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Raymond DEPARDON

(1942)

 Raymond Depardon est né le 6 juillet 1942 à Villefranche-sur-Saône.
 Assistant en 1958 de Louis Foucherand, il entre l’année suivante à l’agence Dalmas.
 En 1973, il prend la tète de l’agence Gamma fondée sept ans plus tôt en collaboration avec Gilles Caron.
 Il obtient en 1974 la Robert Capa Gold Medail avec un livre sur le Chili.
 Entre 1975 et 1977, il effectue plusieurs reportages sur la révolution tchadienne. En 1978, il publie Tchad, son premier livre, et entre comme reporter à l’agence Magnum.
 En 1979, il se rend en Afghanistan où il suit pendant cinq semaines une colonne de maquisards. Arfuyen présente sous le titre Notes les photographies et les textes qu’il en rapporte.
 Son premier film de long métrage obtient la méme année le prix Georges Sadoul. Il participe à l’exposition Political photographs à New York en 1980, puis réalise un long métrage ainsi qu’un ensemble de photographies sur l’asile psychiatrique de San Clemente près de Venise. Ces photographies font l’objet d’expositions à Paris (Palais de Tokyo), à Lausanne (Musée de l’Elysée) et à New York (Burden Gallery).
 Deux autres films vont suivre : Reporters (1981) et Faits divers (1983). En 1986, les Cahiers du Cinéma éditent Les fiancées de Saigon
 En 1989, il donne son premier film de fiction, La Captive du désert, ave Sandrine Bonnaire dans le rôle de l’archéologue Françoise Claustre.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Notes

Hivers

REVUE DE PRESSE

Notes, un livre fondateur
Le Monde (12/11/2000), par Michel Guerrin

C’est avec le livre Notes (Arfuyen, 1979) que Raymond Depardon inaugure une forme photographique qui a fait son succès, un art du montage sans équivalent entre des photos et des confessions écrites et intimes.

Les images sont au coeur de l’actualité, prises dans les guerres du Liban (son fameux combattant phalangiste, à Beyrouth) et d’Afghanistan. Mais Depardon privilégie les « temps faibles », en marge. Ces derniers sont renforcés par les mots dans lesquels Depardon confie ses doutes, sa peur, sa fatigue, parle de la femme qu’il aime, avoue qu’il a raté une photo – ou plutôt qu’il l’a laissé filer.

Cette brochure culte de 44 pages, qui ne paie pas de mine, publiée par un éditeur de poésie, est épuisée. En couverture, un hall d’aéroport glacial ; appel au voyage, prise de distance aussi avec le « métier » de reporter-photographe – il vient de quitter l’agence Gamma, qu’il a cofondée en 1967, pour Magnum.

Un photographe en voix off
Sud-Ouest (17/07/1987), par ---

 Quand il est arrivé dans la salle Albert-Mollat, hier en fin d’après-midi, son Leica noir en bandoulière, Raymond Depardon n’a pas attendu plus de trois minutes avant de prendre une photographie. Réflexe professionnel, car, s’il n’est plus talonné par l’actualité chaude, Depardon n’en reste pas moins un homme d’image. Il doit d’ailleurs livrer dans quelques jours une commande pour les Télécom, "alors on ne sait jamais, il y a une si belle lumière à
Bordeaux en cette mi-septembre".
 Puis Raymond Depardon a rengainé son appareil photo pour prendre place au micro. Comment un homme d’image allait-il captiver le public réuni à l’invitation de la librairie Mollat par la seule magie du verbe ? Mission accomplie sans aucun problème. Raymond Depardon a, comme on dit, du répondant. Avec son appareil, il a "couvert" les grands événements du monde, participant même au dénouement de la fameuse "affaire Claustre", en 1976. Comme cinéaste, il donne régulièrement des "documentaires" percutants sur ses confrères ("Reporters"), sur le "degré zéro" de la vie quotidienne (Faits divers), ou sur les rejetés de notre société (San Clemente).
 Et Depardon est aussi l’inventeur d’un type nouveau de livre de photo, où s’ajoute à l’image la "voix off " du photographe. Une conception nouvelle, mais passionnante, qu’illustre parfaitement son ouvrage Hivers (éditions Arfuyen), qu’il présentait hier à Bordeaux.

Notes
Libération (10/08/1979), par Jean-Pierre Thibaudat

 Depuis la fin des années 50, Raymond Depardon voyage à l’intérieur d’une caste : celle des photo-journalistes, des agences (Dalmas, Gamma, Magnum, ... ) . Au delà de la simple photo de presse, de Brigitte Bardot aux maquis du Tchad, il engrange. Une Ethnologie de l’immédiat. Il filme aussi : la campagne de Giscard, la naissance du Matin (qui passait ces jours-ci non sans mal au Festival de Lille). Après Chili et Tchad, il vient de publier Notes. Des photos-texte d’un homme timide, épris de doute, soucieux d’intégrité. On avait envie de la connaître, il
avait envie de "faire le point".
 Des vaches. Il n’avait su photographier que les vaches de la ferme de ses parents. Un photogaphe free-lance avait répondu à sa lettre par ces simples mo !s : "Venez me voir". L’inconnu est là, devant lui. Louis Foucherand demande, sans douter de la réponse. "Vous êtes paysan ?" Le jeune garçon, empourpré, répond : "Non je suis cultivateur" . Il est néanmoins engagé à l’essai, comme assistant photographe, à 35 000F par mois. C’était en 58, la France se coiffait d’un fameux képi, Raymond Depardon découvrait Paris, via Villefranche sur Saône, 15 ans d’enfance à la ferme, un coin de grenier transforme en labo, six mois d’apprentissage chez un boutiquier-photographe et un regard clair sous le teint légèrement sanguin qu’il pose, étonné, sur un téléphone, se demandant comment cela peut bien fonctionner.
 Non ce n’est pas le début d’une dictée à la manière de Gaston Bonheur ou Henri Bordeaux, mais celui d’une histoire, captée vingt ans plus tard quand paraît Notes (Editions Arfuyen, 84340 Malaucène), au détour de l’été.
 Notes. Un modeste cahier bistre, format écolier. Quelques photos et mots rapportés d’une guerre 78 au Liban et en Afghanistan. Le carnet de bord d’un photographe en terre d’incertitude qu ; mitraille la guerre et frôle la mon parce qu’il a choisi cette fois di¬se mettre volontairement en danger et que c’est, il est vrai, son métier. Un livre, comme l’on dit, bouleversant, mais aussi un nom souvent lu à la lisière d’un cliché paru dans Libération ou ailleurs, mais encore l’un des fondateurs de l’agence Gamma.
 Bref, deux et même trois choses autour de la photographie qui donnent l’envie de connaître un visage et le temps de quelques cassettes d’en faire bavarder la vie. Raymond Depardon aussi, ces jours-ci, avait cette envie, ça tombait bien.
 Nous nous sommes retrouvés dans son atelier-appartement, clair et nu. Face à face serait
beaucoup dire puisque sans cesse son regard deux après-midi durant, se dérobe et file le long des murs où aucun meuble n’entrave le parcours, sinon un frigo, quelques lits sous et sur une loggia, des classeurs à négatifs, un calendrier japonais et une table de bois où tourne le magnéto. Un espace du passage, une salle d’attente entre deux voyages (cette fois l’Italie et la province), une intimité en fuite où les mots dits viennent comme jeter l’ancre dix fois, vingt fois dans le sable brouillon d’un flashback en doute constant.
 Depardon aura mis vingt ans pour aller de Dalmas à Magnum et un peu plus pour revenir à la ferme de ses parents. A passer des vaches de ses premières photos à ce qu’il "oubliait" alors de photographier : les granges et les engins, les voitures, les gens. La vie qu’il suffit de cadrer. En y laissant sa trace. Quelque part en France. Ou en Afghanistan dans un village de bflchérons équipés de vieux fusils anglais. Un peuple en guerre, un photographe en reportage, une page de Notes  : "Faire un film sur la ferme de mon père, très court : les objets, la lumière".

Notes
Photo-Reporter (09/01/1979), par ---

 Ce petit ouvrage, entièrement réalisé par Raymond Depardon, photographe de l’agence Magnum, est un journal de voyage. Il commence à Beyrouth Est, un jour de novembre 1978. L’auteur exprime son envie de revenir à Paris, de fuir cette violence ; il s’adresse à une femme aimée, raconte les chambres d’hôtels minables, sa solitude...
 Qu’elle est loin l’image du reporter qui traverse, intrépide, tous les dangers ! Celui que nous découvrons ici lit « Le journal d’un homme trompé » de Drieu La Rochelle dans une ville en guerre ; il a peur, il a froid, il hésite : « J’ai raté une photo aujourd’hui, dit-il, je n’ai pas osé. Avec toutes les femmes en noir autour du phalangiste mort la veille ». Nous le suivons à Karachi, en Afghanistan...
 Ses phrases, courtes, sans fio¬ritures, ponctuées comme des télégrammes sont incisives. Ses images ne cherchent pas l’effet ; elles accompagnent le récit comme un contrepoint. Quelle que soit la qualité des photos, on reste fasciné par le texte.