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Rachel Blaustein, dite
 RACHEL

De loin suivi de Nébo

Traduit de l’hébreu
par Bernard Grasset

Collection Neige
n°26, ISBN 9782845901872

14 €

 « Enracinée dans la Bible, souligne Jean-Pierre Jossua, cette poésie de l’irréalité et de l’éphémère où luisent des signes cachés qu’il faut découvrir pour marcher vers la lumière est moderne par son dépouillement, sa brièveté incisive, sans oublier une intense présence personnelle. »

Rachel est l’une des grandes pionnières de la littérature hébraïque moderne. Son œuvre se compose de trois recueils dont le troisième est paru juste après sa mort : Saphiah (Regain), Minégéd (De loin) et Nébo. Auteur de textes critiques, elle a donné en outre des traductions de l’hébreu (Bialiq, Schnéour…), du russe (Anna Akhmatova…), du yiddish et du français (Jammes).

 Cette œuvre exceptionnelle, traduite en de très nombreuses langues, n’a pourtant commencé d’être traduite en français qu’en 2006 avec la parution chez Arfuyen en édition bilingue hébreu-français du premier recueil de Rachel, Regain, traduit par Bernard Grasset. Le présent volume, qui réunit les deux autres recueils de Rachel, De loin (1930) et Nébo (1932, posthume), ne laisse à l’écart que les poèmes épars réunis plus tardivement (qui feront l’objet d’un troisième volume aux éditions Arfuyen).

Alors que pendant de très longs siècles, l’hébreu servait avant tout à la transmission du patrimoine religieux, il retrouve au début du XXe siècle un élan neuf avec l’existence de communautés juives en Palestine. Au temps où Rachel écrit, il est à nouveau parlé dans les rues, dans la vie quotidienne. Jusqu’alors, la poésie était toutefois demeurée l’apanage des hommes. Mais l’écriture de Rachel rencontre immédiatement une large audience et joue un rôle pionnier dans l’adaptation de la vénérable langue hébraïque au monde moderne. Aujourd’hui encore, les anthologies de ses poèmes sont des livres à succès et son œuvre fait partie du programme obligatoire des écoles. Dans sa préface à la traduction anglaise, Flowers of Perhaps (1994), le poète Yehuda Amichaï écrit : « Ce qui est le plus remarquable dans la poésie de Rachel, c’est qu’elle ait pu demeurer, depuis plus de soixante-dix ans, aussi neuve dans sa simplicité et son inspiration. » Le chant de cette pionnière de l’hébreu moderne a ainsi le rare privilège d’être devenu véritablement le chant d’un peuple.

La Bible est la racine de la poésie de Rachel. Au-delà du vocabulaire et de la thématique, la poétesse relie sa propre existence à l’expérience des personnages bibliques. Ainsi de Rachel et d’Anne, d’Élie, de Mikhal, de Jonathan. Mais c’est à Job qu’elle se réfère le plus : comme lui, Rachel souffre et attend, dans le doute et la nuit du désarroi, la guérison. Parlant d’elle-même, c’est la condition humaine que peint Rachel, non pas abstraitement mais, ainsi que dans l’Écriture, de manière concrète, par la main (yad), le regard (‘ayin), la voix (qol). C’est dans une poésie de l’essentiel qu’elle veut demeurer. Un « chant de mille oiseaux », un chant de souffrance et de joie, un chant de l’être en exil et de la lumière. Pour qui a beaucoup souffert et a éprouvé l’intense scintillement du lointain azur, les fioritures, les ornements, les broderies de langage semblent inutiles.

Telle est l’expérience intense et tragique de Rachel, très proche au fond, dans un même destin brisé, de celle de sa cadette Etty Hillesum, dont la mère Rebecca était née elle aussi en Russie quelques années avant la poétesse (en 1881) pour s’exiler non pas en Palestine mais aux Pays-Bas.