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Tankred DORST

(1925)


Tankred Dorst est né en 1925 en Thuringe. Son père, propriétaire d’une usine, meurt alors qu’il a 6 ans.
 Enrôlé à 17 ans dans l’armée allemande, il est fait prisonnier et reste sous l’autorité des Britanniques et des Américains jusqu’en 1947.
Il termine son éducation secondaire en 1950 et poursuit des études supérieures à Bamberg et à Munich.
En 1953, il fonde un théâtre de marionnettes pour lequel il écrit ses premiers textes. Il travaille pour le cinéma, la télévision, la radio et l’édition. Ses premières pièces sont créées dans les années 60 : dont Die Kurve, Gesellschaft im Herbst et La Buffonata.
Ses pièces les plus connues qui ont été jouées à travers l’Europe : Toller (1968), Eiszeit (1973), Die Villa (1976), Merlin oder das Wüste Land (1981), Parzival (1987), Korbes (1988), Karlos (1990), Herr Paul (1994) et Die Legende vom armen Heinrich (1997).
Tankred Dorst vit et travaille à Munich. Il a été distingué par le Prix Européen de Littérature en novembre 2008, Prix qui lui a été remis à Strasbourg dans le cadre des 4° Rencontres Européennes de Littérature en mars 2009.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Le Voyage à Stettin

REVUE DE PRESSE

Tankred Dorst, force majeure
La Vie (03/05/2009), par Anne Berthod

 À 83 ans, auteur d’une œuvre complète en huit volumes éditée chez Suhrkamp, le Gallimard allemand, il est considéré par certains comme le Goethe du XX° siècle : figure majeure en son pays, le dramaturge et romancier Tankred Dorst reste pourtant quasi inconnu en France.
 Avec le Prix Européen de la Littérature qui lui est attribué cette année, à Strasbourg, il devrait sortir de l’anonymat. « Ce prix veut donner un visage à chaque culture d’Europe, explique Gérard Pfister, vice-président de l’Association Capitale Européenne des Littératures. Nous croyons que Tankred Dorst est un peu aujourd’hui pour son pays ce qu’un Shakespeare représente symboliquement pour l’Angleterre ou un Cervantes, pour l’Espagne. »
 
Prolifique, profondément humaniste, l’homme, qui fait partie de cette génération mobilisée pendant la guerre, reflète en effet l’âme de l’Allemagne. « II n’a pas le même goût de la provocation que les nobélisés Heinrich Böll et Gunter Grass. Mais il a bâti un travail solide et s’est érigé comme une grande conscience du pays », poursuit Pfister. Ses pièces, telles le Virage, la Grande Imprécation devant les murs de la ville ou Toller, montée par Patrice Chéreauen 1970, ont accompagné les transformations de son temps. Son grand œuvre, Merlin ou la Terre dévastée, est d’ailleurs une longue méditation (douze heures de spectacle) sur l’échec des utopies. Rendre hommage à Dorst, c’est donner un peu plus de corps à cette Europe des apparatchiks désincarnée, tant fustigée par tous. 
 Une grande figure du théâtre
1925 Naissance à Oberlind, en Allemagne.
1944 Enrôlement dans l’armée allemande.
1961 Publie la Grande Imprécation devant les murs de la ville. La pièce sera jouée plus de 200 fois dans le monde entier.
1981 Création de Merlin ou la Terre dévastée (traduit en français aux éditions l’Arche).
2009 Prix européen de littérature.

Travail de mémoire
Zazieweb (04/08/2009), par Sahkti

 En 1941, Tankred Dorst est renvoyé du corps de marine des Jeunesses Hitlériennes pour avoir été surpris en train de lire alors qu’il montait la garde. Un événement pas si anodin que cela qui va fortement marquer la vie de l’auteur et sert de point central à ce récit, très autobiographique, même si c’est un jeune allemand, Heinrich, qui est au centre de l’ouvrage.

 Ce dernier doit participer à un stage de la marine hitlérienne dans le port de Stettin, à bord de l’Amiral Trotha. Un incident y survient, nous le découvrirons au fil des pages. Pour cela, Heinrich a quitté son amie Hannah ; il se rend ensuite à Berlin. Sur place, il noue contact avec son oncle Plinke, un inconnu pour lui en mauvais termes avec sa mère qui apprécie peu les manières trop libérées de son frère. Vrai que l’homme peut passer pour marginal dans cette Allemagne nazie, en particulier quand on vient comme Heinrich d’un endroit éloigné de la capitale et de ses habitudes.
 À travers ce récit, c’est à un tas d’interrogations que se livre Tankred Dorst, via un destin individuel qui est pourtant celui de toute une société. Entre onirisme, poésie et théâtralité, l’auteur propose un roman d’apprentissage sur fond de bombardements. Heinrich est surpris en train de l’ire, c’est tout le rapport à la littérature et à la culture qui est ici décrypté. C’est également celui du poids de la collectivité sur un individu, sur la marche à suivre et les normes adoptées. Réflexion ô combien importante dans le régime qui fut celui de l’Allemagne à cette époque. Le dialogue, très présent dans l’œuvre de Dorst, met en lumière les errances et le questionnement des uns et des autres, parfois poussé jusqu’à l’absurde. Le passé allemand est ici visité, exploré, avec une volonté de devoir de mémoire qui fait encore trop mal, tant les événements restent frais dans les esprits. Pas de culpabilité ou de victimisation, mais le besoin de dire, de savoir et de comprendre. Voilà comment les choses se sont déroulées, reste à savoir pourquoi. Travail délicat que l’écriture ciselée de Tankred Dorst rend très humain, sensible, avec ce qu’il faut de distance et d’implication.
 Cet ouvrage a reçu le Prix Européen de Littérature 2009. 

Le Voyage à Stettin
Chroniques de la Luxiotte (22/03/2009), par Alain Jean-André

 Ce court roman d’apprentissage, qui se lit d’une traite, comporte une mince trame narrative : pendant la deuxième guerre mondiale, Heinrich, un jeune allemand, part pour quatre semaines suivre un stage d’instruction de la marine des jeunesses hitlériennes au port de Stettin, sur l’Amiral Trotha. Il quitte son amie Hannah, son lycée, prend le train au petit matin. Dans le récit allusif sur le début de son séjour sur la Baltique, on comprend que quelque chose d’anormal s’est vite passé, dans une courte page qui ressemble à un rêve, ou à un cauchemar – et on retrouve Heinrich, qui attend le train, puis se rend finalement à Berlin.
 Arrivé dans la capitale allemande, il se résout à téléphoner à son oncle Plinke. Dès le début de cette histoire, le lecteur sait que la manière de vivre de ce parent déplait fortement à sa sœur, mère d’Heinrich. Elle n’a plus de relations avec lui, Heinrich ne le connaît pas ; aussi découvre-t-il un homme aux manières décomplexées et provocantes, très différentes des étroitesses de la ville de province dont il vient. Plinke apparaît tout de suite comme un personnage central, un Allemand peu conventionnel, surtout à l’époque du nazisme. Fabricant de semelles orthopédiques, il côtoie les milieux littéraires, ou ce qu’il en reste, à Berlin. On sent un microcosme qui exprime une forme de résistance passive, mais qui doit surveiller sans cesse ses paroles. Constamment, des répliques inattendues mettent le lecteur en éveil.
 Ce roman est construit à partir d’une scène qui n’est pas racontée, un incident qui est survenu au port de Stettin, sur l’Amiral Trotha, quand Heinrich montait la garde sur le navire. Il est clair qu’il n’a pas respecté une règle et a été écarté. Cette rupture correspond à un événement de la vie de l’auteur : en 1941, lors d’un stage du même type, il a été renvoyé au bout de trois jours parce qu’il lisait au moment de monter la garde. Mais le livre, traversé par le poids de la guerre, les bombardements, les destructions, les ruines, dépasse un destin individuel. Il montre les interrogations et les rêves d’un adolescent qui passe par une épreuve qui le transforme avec une telle force qu’il est envahi par l’idée de la mort, à la grande surprise d’Hannah qui lui crie : « Mais tu n’es pas du tout mort (…), tu vivras encore beaucoup, beaucoup d’années » ; il reprend aussi des matériaux de la grande tradition expressionniste allemande, et des procédés venus du théâtre, ce qui donne au livre un mode narratif original, par scènes juxtaposées, et un ton surprenant.
 En fait, indiquent les traducteurs, le roman provient d’une pièce de théâtre écrite auparavant, ce qui explique « la prééminence du dialogue ». Car Tankred Dorst est d’abord un homme de théâtre, il a écrit de nombreuses pièces pour des théâtres allemands, mais a aussi travaillé avec Chéreau à Milan et à Villeurbanne. Il considère qu’« une pièce de théâtre n’est pas de l’ordre de l’achevé », que la mise en scène peut l’amener à revoir son texte. Hélène Mauler et René Zahnd précisent encore qu’il est « l’auteur de théâtre allemand vivant le plus joué dans le monde germanophone », et ajoutent qu’il « participe à sa façon au profond examen de conscience de l’Allemagne d’après-guerre, nourri par les réflexions et les prises de positions de Böll, par les témoignages et faux-fuyants de Grass, ou encore par les enquêtes ciselées et sublimes de Sebald ». Ce roman, le plus personnel de l’auteur, confrontent, avec une grande sobriété d’écriture, des êtres différents soumis à la pression de la Grande Histoire.

L’Allemagne en éclats
Les Affiches-Moniteur (31/12/1999), par Michel Loetscher

 Les Grands Prix de Littérature 2009 ont été remis à l’Hôtel de Ville de Strasbourg. Attribué chaque année sous le haut patronage du Conseil de l’Europe et parrainé par la Ville de Strasbourg, le Prix européen de Littérature distingue, pour l’ensemble de son œuvre, le dramaturge, cinéaste, metteur en scène et romancier allemand Tankred Dorst. Le Prix de Littérature Francophone Jean Arp distingue la poétesse luxembourgeoise Anise Koltz pour son premier ouvrage en prose, La Lune noircie. Le Prix du Patrimoine Nathan Katz distingue à titre posthume Gustav Stoskopf (cf. Les Affiches-Moniteur n°24 du 24 mars) pour Quand j’étais gosse et autres petites histoires alsaciennes, traduit de l’alsacien par Noctuel.
 L’œuvre romanesque du munichois Tankred Dorst, qui a vécu la Seconde Guerre mondiale, est encore inconnue en France. Le Voyage à Stettin (Die Reise nach Stettin, 1984) est traduit, un quart de siècle après sa parution originelle, par Hélène Mauler et René Zahnd, dont le travail a été distingué par la Bourse de Traduction du Prix Européen de Littérature. Le roman s’inscrit dans une veine autobiographique : en 1941, le jeune Dorst est renvoyé au bout de trois jours d’un stage d’instruction de marine des Jeunesses hitlériennes parce qu’il avait... lu pendant qu’il montait la garde. 
 Versé à dix-huit ans dans les effectifs de la Wehrmacht, il est fait prisonnier en 1944 et entame une longue détention en Angleterre puis aux États-Unis, qu’il met à profit pour faire connaissance avec la littérature allemande qui lui était jusqu’alors inconnue (dont la Montagne magique, découverte en creusant une galerie sous une maison...), avant de revenir au pays à l’automne 1947 : « Lorsque je suis rentré en Allemagne, j’étais absolument convaincu que je passerais ma vie au milieu des décombres et des ruines. Je pensais que jamais ces grandes villes démolies ne seraient reconstruites, que jamais plus les maisons ne formeraient des rues, que jamais plus il n’y aurait de lumière aux fenêtres »...
 Après des études supérieures sans conviction à Bamberg et Munich, il fonde en 1953 « Das kleine Spiel », un Théâtre de marionnettes, et travaille pour le cinéma, la télévision, l’édition ou la radio. Sa première pièce, Die Kurve, est créée en 1960 à Lùbeck. Depuis, son œuvre théâtrale, imposée notamment par Patrice Chéreau (Toller, 1970) et jouée à travers l’Europe, interroge l’échec des utopies éprises d’absolu.

PETITE ANTHOLOGIE