Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Biographie Bibliographie Liens Revue de Presse Petite Anthologie

Forough FARROKHZAD

(1934 - 1967)

 Née à Téhéran en 1934, Forough Farrokhzad est morte à l’âge de 33 ans dans un accident d’automobile.
 Poète, cinéaste (La maison est noire, 1962, sur la vie des lépreux), actrice, deux films venaient de lui être consacrés par Bernardo Bertolucci et par l’UNESCO.
 Après trois recueils de jeunesse – Capturée, publié à l’âge de 18 ans, Mur, Rébellion –, les poèmes parus sous le titre Une autre naissance ont révélé l’une des voix les plus fortes de la jeune poésie iranienne de l’après-guerre, déchirée entre les valeurs d’un occident conquérant et les grandeurs et servitudes de sa tradition.
 

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Saison froide

REVUE DE PRESSE

Saison froide
Hommes et migrations (09/01/1991), par Gérard Da Silva

 Ô ami
 Unique ami
 Que de sombres nuages guettent la fête du soleil

 Farrokhzad, elle aussi, a invoqué l’Ami. Sa voix a rejoint, aux côtés de Hafez, le choer des poètes amis de l’Ami. Et pourtant elle a tout bouleversé.
 Forough Farrokhzad naquit à Téhéran en 1934. Si ses deux premiers recueils sont encore classiques, avec celui justement nommé Une autre naissance publié en 1963, elle rejoint le renouveau du lyrisme iranien dont l’initiateur fut Nima Youchidj. Cinéaste, elle réalise un documentaire sur la vie des lépreux dans la région de Khorassan. Elle disparaît tragiquement en 1967 lors d’un accident de la route.
 Certes elle ne pouvait qu’être consciente de la singularité de ses choix et de son lyrisme face à la tradition :
 C’est moi, une femme seule 
 Au seuil d’une saison froide... 

  Elle ne pouvait qu’en tirer les conséquences les plus élémentaires, les plus radicales : « comment se réfugier dans les sourates des prophètes camus ? »
 Mais cela n’est-il pas un leurre, un constat trop immédiat. C’est le mariage sacré, la pure hiérogamie avec l’ami qui est détruite : « Que tu étais tendre, ô ami, unique ami Que tu étais tendre quand tu mentais »
 Qu’est-il celui :
 qui porte la couronne de l’amour 
 Et qui pourrit au milieu des habits du mariage ? 
 Qu’en est-il de celle qui fut, qui devint « la mariée des grappes de l’acacia »
 En vérité la nuit tombe « sur les branches nues de l’acacia » (il en est de l’acacia chez Farrokhzad comme du lilas chez la poétesse argentine A. Pizarnik). Face à ce désert il n’est que de dire en cette litanie : « J’ai dit à ma mère "C’est fini maintenant" ». Entre l’Ami et la Mère la poésie de Farrokzhad est celle d’un pur écho : « tu devins l’écho vide de la céramique bleue. »
 Ce lyrisme en écho est la marque la plus sensible de Farrokhzad, ces images retrouvées et qui constituent comme un poème unique : « Le temps passa », « Le vent souffle dans la rue », « J’ai froid », « J’ai dit à ma mère... »
 Dans cet écho il devient possible de rejoindre l’ami, de croire que les deux jeunes mains enterrées sous la neige fleuriront : 
  ces deux mains fleuriront, ô ami,
 unique ami
 Ayons foi en le début de la saison froide

Saison froide
Arabies (09/01/1991), par S. A.

 Toujours chez Arfuyen, la célèbre collection bilingue consacrée à la poésie étrangère – qui s’enorgueillissait déjà de nombreux et importants titres arabes et turcs –inaugure aujourd’hui son domaine persan avec des textes de l’iranienne Farrokhzad, réunis sous le titre Saison froide et traduits en français par Valérie et Kéramat Movallali.
 De forough Farrokhzad, on connaissait déjà la figure hautement tragique et inspirée, à travers le film que lui avait consacré Bernardo Bertolucci.
 Née en 1924 à Téhéran, elle publie, dès l’âge de dix-huit ans, un premier recueil, Capturée. D’autres suivront, jusqu’à sa mort tragique, à trente-trois ans, danc un accident de voiture.  Saison froide rassemble des extraits anciens et des textes tirés du recueil posthume Ayons foi . Un divorce à l’oriantale l’ayant séparée de son unique qu’elle ne reverra jamais Farrokhzad est habitée par cette souffrance et par la révolte qu’elle module sur un mode incantatoire, obsessionnel et mystérieux, dans une voix à elle, forte et profonde, rare dans cet Iran où même Ia voix des femmes se voilent :
 J’ai froid
 J’ai froid à tout jamais
 Ô ami, unique ami
 ...
 Regarde comme les poissons mangent ma chair 
 Pourquoi me maintiens -tu toujours au fond de la mer ?

PETITE ANTHOLOGIE

Saison froide
traduit par Valérie et Kéramat Movallali
(extraits)

(...)
La nuit glissait derrière les carreaux
Et absorbait de sa langue froide
Le restant du jour évanoui

Je viens d’où ?
Je viens d’où pour être si embaumée
 du parfum de la nuit ?
La terre de sa tombe est encore fraîche
Je parle de ces deux mains jeunes et vertes...

Que tu étais tendre, ô ami, unique ami
Que tu étais tendre quand tu mentais
Que tu étais tendre quand tu fermais
 les paupières des miroirs
quand tu coupais les lustres des branches argentées
quand tu m’emmenais dans les ténèbres cruelles
vers les pâturages de l’amour
jusqu’à l’effluve chancelante
qui suivait l’incendie de la soif
et qui s’apaisait sur la pelouse du sommeil.

*

(...)
La vérité fut peut-être
Ces deux mains jeunes
Ces deux mains jeunes
Qui furent enterrées sous la chute
 ininterrompue de la neige
Et l’année prochaine
Quand le printemps couchera
 avec le ciel de la fenêtre
Et que les jets d’eau verts des branches allégées
Jailliront dans son corps
Alors là
Ces deux mains jeunes fleuriront, ô ami, unique ami

Ayons foi en le début de la saison froide...