrer en nos cœurs : crée en nous des coeurs nouveaux et oreilles nouvelles, afin que nous oyons et entendions cette parole bienheureuse de toi, que nous la contregardions et cheminions en son obéissance perpétuellement, et que finalement nous puissions obtenir vraiment la vie éternelle. Car une telle parole n’est rien autre chose que ton Fils, ta sapience, ta force et bras, qui est notre Seigneur Jésus Christ. »

PETITE ANTHOLOGIE

Le Thrésor des prières
(extraits)

  Oraison pour la paix de l’Église

 Seigneur Jésus Christ, qui par ta vertu toute-puissante as créé toute créature visible et invisible, par ta divine sapience gou¬vernes et conduis en très-bel ordre toutes choses, par ton inef¬fable bonté les gardes, défends et maintiens, par très-grande miséricorde remets en état ce qui est hors de son lieu, redresses ce qui est chu, ressuscites ce qui est mort, nous te prions qu’en fin finale te plaise tourner ta face (mais paisible et propice) envers ta très-aimée épouse l’Eglise, ta face, dis-je, et ton regard, par lequel tu réjouis tout ce qui est aux cieux et en la terre. (...)
 Tu vois, ô bon Pasteur, que moult de loups sont entrés, tant par force que par fraude, en ta bergerie, desquels chacun crie : Ici est le Christ, ici est le Christ, tellement que même les plus parfaits seraient séduits s’il était possible.
 Tu vois par quels vents, quelles vagues, quels tourments est agité ton navire, hors lequel tu ne veux à aucun être salut. Que reste-t-il sinon que, celle-ci noyée et effondrée, nous périssions tous ?
Nos péchés ont élevé cette tempête, nous l’avouons et confessons. Nous reconnaissons ta justice et déplorons notre injustice, mais nous appelons à ta miséricorde, laquelle, comme dit le Prophète, est par dessus toutes tes oeuvres, las tant nous avons souffert de peine, par tant de guerres détruits, par tant de ravissements appauvris, par tant de pestes et autres maladies affligés, par tant de signes du ciel épouvantés, par tant d’inondations et débordements d’eaux éperdus. (...)
 Jadis, quand tu dormais en la nacelle et la tempête élevée menaçait de mort tous ceux qui y étaient, tu t’éveillas au cri de peu de tes disciples et, à coup, à ta voix toute-puissante les ondes s’apaisèrent, les vents cessèrent, la tourmente subitement tourna en grande tranquillité, les éléments sourds et muets ouï¬rent et obéirent au commandement de leur créateur.
 Maintenant, en cette tempête beaucoup plus grande, en laquelle sont en danger, non pas les corps de peu de gens, mais innumérables âmes, nous te supplions au cri de toute l’Eglise, laquelle est en ce danger. Eveille-toi, tant de mille hommes crient. Seigneur, contregarde-nous, nous périssons, la tempête surmonte toute humaine habileté. Même nous voyons les efforts de ceux qui y veulent secourir être d’autre côté renversés. Nous avons besoin de ta voix, Seigneur Jésus, seulement dis la parole, la tempête s’apaisera, et soudainement cette tranquillité tant souhaitée retournera.

  Oraison pour dire quand on est levé.

 Fais-moi ouïr dès le matin ta miséricorde, car j’ai espéré en toi. Fais-moi connaître la voie en laquelle je dois cheminer, puisque j’ai élevé mon coeur à toi. Délivre-moi de mes ennemis, Seigneur, car j’ai crié à toi. Enseigne-moi à faire ta volonté, car tu es mon Dieu, ton esprit me dirige au droit chemin.
 O Seigneur Dieu père éternel et tout-puissant, qui nous as fait la grâce de nous garder et conduire sous ta sainte sauvegarde jusques au commencement de ce jour, nous te prions toujours nous soutenir et garder par ta vertu, à ce qu’en ce jour nous ne tombions point en aucune offense, mais au contraire à faire chose qui te plaise, et pour obéir à ta sainte volonté, soient du tout tendues et dressées toutes nos paroles et opérations. Et te plaise tellement nous remplir de ta grâce et miséricorde que tout le long de ce jour, en joie et exultation d’esprit, nous prenions plaisir en tes louanges. Ainsi soit-il.