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 ANONYME DE GUEBWILLER

Entretiens familiers avec Dieu

Traduit de l’allemand par Gérard PfisterPréface de Sœur Suzanne Eck, o.p.

Collection Les Carnets spirituels
n°43, ISBN 2845900759

14 €
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« Une petite ville d’Alsace, une vieille maison, une antique armoire, et là, entre le mur et un rayon – le trésor ! » Ainsi commence la préface de Sœur Suzanne Eck, dominicaine au Couvent d’Unterlinden, à Orbey, traductrice de Urs von Balthasar et auteur de deux excellents ouvrages sur la spiritualité rhénane (Initiation à Jean Tauler et Maître Eckhart, « Jetez-vous en Dieu »).

Ce trésor dont parle Sœur Suzanne est un manuscrit du XVIII° siècle retrouvé voici deux ans à Guebwiller dans la maison Munsch où il est resté jusqu’à nos jours. « L’écriture du cahier en gothique cursif, avec de belles initiales gracieusement enjolivées, était illisible pour les non-initiés. (…) Une amie germaniste a déchiffré le texte, et a été saisie par sa beauté, son originalité et qualité spirituelle. Persuadées que cette découverte allait m’intéresser aussi, la germaniste et l’héritière de la famille Munsch m’ont fait part de leur trouvaille. »  

Écoutons l’Anonyme méditer en cette belle atinée d’il y a deux ou trois siècles : « À présent je sens à nouveau que je vis. La nuit est passée. Je me suis éveillé. Je veux élever vers toi la première de mes pensées, Tout-Miséricordieux, toi qui m’as donné la vie et qui as veillé pour moi pendant que je dormais. Ô comme tu dois être bon ! Cette pensée que tu es bon doit jaillir de mon cœur. Comme elle est consolante pour moi ! Avec quel ravissement je revois ce monde à présent ! Tout me fait souvenir de ta bonté, tout me fait souvenir de ta bienveillance. » Tels sont les premiers mots du manuscrit. Malgré le grand intervalle de temps qui nous sépare de cet ami anonyme, on y sent immédiatement une étrange et prenante fraîcheur.

Et voici le début d’un autre texte : « Je sens mon existence. C’est-à-dire : je sens que je vis. Je sens que je suis un être qui est conscient de lui. Mon œil voit la splendeur de la nature : les champs en fleurs, la fontaine ruisselante, les forêts majestueuses. Mon oreille entend le bruissement des pas, la voix du rossignol. Je respire les fleurs aromatiques, je sens l’exhalaison des roses parfumées. Mes joues reçoivent les effluves du vent d’ouest, un léger courant d’air joue avec mes cheveux et rafraîchit de son haleine mes joues brûlantes. Voici les branches chargées de fruits, qui me donnent nourriture et vie. Ici ce sont ici les poires qui m’invitent, là-bas les abricots et les cerises. Je veux marcher et je le peux ; cueillir les fruits et je le peux. Je jouis des choses et j’éprouve à leur jouissance une ivresse. Et la chose qui est consciente de cette sensation, c’est moi. » 
 
Vingt textes ainsi, entre méditation et louange, où s’exprime la profonde et simple voix de l’âme. « Qu’il serait bon, conclut Sœur Suzanne Eck, d’emprunter un peu de cette sagesse pour notre époque si craintive, si pessimiste ! Cet ami anonyme qui en toute simplicité veut vivre la destinée du chrétien, c’est-à-dire aimer comme Dieu dans le Christ nous a aimés, peut nous aider à demeurer dans cette lumière, si nous le lui demandons. »